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Arrageois. Ils s’opposent au harcèlement foncier

Deux collectifs, dont un d’agriculteurs, s’opposent au projet de création d’une déviation routière en parallèle à la RD 939 entre Aubigny-en-Artois et Ligny-Saint-Flochel.

Route, Arras, emprise foncière
Des banderoles « Balance le goudron » ont fleuri depuis quelques semaines sur le long de l’actuelle RD939 pour s’opposer à la création d’un nouveau tronçon routier à travers la plaine. © DR

Les banderoles « Balance le goudron » positionnées le long de l’actuelle RD939 ne passent inaperçues aux yeux des usagers de cette route qui relie Arras au littoral, en passant par le Saint-Polois. Elles sont l’œuvre de deux collectifs dont l’un, baptisé ADN 939, est majoritairement composé d’agriculteurs ; dans l’autre, baptisé ROD 939, on retrouve des commerçants et artisans installés dans les villages traversés par l’actuelle RD 939, des riverains, des usagers ou encore des chasseurs. Ce qui coince ? Le projet du Département du Pas-de-Calais de créer une route à double sens de 9 kilomètres en parallèle à l’actuelle RD 939. Si le collectif ROD 939 dénonce des pertes potentielles de chiffre d’affaires et de visibilité pour leurs activités dues au détournement de la circulation, les agriculteurs d’ADN 939 pointent quant à eux du doigt l’emprise foncière liée à la création d’une nouvelle route. Pour Hubert Brisset, agriculteur à Berles-Monchel, élu de la chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais et membre du collectif ADN 939, « si ce projet se fait, l’emprise foncière sera de 70 hectares en incluant le linéaire de la route en 2 fois 2 voies, les bassins de rétention et d’infiltration d’eau, les bas-côtés, les clôtures… » 70 hectares, poursuit M. Brisset, « c’est la surface moyenne d’une exploitation agricole dans notre région et c’est cela qui rend la chose inacceptable ».

Une emprise « inacceptable »
L’opposition au projet a bien été soulignée lors des réunions publiques de présentation du tracé et d’une concertation entre le 2 mai et le 1er juillet 2016, comme au sein d’un comité de pilotage, « mais on attend de voir », explique Hubert Brisset. La prochaine étape est l’ouverture d’une enquête publique au cours du second semestre 2018, puis de la déclaration d’utilité publique du projet probablement courant 2019. En attendant, l’animation des deux collectifs – ils sont particulièrement actifs sur les réseaux sociaux – est une manière « de faire monter la pression et de fédérer ». Le collectif ADN 939 ne digère toujours pas l’expérience de l’aménagement d’un précédent tronçon, entre étrun et Aubigny-en-Artois : « En ce qui concerne cette portion, constate Hubert Brisset, l’aménagement foncier a été mené au pas de charge. Des exploitants ne sont pas satisfaits et certains propriétaires n’ont pas encore été indemnisés ». Pour les membres des deux collectifs, l’alternative consisterait à aménager l’actuelle RD 939, à moindres frais, tant sur le plan financier que foncier et environnemental.

Un accroc dans la gestion économe du foncier
Pour le collectif ADN939, ce projet entre en effet en contradiction avec la signature par le conseil départemental en 2010 de la charte d’engagement pour une gestion économe de l’espace agricole. « Qu’est-ce que le Département fait de cette charte aujourd’hui ? », s’étonne l’agriculteur. Une rencontre avec le président du conseil départemental du Pas-de-Calais Jean-Claude Leroy a bien été sollicitée par les deux collectifs, rapporte Hubert Brisset, « mais elle n’a pas encore eu lieu et on se demande si on sera écouté ». Depuis début juillet, une pétition a été lancée sur la plateforme Web Change.org. En un peu plus de trois semaines, elle a déjà recueilli un peu plus de 700 signatures. 

Vincent Fermon

2018-08-02T12:26:33+00:00 3 août 2018|Categories: Actualité|Mots clés: , , , , |