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Avesnois. Bras de fer autour d’arrêtés municipaux anti-phytos

Les maires de cinq communes du sud-Avesnois ont deux mois pour retirer les arrêtés municipaux qui entendent encadrer l’utilisation de produits phytosanitaires en agriculture dans leurs communes. La profession agricole est partagée entre colère et déception alors qu’un rassemblement citoyen est organisé le samedi 20 juillet, à Avesnes-sur-Helpe (59).

En mai dernier, le maire de la commune d’Ohain (59) a été le premier à prendre un arrêté demandant aux agriculteurs de déclarer leurs traitements phytosanitaires 48 heures à l’avance et les interdisant à moins de 100 mètres des lotissements, crèches et écoles. Il a été depuis rejoint par les maires des communes d’Anor, Moustier-en-Fagne, Trélon et Wignehies.

Avaient-il le droit de le faire ? La réponse du sous-préfet de l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe est claire : c’est non.

Début juillet, le sous-préfet Alexander Grimaud a invité ces élus locaux à retirer leurs arrêtés dans un délai de deux mois, sous peine d’une procédure devant le tribunal administratif, considérant qu’il n’est pas de la compétence de maires d’administrer l’utilisation des produits phytosanitaires. « Un maire ne peut pas décider de limiter ou d’interdire l’usage de pesticides sur sa commune. L’autorité qui en a la compétence, c’est le préfet », expliquait il y a quelques jours le représentant de l’État.

Pulvérisation d'un champ de pommes de terre © BASF/Guillaume Perret

Des citoyens inquiets, selon les maires

Les maires des cinq communes du sud-Avesnois justifient quant à eux leur décision par une volonté de répondre aux inquiétudes de leurs concitoyens face à l’utilisation de produits phytosanitaires à proximité de zones d’habitation et de lieux accueillant un jeune public.

Du côté de la sous-préfecture d’Avesnes-sur-Helpe, on rappelle que des contrôles ont eu lieu depuis le mois de mai dernier, et qu’aucun d’entre eux n’a permis jusqu’alors de déceler l’utilisation de produits interdits en France.

Les maires des communes du sud-Avesnois justifient leur décision par une volonté de protéger les populations de leurs communes et le bocage avesnois © Parc naturel régional de l'Avesnois

« C’est une décision populiste », dénonce un responsable professionnel agricole

Agriculteur à Mairieux dans l’arrondissement d’Avesnes et vice-président de la FDSEA du Nord, Jean-Christophe Rufin était partagé entre colère et déception, milieu de semaine : « On est face à des élus qui prennent des décisions dans des domaines qu’ils ne connaissent pas. C’est une décision populiste à quelques mois des élections municipales, sur un sujet sensible, alors que cela fait plusieurs années que les agriculteurs font des efforts pour limiter leur utilisation de produits phytopharmaceutiques. Ces arrêtés sont contre-productifs avec des mesures qui sont inapplicables ».

Demander aux agriculteurs de déclarer 48 heures à l’avance leurs interventions est « une contrainte supplémentaire à une réglementation déjà stricte », estime Jean-Christophe Rufin : « La décision de faire une intervention se décide en fonction des conditions climatiques du moment. Il faut être réactif. On peut penser devoir faire un traitement, et puis renoncer à le faire, si ce n’est plus justifié ».

Une rencontre entre État, agriculteurs et collectivités attendue

En ce qui concerne l’utilité même de ces interventions chimiques au champ, Jean-Christophe Rufin entend faire preuve de pragmatisme : « Il ne faut pas oublier que l’alimentation d’aujourd’hui est plus saine que celle d’hier. C’est grâce à certains traitements qu’on a pu se débarrasser de certaines toxines dans les céréales dont les gens pouvaient mourir (…) Les produits que l’on utilise ont des autorisations de mise en marché. Nous sommes obligés d’effectuer des contrôles techniques sur nos matériels de pulvérisation et nous devons obtenir un diplôme (Certiphyto) pour utiliser ces produits… »

Le responsable professionnel attend désormais beaucoup d’une rencontre prévue entre le représentant de l’État, les collectivités et le monde agricole « avant la rentrée » pour dépassionner un sujet toujours sensible, ainsi que l’élaboration d’une charte encadrant les bonnes pratiques, comme le prévoit la loi Egalim.

Vincent Fermon

Vincent Fermon 2019-07-17T17:49:35+00:00 17 juillet 2019|Categories: Actualité, Environnement|Mots clés: , , , , , , , , |