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ENTOMOCULTURE. ILS VEULENT NOURRIR LES POISSONS AVEC DE LA PROTÉINE D’INSECTE

Quatre ingénieurs ont fondé Innovafeed, une start-up spécialisée dans la production de protéines d’insectes afin de nourrir les poissons d’aquaculture en région. L’usine implantée dans le Cambrésis permet de valoriser les coproduits agricoles.

Guillaume Gras, Bastien Oggeri, Aude Guo et Clément Ray (photos de haut en bas) ont créé en 2016 la société Innovafeed dont le siège est à Évry (Essonne). © Innovafeed

Le secteur agricole est un monde en perpétuelle évolution et en constante innovation. Alors, lorsque quatre startupers trentenaires décident de se pencher sur la question de l’alimentation en aquaculture, cela débouche sur une solution des plus surprenantes : implanter un élevage d’insectes à Gouzeaucourt dans le Cambrésis, en l’occurrence des larves de mouches Hermetia illucens, un insecte non pathogène et non invasif.

Le projet remonte à 2016, date de la création de la société Innovafeed par Guillaume Gras, Bastien Oggeri, Aude Guo et Clément Ray. La société, domiciliée au Genopole d’Évry (Essonne), implante sa première unité industrielle de production en Hauts-de-France.

L’objectif de l’entreprise est, pour ses fondateurs, de répondre « au plus grand défi du XXIe siècle : nourrir la planète et ses neuf milliards d’habitants », précise Guillaume Gras, cofondateur de la start-up avant d’ajouter : « L’idée est d’extraire des protéines concentrées, qui seront ensuite destinées à l’aquaculture, notamment pour nourrir les truites que vous retrouvez sur les étals de la grande distribution ». Un procédé qui permet de produire des protéines sous forme d’huile ou de farine localement, et à partir de coproduits agricoles « sans consommer de ressources naturelles ».

« Mettre fin à une aberration »

Mais pourquoi des insectes et pourquoi l’aquaculture ? « Les larves de mouches ont cette capacité à transformer les coproduits agricoles et agroalimentaires, notamment les résidus de betteraves ou d’amidon, afin de produire des protéines de très bonne qualité, souligne Guillaume Gras. De plus, le secteur de l’aquaculture est en plein développement. Les excréments des larves sont également récupérés et transformés en engrais organiques qui sont ensuite utilisés par les agriculteurs qui fournissent les industries agroalimentaires en betteraves, amidon et autres céréales. » De quoi boucler la boucle de la filière.

Il s’agit aussi de répondre à une demande forte pour produire une nourriture de qualité. Et le jeune homme de poursuivre : « Nourrir des poissons avec des farines de soja ou des farines de poissons est une aberration à laquelle il faut mettre fin. Dans la nature, la truite se nourrit d’insectes. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les techniques de pêche qui existent pour ce type de poisson, notamment la pêche au ver ou à la mouche. Produire des farines de poissons pour l’aquaculture à partir de la pêche minotière est un procédé peu respectueux de l’environnement et des ressources naturelles car les stocks de poissons en mer s’épuisent rapidement. » Le procédé mis en place par Innovafeed se place donc comme une alternative à cette technique.

« Lorsque l’usine tournera à pleine capacité, nous serons en capacité de produire trois tonnes de protéines par jour », précise Guillaume Gras. © innovafeed

Au cœur du premier bassin agricole

L’implantation de la première usine de production de protéines à base d’insectes dans les Hauts-de-France était une évidence pour les cofondateurs d’Innovafeed. « Nous nous implantons dans le premier bassin agricole et agroalimentaire d’Europe. Ce qui implique pour nous de pouvoir récupérer plus facilement les écarts et surplus de production afin de nourrir nos larves d’insectes. Tous ces résidus et coproduits représentent pour nous un important gisement à valoriser », précise Guillaume Gras. Un gisement de plusieurs milliers de tonnes aux dires du jeune entrepreneur.

Le site de production de Gouzeaucourt est entré en phase de production et monte en charge. « Lorsque l’usine tournera à pleine capacité, nous serons en capacité de produire trois tonnes de protéines par jour », précise Guillaume Gras. Trois tonnes de protéines qui représentent en réalité 30 tonnes « puisque seuls 10 % de protéines seront intégrés au régime alimentaire des poissons. »

Du côté des perspectives, les fondateurs d’Innovafeed se veulent confiants. « En 2018,nous prévoyons de doubler la superficie du bâtiment de Gouzeaucourt qui est aujourd’hui de 1 500 m2. Nous employons à l’heure actuelle une quinzaine de personnes et envisageons l’embauche de salariés supplémentaires l’an prochain », conclut Guillaume Gras. De quoi augmenter la capacité de production et répondre aux enjeux alimentaires de demain.

Gauthier Clausse

2017-10-09T10:22:58+00:00 11 octobre 2017|Categories: Actualité, Agroalimentaire|Mots clés: , , , |