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Ruralité : la « double peine » des femmes victimes de violences

23-11-2023

Actualité

C’est tout frais

Selon la Fédération nationale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles, les femmes victimes de violences en milieu rural ont plus de mal à trouver de l’aide. Pour lutter contre cela, plusieurs actions sont mises en place.

Marie Pessemier-Deboudt, directrice du CIDFF Nord, explique les différentes actions mises en place sur les territoires ruraux. © H. G.

« Être une femme en territoire rural, c’est la double peine avec des femmes plus sujettes aux inégalités sociales et économiques et qui ont plus de difficultés à trouver de l’aide lorsqu’elles sont victimes de violences », affirme la Fédération nationale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) sur l’une de ses plaquettes d’informations.

Plus de féminicides en zone rurale

Un chiffre dramatique traduit cette situation : près de 50 % des féminicides ont lieu en milieu rural alors qu’un tiers des Françaises vivent dans ces territoires. « Il y a une prévalence importante de situations de violence qui aboutissent aux féminicides dans ces zones », constate Marie Pessemier-Deboudt, directrice du CIDFF Nord. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette inégalité : une précarité accrue, un isolement géographique et social ainsi que des violences conjugales et sexuelles moins détectables.

Depuis quelque temps, des actions spécifiques sont mises en place à destination de ces territoires, « on sent que les politiques publiques vont également dans ce sens », se réjouit la directrice du CIDFF Nord.

Une campagne pour l’accès au droit des femmes en milieu rural, baptisée Partout les femmes ont des droits ! vient d’ailleurs d’être lancée. « Une convention a été signée entre l’Agence nationale de la cohésion des territoires, l’association des maires de France, celle des maires ruraux, Pôle Emploi ainsi qu’avec la fédération des pharmaciens d’officine, détaille Marie Pessemier-Deboudt. Ces élus et professionnels ont un lien de proximité et les femmes peuvent parfois se confier à eux. Grâce à cette convention, ils savent qu’ils peuvent les orienter vers nos services. L’objectif est de ne pas laisser repartir des personnes alors qu’on a des choses à proposer », explique-t-elle.

Si les CIDFF possèdent plusieurs antennes dans chaque département, des permanences itinérantes sont également organisées dans les territoires : « L’objectif est de rompre cet isolement en déployant une présence dans les Maisons France services par exemple, il y a une démarche d’aller vers ces femmes et de ne pas attendre qu’elles viennent à nous. Il faut aussi parler des violences le plus possible et faire savoir qu’il existe des lieux d’écoute. »

Des permanences juridiques mais pas que…

Dans ce cadre, le CIDFF du Nord a justement mis en place deux permanences juridiques à Gouzeaucourt et Solesmes, dans le Cambrésis. « On s’est rendu compte que dans notre antenne de Cambrai, nous avions peu de femmes qui venaient de ces territoires. Certainement pour des raisons d’accessibilité, le réseau de transports en commun n’est pas aussi développé que dans les grandes métropoles, mais aussi à cause d’une méconnaissance de ce qui existe », avance Marie Pessemier-Deboudt. Et d’ajouter : « On est interpellé sur des sujets divers de droit de la famille ou de droit du travail, de dossiers retraite… Mais la connaissance et l’accès à ces droits sont un levier de liberté et donc un levier pour lutter contre les violences faites aux femmes. »

Pouvoir évoquer ces sujets pour les femmes victimes de violences est aussi, parfois, une porte d’entrée pour parler de ce qu’elles subissent. « Beaucoup de femmes viennent nous voir pour connaître leurs droits en cas de séparation ou pour des questions sur l’emploi ou sur le logement… Et c’est seulement lorsqu’elles sont en confiance et que l’on creuse un peu la situation qu’on arrive à leur faire évoquer les violences. Mais à la base, elles ne sont pas venues pour cela. Notre objectif est qu’elles sachent que les professionnelles du CIDFF sont des points d’appui où elles trouveront des ressources, où elles seront accueillies de manière bienveillante et inconditionnelle et écoutées. »

Les intervenants sociaux en gendarmerie ou commissariat font également partie des actions mises en place. « C’est un outil intéressant car ils ont une lecture plus sociale des problématiques, souligne Marie Pessemier-Deboudt. Lorsque les forces de l’ordre reçoivent une victime de violences, elles l’orientent vers ces professionnels et réciproquement, ces dernières peuvent également accompagner les dépôts de plainte. »

Bientôt un projet en partenariat avec la MSA

Un projet est également en cours entre les CIDFF du Nord et la Mutualité sociale agricole (MSA). Cette dernière, comme les CAF, est déjà porteuse du dispositif d’aide universelle d’urgence (don ou prêt sans intérêt accordé aux victimes de violences conjugales afin de quitter rapidement le foyer conjugal pour se mettre à l’abri et prendre un nouveau départ, ndlr). « Certains territoires, et notamment les territoires ruraux, sont plutôt couverts par la MSA. Dans l’Avesnois ou encore le Cambrésis, ils ont un nombre d’adhérents importants », indique la directrice du CIDFF Nord. Cette convention devrait permettre de travailler sur trois axes : « Former les travailleurs sociaux de la MSA au repérage des victimes de violences et à leur orientation, développer des permanences en ruralité et sensibiliser le public avec l’idée d’intervenir dans les lycées agricoles ou centres sociaux conventionnés par la MSA qu’aujourd’hui on touche peu. »

Si les mouvements comme #MeToo ou #BalanceTonPorc ont fait bouger les choses en libérant la parole des femmes, « et c’est une très bonne nouvelle », se réjouit Marie Pessemier-Deboudt, il reste encore beaucoup à faire. « On manque encore de moyens pour accompagner correctement les femmes qui déposent plainte, notamment pour les hébergements d’urgence mais aussi pour la prise en charge psychologique », regrette la directrice du CIDFF Nord.

Hélène Graffeuille

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