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ÉTHOLOGIE. LA VOIX MÉCONNUE DU CHEVAL

Le cheval est un animal social avec un besoin réel de communiquer. Mais que connaît-on de la communication vocale chez ce mammifère ?

« Quelques acquis, beaucoup de promesses », voilà comment en quelques mots Alban Lemasson, éthologiste à l’Université de Rennes1 – CNRS, résume nos connaissances sur la voix du cheval. Le cheval est plutôt connu pour être un bon communicant visuel avec, dans son répertoire, toute une batte- rie de signaux reposant, par exemple, sur la posture de l’en- colure et la position des oreilles. Les quelques travaux de recherche anciens et d’autres plus récents confirment cependant que le mode de communication vocale et son utilisation sociale ont été trop souvent sous-estimés.

« Le cheval est un animal social caractérisé par un besoin de communiquer. Il le fait au sein des différents groupes (familles, mâles célibataires ou mâles soli- taires) caractéristiques de son espèce. Chez cet équidé, la communication vocale s’associe à une communication multimodale lors de rencontres ; rencontres entre étalons et juments, entre mâles ou encore entre mères et jeunes », observe l’éthologue.

Le répertoire des signaux vocaux du cheval est assez pauvre si on le compare par exemple à celui d’autres mammifères sociaux aquatiques et terrestres. Il est composé de quelques éléments identifiables reposant sur des structures acoustiques potentiellement graduées.

Des sons vocaux et non vocaux

Les signaux vocaux du cheval sont néanmoins une source d’informations fiables dans certains contextes de vie. Les émissions vocales ne sont en effet pas rares lorsque deux congénères familiers se retrouvent séparés par une grande distance ou par un obstacle visuel. Elles apparaissent très tôt dans le développement et se font entendre au moment de la distanciation mère-jeune. « Les vocalisations jouent un rôle dans la transmission d’informations sur la motivation sociale et l’état émotionnel de l’émetteur et sur son identité individuelle et sociale. »

Le cheval possède également une très bonne acuité auditive combinée à un traitement cérébral auditif latéralisé dépendant de la valeur sociale du signal perçu. Il est capable d’émettre plusieurs types de sons, à la fois vocaux (par vibration des cordes vocales) et non vocaux (par vibration des naseaux) au sein desquels on trouve ensuite différentes sortes d’émissions sonores.

Par vibration des naseaux, le cheval peut communiquer par ébrouements (dans une situation calme), par ronflements (dans le cas d’une inquiétude modérée) ou encore par soufflements (pour donner une alerte). « On rencontre également quatre grands types de sons vocaux : les hennis- sements (appel longue distance), les nickers (communication courte distance), les couinements (rencontre entre deux individus) et les grognements (inconforts, douleurs). »

« Si la plupart de ces structures acoustiques et de leurs contextes d’émissions restent à étudier de manière plus rigoureuse, quelques travaux publiés lors de la dernière décennie témoignent d’un flot d’informations véhiculées par les hennissements. Ces derniers peuvent être décomposés en trois parties : une intro, un climax et une fin. Le cheval est capable d’encoder ces parties pour donner différents renseignements », souligne Alban Lemasson.

Une multitude d’informations à découvrir

Ainsi, il est désormais prouvé par des études sur les productions vocales des individus émetteurs et sur les préférences auditives et réactions comportementales des individus receveurs, que les paramètres acoustiques temporels et fréquentiels de ces signaux vocaux complexes encodent le sexe de l’émetteur, son statut hiérarchique, sa taille, son identité, son état émotionnel et même son succès reproducteur. En effet, sur ce dernier point, une étude a prouvé que voix et fertilité étaient liées. Les étalons à la voix plus grave présentaient davantage de gestations réussies. Ils s’avèrent donc de meilleurs reproducteurs. « Les paramètres vocaux se sont par ailleurs révélés plus fiables dans la prédiction de la fertilité que les spermogrammes. Aussi, ces recherches pourraient à terme s’appliquer sur le terrain dans les élevages. »

La Rédaction 2017-06-19T12:20:24+00:00 21 juin 2017|Categories: Actualité, Élever|Mots clés: , |