Accueil/Élever/Albert Masurel, défenseur des races locales

Albert Masurel, défenseur des races locales

Albert Masurel, directeur de la Maison de l’élevage, revient sur l’importance de maintenir et de valoriser
les animaux de races régionales sur le territoire, alors que la « bleue du Nord » est candidate pour être la vache égérie du SIA 2019.

Albert Masurel, races, races locales, Maison de l'élevage

Éleveurs, amis, techniciens, élus… Ils étaient nombreux, samedi dernier lors du salon Terres en fête, à venir saluer l’un des plus âpres fers de lance de l’élevage des Hauts-de-France. Après 41 années passées au service de l’agriculture, Albert Masurel, 62 ans, s’apprête à prendre sa retraite. Itinéraire d’un éleveur dans l’âme.

« Agir pour la sauvegarde »
Titulaire d’un BTS en productions animales, Albert Masurel prend ses fonctions à la Maison de l’élevage du Nord en 1997, après être passé par la Direction départementale de l’agriculture (DDA) du Nord (1977-1987) puis aux Espaces naturels régionaux (ENRx) de 1987 à 1997. Au sein de ces trois organismes agricoles, il se voit confier un même objectif : dynamiser les groupes d’éleveurs de races bovines et promouvoir la sélection de génétiques régionales. « Lorsque j’ai débuté, certaines races, considérées comme vieillissantes et moins rentables, étaient au bord de la disparition, explique Albert Masurel. Il était urgent d’agir pour leur sauvegarde. » Chargé de cette mission, l’intéressé va alors s’appuyer sur la passion qui guide les éleveurs restants et entretenir des partenariats de taille pour générer un retour progressif des races régionales dans les cheptels.

Une Rouge flamande en Chine
Albert Masurel se bat pour que les races locales et notamment la rouge flamande soient perçues comme une richesse régionale à part entière. Pour faire entendre sa voix et cette idée au nom des éleveurs, il mise sur la communication et la valorisation des produits fermiers originaux. « Les consommateurs doivent connaître nos spécificités régionales et se réapproprier nos patrimoines animaux, indique-t-il. C’est aussi un moyen pour stimuler l’économie locale, distinguer notre agriculture et conforter le revenu de certaines exploitations. » Son plus grand fait d’arme reste ce voyage mémorable dans l’Empire du milieu. « En 1984, la Région Nord-Pas de Calais est jumelée avec la province de Tianjin (15 millions d’habitants, ndlr), au nord-est de la Chine, se rappelle-t-il. En guise de cadeau, le président de l’époque, Noël Josèphe, a offert le taureau Amiral, de race rouge flamande, aux dirigeants chinois. J’ai eu l’honneur d’aller symboliquement apporter ce taureau au maire, alors 3e personnage de Chine. » Ce coup de projecteur à l’international additionné au travail de fond de la Maison de l’élevage, a engendré un vrai regain d’intérêt pour la race.
« Aujourd’hui, je reçois des appels tous les mois de la part d’éleveurs qui souhaitent s’informer sur la rouge flamande et réfléchissent à en intégrer dans leur troupeau ». En 1999, une statue grandeur nature d’une rouge flamande a même été inaugurée à l’entrée des remparts de Bergues (59), berceau de la race. « Ce moment reste l’un de mes plus beaux souvenirs professionnels », avoue-t-il.

Assurer la relève
Outre l’Union rouge flamande, la Maison de l’élevage regroupe cinq autres associations d’éleveurs de races : blanc bleu, parthenaise, limousine, prim’holstein et bleue du Nord. Trois cents agriculteurs y sont adhérents. Plutôt opposé aux croisements dans l’orientation de la sélection des races ou la gestion des troupeaux – qu’il considère comme un aveu d’échec –,il se félicite qu’il y ait toujours de jeunes éleveurs qui s’impliquent dans la génétique. « Le renouveau est visible et j’ai beaucoup de plaisir à voir que les enfants d’exploitant que l’on accompagne depuis plusieurs années sont encore plus mordus d’élevage et de concours que leurs aînés ! » Pour encourager ces associations et rapprocher les éleveurs, Albert Masurel met en avant des fromages nouveaux, comme le pavé bleu, ou ancestraux, comme le fromage de Bergues. « L’objectif est de créer des cahiers des charges spécifiques qui imposent l’utilisation de lait de races locales pour la fabrication de ces fromages, détaille-t-il. Le rattachement de ces fromages à leur race originelle suit une logique territoriale à laquelle les consommateurs doivent être attentifs. » Le directeur regrette néanmoins amèrement que la filière maroilles n’ait pas misé sur la rouge flamande au prétexte qu’elle avait disparu alors qu’elle était en fait une sous-race de la flamande. Il souligne d’ailleurs que les AOP adoptant les cahiers des charges les plus contraignants sont en fait celles qui se développent et se valorisent le mieux. Mais à l’heure de son départ à la retraite, Albert Masurel (qui sera prochainement remplacé par Laetitia Billes) pourrait avoir une belle surprise. Cinq ans après Filouse (rouge flamande), la race bleue du Nord est bien placée pour être l’égérie du prochain Salon international de l’agriculture (SIA) de Paris 2019. Réponse dans les prochains jours.

Simon Playoult

2018-06-14T15:38:07+00:00 16 juin 2018|Categories: Élever|Mots clés: , , , |