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Canal Seine Nord. L’État tarde à se décider

Le flottement de l’état dans le financement du canal Seine-Nord (CSNE) continue de jouer avec les nerfs de ses partisans, alors que l’idée d’une taxe nationale à assiette régionale fait son lit.

Contrairement à ses voisins européens – Belgique, Allemagne, Pays-Bas – qui ont su tirer profit de leur réseau fluvial, et le développer, la France accuse encore un certain retard en la matière. © DR

On l’avait cru un temps enterré, puis en « stand-by », avant que le « forcing » effectué par le président de la Région des Hauts-de-France et des élus locaux de tous bords ne permette de relancer les discussions autour de son financement. Vendredi dernier, à l’occasion d’une conférence-débat à Noyon (60) sur les enjeux de la réalisation du canal Seine-Nord, Carole Bureau-Bonnard a tenu à rassurer les participants sur la bonne marche du projet. Députée de la 6e circonscription de l’Oise, première vice-présidente de l’Assemblée nationale, elle est aussi présidente du groupe d’études « voies navigables et transports multimodaux-canaux » à l’Assemblée nationale.

« Il va se faire »
De par ses fonctions, autant dire que l’ex-adjointe au maire de Noyon élue en juin 2017 sous l’étiquette La République en marche (LREM) est au fait des évolutions de ce dossier. Pour elle, l’optimisme est de rigueur : « Il n’y a pas de remise en cause du projet. À partir du moment où la Région s’est engagée avec les collectivités et qu’elle va prendre en charge les travaux qui devront être réalisés dans les deux ans à venir, et que l’Europe s’engage à hauteur de deux milliards d’euros, il n’y a pas de souci. L’État va maintenir sa participation ». Ce dernier peut-il encore longtemps jouer au chat et à la souris et continuer à réserver son engagement dans le financement du projet à hauteur d’un milliard d’euros ? Mystère. Du côté des défenseurs du projet, Carole Bureau-Bonnard en tête, on rappelle qu’un récent sondage réalisé par OpinionWay montre un fort intérêt de nos concitoyens pour le transport fluvial : 85 % du millier de personnes interrogées disent en effet vouloir davantage d’équipements permettant le transport de marchandises massifiées (ferroviaire, fluvial) pour limiter le transport routier aux derniers kilomètres. Parmi les critères devant être retenus pour justifier le choix d’une infrastructure plutôt qu’une autre, respect de l’environnement (55 %) et désengorgement des axes saturés (50 %) arrivent ensuite largement en tête. 72 % des sondés estiment que le transport fluvial des marchandises en France doit augmenter dans les prochaines années. Enfin, ils sont 77 % à considérer que la connexion entre les voies navigables françaises au réseau fluvial européen pour le transport de marchandises est « prioritaire ».

Emploi et impact environnemental
Sur le front de l’emploi et de l’environnement, les défenseurs du canal font aussi valoir des chiffres : « Ce projet va permettre la création de 10 000 emplois dans la phase de construction et de 30 000 emplois pérennes dans la phase d’exploitation », détaille le maire de Noyon et président de la communauté de communes du Pays noyonnais, Patrick Deguise. Transporter des marchandises par voie fluviale, c’est aussi plus économique et plus respectueux en matière environnementale, poursuit l’élu local en précisant « qu’une barge de 4 500 tonnes, c’est l’équivalent de quatre trains ou de 220 camions ».
Pour le maire de Longueil-Sainte-Marie et président de la communauté de communes de la plaine d’Estrées, Stanislas Barthélémy, le fait que les retombées économiques du projet soient régulièrement contestées n’est pas choquant, avant de citer l’exemple de l’autoroute A1 : « Les projets de grandes infrastructures sont en général d’abord mal perçus, et c’est seulement des années plus tard que l’on se rend vraiment compte des retombées positives, quand d’autres activités économiques sont venues s’installer autour ». De l’optimisme encore. Enfin, il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir dans cette conférence-débat l’occasion de rappeler le rôle de l’Europe dans le fonctionnement de l’économie française et le soutien à un certain nombre de projets. Si l’on a pour habitude de considérer que la France est l’une des principales bénéficiaires de la PAC, l’Europe intervient également dans de multiples autres domaines.

Une dimension européenne saluée
D’après les dires de la députée, on s’orienterait de plus en plus vers une taxe nationale dont l’assiette serait régionalisée. S’agira-t-il d’une taxe à l’essieu ? D’une vignette ? Pour Carole Bureau-Bonnard, « c’est un ajustement qui est en train d’être discuté. On ne sait pas encore ce qui sera arrêté ». Sous réserve qu’elle soit présentée dans les temps annoncés par la ministre des Transports, la loi d’orientation des mobilités (LOM) – devant le Parlement à la rentrée 2018 – devrait apporter une part de réponse. De même, une autre partie de la réponse pourrait se trouver dans le projet d’une prochaine loi de finances.
Plus tôt dans la soirée, Carole Bureau-Bonnard rappelait avec insistance que le projet de canal ne se fera pas non plus sans intégrer « sa dimension européenne ». La députée affirme en effet que le canal Seine-Nord sera un outil important afin « de relier la mer du Nord à la Méditerranée ». Pour le maire de Noyon, dont la ville était candidate à l’accueil du siège de la société de projet, pouvoir bénéficier d’autant de fonds européens, cela ne se refuse pas : « Refuser les deux milliards d’euros de l’Europe serait une faute politique grave (…). Si on ne prend pas ces fonds, ils seront affectés à d’autres projets en Europe et on pourra leur dire adieu ».

Vincent Fermon

2018-05-31T13:58:57+00:00 1 juin 2018|Categories: Actualité|Mots clés: , |