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Élections chambre. La Confédération paysanne veut mettre le paysan au coeur des projets

Dans le cadre de la campagne pour les élections aux chambres d’agriculture, nous avons proposé aux têtes de liste de chaque syndicat d’agriculteurs présentant des candidats en Nord-Pas de Calais (FDSEA-JA, Coordination rurale, Confédération paysanne) de répondre à un certain nombre de questions. 

Mathieu Glorian, pour le Pas-de-Calais, et Chantal Cornée, pour le Nord (au premier plan) mènent la liste de la Confédération paysanne pour les élections à la chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais. © DR

Pour la Conf’, les prochaines élections ne se limitent pas à la gestion de la chambre d’agriculture puisqu’il s’agit aussi pour elle d’être représentée dans des commissions et organisations partenaires qui influent sur le quotidien des agriculteurs.

Quelle place accordez-vous aux agriculteurs et agricultrices dans votre projet ?
Mathieu Glorian (tête de liste pour le Pas-de-Calais) : Contrairement aux précédentes majorités, nous ne pensons pas que la chambre d’agriculture soit la succursale de l’agroalimentaire et des banques. Les paysans doivent avoir la place centrale. Nous défendons une agriculture forte de ses nombreux paysans. Plus nous serons nombreux, plus nous serons capables de faire face ensemble aux défis sociétaux.

Quels services pourraient être mis en place pour accompagner les agriculteurs dans leur quotidien ?
Chantal Cornée (tête de liste pour le Nord) : Les services actuels et les nouveaux à développer doivent rester dans les champs des missions de la chambre : représentation de la profession, installation, pérennisation des exploitations. Il faut faire évoluer les contenus et la méthode des formations et conseils proposés. Il faut revoir ce qu’il se fait sous l’angle de l’autonomie des paysans. 
Mathieu Glorian : Plutôt que d’être obsédé par la high-tech qui rime avec surendettement, la chambre d’agriculture devrait impulser une transition vers des modes de production et de gestion des exploitations qui permettent de conserver plus de valeur ajoutée sur les fermes. Il faut être innovant et ambitieux. Par exemple, sur les plateformes d’essai de la chambre d’agriculture, il faut anticiper les évolutions réglementaires et les attentes de la société pour le monde agricole.

Des agriculteurs et des filières

De quelle manière la chambre d’agriculture peut permettre aux éleveurs de vivre de leur métier ?
Antoine Jean (n° 2 sur la liste pour le Nord) : L’enjeu majeur de ces élections pour les éleveurs ne se situe pas au niveau des actions de la chambre d’agriculture. Il est plutôt de savoir s’ils seront représentés par un syndicat qui les défend vraiment, qui soutient une régulation des productions, seule capable de maintenir des prix rémunérateurs, qui lutte contre l’industrialisation de l’élevage, etc. La chambre a aussi une mission de représentation et de lobbying à travers l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) par laquelle elle peut contribuer aux orientations politiques, comme la nouvelle PAC. L’enjeu majeur pour l’élevage est la régulation et la lutte contre la concurrence déloyale de produits importés pour garantir des prix rémunérateurs. Localement, la chambre d’agriculture doit mieux accompagner les éleveurs qui choisissent les filières de qualité ou de commercialiser en circuits courts : formations, réseau de suivi

Quel soutien accorder aux filières végétales ?
Chantal Cornée : Dans un contexte d’agrandissement et d’industrialisation des filières végétales, la chambre doit jouer son rôle en tant que défense des agriculteurs (organisation collective) face à l’agroalimentaire pour empêcher que certains paysans se retrouvent hors-jeu. Elle doit soutenir et accompagner les démarches collectives qui permettent de mieux valoriser les productions. 

