Accueil/Actualité, Environnement, Valoriser/CHIMIE. EXTRACTIS VALORISE LA BIOMASSE VÉGÉTALE

CHIMIE. EXTRACTIS VALORISE LA BIOMASSE VÉGÉTALE

Philippe de Braeckelaer est le directeur général adjoint d’Extractis, à Amiens. Tour d’horizon avec lui sur la chimie verte.

Philippe de Braeckelaer est le directeur général adjoint d’Extractis, à Amiens. Tour d’horizon avec lui sur la chimie verte.

C’est quoi la chimie ?

La chimie est une science qui fait appel à un ensemble d’outils chimiques ou biochimiques pour transformer des substrats majo- ritairement carbonés en molé- cules et produits d’intérêt. La chimie carbonée a connu un essor foudroyant avec la décou- verte de substrats carbonés fos- siles tels que le charbon, le lignite et le pétrole. Ce que l’on peut dire, pour conclure, c’est que la chimie organique a été pendant plus d’un siècle quasiment exclu- sivement basée sur ces ressources fossiles.

En quoi le vert est-il une opportunité pour la chimie ?

La biomasse végétale est également un substrat carboné mais non fossile, et il est renouvelable. Elle peut donc, sous certaines conditions, venir compléter ou se substituer à certaines ressources fossiles. En cela, c’est une opportunité, puisque c’est del’économiedecarbone(on utilise le carbone stocké dans les plantes). Toujours en termes d’opportunités, c’est une contribution partielle à la diminution de gaz à effet de serre. La chimie verte s’inscrit dans les protocoles de lutte contre le réchauffement climatique. Enfin, elle s’intègre également dans la demande des consommateurs des pays industrialisés pour des produits plus respectueux de l’environnement.

Votre réponse suggère des limites. Quelles sont-elles ?

Si l’on s’intéresse, par exemple, aux esters méthyliques de pre- mière génération (colza et tournesol), il faudrait 250 % de la surface agricole utile française pour alimenter le parc diesel national… Autrement dit, la chimie verte ne peut pas se substituer intégralement aux dérivés du pétrole. Pour les plastiques, c’est pareil. Ce qui peut se développer en biomasse, ce sont des indus- tries de fermentation qui vont produire des molécules spécifiques pouvant avoir des usages proches de certains usages pétroliers.

La vraie limite est la mobilisation, ainsi que la densification et le transport de la biomasse. Économiquement, ne serait-ce que si l’on considère le coût du transport, cela représente un coût bien plus élevé que celui du pétrole. La question est donc la suivante : qui est prêt à payer ? Autrement dit, les marchés à gros volumes sont pratiquement inatteignables du fait des coûts de transport de la biomasse de départ.

Quels sont les atouts de la chimie verte dans notre région ?

Notre région a misé, depuis plus de 30 ans, sur les valorisations alimentaires et non alimentaires de la biomasse avec l’ex-CVG (Extractis aujourd’hui, ndlr), des centres techniques et d’excellence, le tout couplé avec des sols qui tiennent la route et une technicité des agriculteurs qui savent produire du spécifique à prix serré. Par ailleurs, nous avons des industries de fermentation, des industries de première transformation de la biomasse, ainsi que des sucreries et des amidonneries. Avec tous les outils dont nous disposons ici, nous sommes la région leader en France sur ce type de diversification et de valorisation de la biomasse végétale, qu’elle soit alimentaire ou non alimentaire.

Extractis, à quoi cela sert-il précisément ? Et est-ce que le fait de changer de nom, soit Extractis à la place de CVG, a-t-il apporté des modifications à votre organisme ?

Notre centre sert à continuer les travaux de recherche opérationnelle et à vocation économique sur les valorisations de la biomasse. Notre structure a aussi servi de point d’attraction pour que s’installent dans notre région des outils comme Pivert, le pôle de compétitivité ou encore la plateforme technologique Improve. Pour ce qui est du changement de notre nom, cela a permis de mieux clarifier, en termes de marketing, notre activité, soit l’extraction de matières végétales. Et le terme d’Extractis, de fait, est bien plus compréhensible pour les pays anglophones. C’est d’autant plus important pour nous parce que nous travaillons de plus en plus à l’international, particulièrement avec le Canada et les États-Unis.

Est-ce à dire qu’il n’y a pas suffisamment de marchés en France pour vous ?

Ce n’est pas volontaire de notre part d’aller à l’extérieur mais force est de constater que le marché français de la recherche industrielle est de plus en plus contraint. L’argent privé devient rare et les fonds publics connaissent une véritable érosion (ils représentent moins de 20 % pour la structure aujourd’hui, ndlr). Mais nous sommes encore trop petits pour prospecter à l’international. On ne recherche pas, dans tous les cas, à se développer de façon exponentielle, mais plutôt pas à pas. Dans cette optique, on se spécialise clairement sur les métabolitessecondaires(molécules présentes en toutes petites quantités dans les plantes, mais que ces dernières sont seules en capacité de produire, ndlr), parce que la pétrochimie ne sait pas réellement concurrencer.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret de ce que fait Extractis à partir d’une idée qui lui est soumise ?

Setalg, filiale du groupe Roullier, cherchait à mettre un produit sur le marché à base d’algues pour réduire de 25 % la part du sel dans les charcuteries et salaisons. Nous nous sommes associés avec Adria Développement, notre collègue breton, pour faire une étude, de la recherche du sourcing aux procédés de production, jusqu’aux tests d’objectivation de cet ingrédient. Pour ce faire, nous avons réalisé une étude sur toutes les algues dans le monde pour chercher celle ayant le bon ratio entre le chlorure de sodium et le chlorure de potassium. Nous avons aussi apporté un support lors de la phase d’industrialisation du procédé. Au final, le produit créé, Algysalt, présente un taux de sodium jusqu’à huit fois inférieur au sel.

Quels sont les enjeux de demain auxquels sera confrontée la chimie verte demain ?

Les enjeux sont les mêmes que pour n’importe quel produit industriel, soit le rapport entre fonctionnalité et prix… Tout se termine par un acte d’achat.

Propos recueillis par Florence Guilhem

2017-08-10T06:53:54+00:00 10 août 2017|Categories: Actualité, Environnement, Valoriser|Mots clés: , |