Quelle place donneriez-vous aux filières émergentes et aux circuits courts ?
Antoine Jean : Les circuits courts doivent être une priorité renforcée, et non considérés comme une niche. À long terme, l’objectif est de faire sortir les clients de la grande distribution pour les faire venir dans les magasins de producteurs. Pour cela, la chambre d’agriculture devrait mener un travail de lobby pour des normes adaptées aux productions fermières, aider au développement de projets individuels et à la structuration de projets collectifs…

L’agriculture régionale et l’environnement

Comment faciliter l’accès des agriculteurs aux énergies renouvelables ?
Antoine Jean : La production d’énergie ne doit pas se substituer à notre mission d’être des producteurs d’aliments avant tout. On voit bien les dérives sur le terrain avec une répercussion sur l’accaparement du foncier. De plus, la méthanisation ne doit pas être l’objet de captation d’argent public sur de très grosses unités. Il n’est pas non plus normal que certains paysans perçoivent des rentes avec l’implantation des champs d’éoliennes.

Comment faire face à des contraintes réglementaires de plus en plus nombreuses ?
Antoine Jean : On a l’impression d’une accumulation de contraintes dont les agriculteurs ne peuvent pas percevoir l’utilité. Le réseau des chambres d’agriculture doit se mobiliser pour que la simplification administrative soit une réalité chez les paysans et que les normes soient adaptées à la dimension des exploitations en proportion des risques.

L’agriculture régionale et les territoires

Dans la lutte contre l’artificialisation des terres agricoles, quelle doit être l’implication de la chambre d’agriculture ?
Mathieu Glorian : Elle doit adopter une position très ferme sur ce sujet, et non se contenter de négocier les indemnités d’éviction les plus élevées qui déstabilisent le marché foncier localement (…) Il existe dans nos départements de nombreuses friches industrielles qui doivent être dépolluées aux frais de ceux qui les ont exploitées, pour les rendre à l’agriculture.

De quelle manière assurer une proximité entre les agriculteurs et les organisations professionnelles agricoles ?
Antoine Jean :  Le moyen de redonner de la proximité est la transparence. Il n’est pas normal que la rémunération des dirigeants de chambre d’agriculture ne soit pas publique.
Mathieu Glorian : Il n’est pas normal que les déclarations d’intention de cession d’activité agricole (DICAA) ne soient toujours pas communiquées à tous les syndicats et associations qui travaillent sur la question foncière, comme c’est le cas dans presque toutes les autres régions de France.

Installer des agriculteurs ou agrandir l’existant ? 

Comment la Chambre d’agriculture peut contribuer au renouvellement des générations en agriculture ?
Mathieu Glorian : Le plus important pour permettre l’installation est de lutter contre la spéculation foncière et l’accaparement du foncier par des capitaux extérieurs (…) Nous prônons un contrôle des structures renforcé, pour que la priorité soit donnée à conforter les petites fermes et l’installation. Ce contrôle doit aussi s’appliquer aux cessions de parts d’entreprises qui lui échappent actuellement. La chambre d’agriculture doit accompagner les repreneurs issus d’horizons différents pour les aider à mûrir leur projet, le tester et le rendre réaliste et viable. Un travail important est à faire sur la transmission pour sensibiliser les cédants. 

L’agriculture régionale et les consommateurs

Comment lutter contre l’agribashing ?
Mathieu Glorian : On parle beaucoup d’agribashing mais en réalité les agriculteurs ont globalement une bonne image auprès de la population et une partie de nos concitoyens ne sont pas dupes et commencent à cerner la différence entre l’agrobusiness industriel et l’agriculture paysanne (…) Il faut donc communiquer plus et mieux, c’est-à-dire autrement qu’avec un salon qui montre une vision tronquée de ce qu’est l’agriculture régionale.

Quelle communication envers le grand public et les consommateurs ?
Chantal Cornée : Ce qui est important est d’être transparent sur nos pratiques. Pour nous, la meilleure communication, c’est d’avoir des actions de proximité, ouvrir les portes de nos fermes, pas des grosses campagnes de communication coûteuses. Si on relocalise les filières et qu’on développe les circuits courts, la communication n’en sera que facilitée et renforcée. 

Propos recueillis par Vincent Fermon

Laura Béheulière 2019-01-14T14:23:22+00:00 14 janvier 2019|Categories: Actualité|Mots clés: , |