Accueil/Cultiver/Fenaison : Il n’est pas trop tard pour épargner la faune

Fenaison : Il n’est pas trop tard pour épargner la faune

La destruction de jeunes animaux ou de nids dans les parcelles de fourrage à récolter peut être limitée par certaines bonnes pratiques.

Faune, animaux, récolte, fauche, fenaison

Même si la période de récolte de fourrage est déjà bien entamée et qu’un certain nombre d’espèces animales ont déjà pondu leurs œufs ou réalisé leur mise-bas, effectuer un repérage ou utiliser une barre d’effarouchement avant d’entrer en action avec une faucheuse dans une parcelle d’herbe peut limiter quelques destructions sur la petite faune sauvage. Il y a quelques jours, les experts du groupe technique national machinisme du programme Agrifaune ont remis au goût du jour leurs recommandations à suivre lors des travaux de récolte des fourrages. Selon les résultats d’enquêtes réalisées dans plusieurs départements, du Maine-et-Loire à l’Averyon, en passant par l’Indre, la Loire-Atlantique, la Manche, la Vienne et la Sarthe, on constate que la densité de cadavres retrouvés après la fauche varie en fonction des types de cultures, du stade végétatif du couvert et de la période d’intervention.
« Des mortalités très importantes sur le faisan commun ont été constatées sur des parcelles de luzerne dans l’Indre pouvant aller jusqu’à 40 faisans communs, adultes et jeunes, aux 100 hectares », rapportent les membres du groupe machinisme du programme Agrifaune. Toujours dans ce département, mais dans des parcelles de prairies naturelles, la mortalité constatée est de 24 faisans aux 100 hectares.

Intervenir pendant la fauche
Comment expliquer qu’un certain nombre d’animaux puissent finir entre les couteaux d’une faucheuse ? La réponse est à chercher du côté de leur comportement. Face à la progression d’engins agricoles, leur réflexe est en effet d’adopter la même posture que face à un prédateur : rester immobile en attendant le dernier moment pour fuir. Trop tardive, cette fuite leur est parfois fatale. Pour éviter cette issue, le réseau des experts du groupe machinisme d’Agrifaune rappelle un certain nombre de « bonnes pratiques » : retard de fauche des cultures fourragères, réglage de la hauteur de la barre de fauche ou de coupe à un minimum de 8 centimètres, travailler le jour plutôt que la nuit, réduire la vitesse de travail, détourage partiel de la parcelle en commençant soit par le centre de la parcelle, soit par un côté détouré. La fauche en mosaïque qui consiste à partager les parcelles en petites et à les faucher en plusieurs fois, permet de maintenir des zones refuge.
Sur un plan matériel, plusieurs suivis ont permis de démontrer l’efficacité des barres d’effarouchement. Il s’agit d’un outil destiné à faire fuir les animaux avant le passage de l’outil de broyage ou de fauche du couvert. Si l’utilisation d’une barre d’effarouchement montre de réels effets sur la destruction de la petite faune sauvage, elle n’a de sens que si la vitesse de travail est inférieure à 10 km/h et si le chauffeur est attentif aux animaux qui s’enfuient.

Avant la fauche aussi
Pour limiter au maximum les dégâts, d’autres experts recommandent d’anticiper la détection et l’effarouchement des animaux susceptibles de se trouver dans une parcelle prête à être récoltée. Il s’agit par exemple de parcourir la parcelle pour effectuer une détection visuelle, laquelle est réalisée en opérant une battue à blanc, avec ou sans chien. Cette recherche est également possible avec des outils plus évolués : on pense par exemple à la détection par capteurs infrarouges qui va détecter une source de chaleur, ou par caméra thermique installée sur un drone. Enfin, l’observation du comportement d’un animal peut parfois en dire long et indiquer la présence d’un nid à proximité, ou d’un jeune fraîchement né. Et s’il n’est pas toujours possible à un exploitant de le faire seul, par manque de moyens ou de temps, rien ne l’empêche de faire appel à un voisin, chasseur, naturaliste, pour l’accompagner dans cette démarche préventive.

Vincent Fermon

Pourquoi opter pour la barre à peigne ?

D’avril à août, pour des travaux de fauche des prairies et des luzernes, les experts du groupe technique national machinisme du programme Agrifaune recommandent l’utilisation d’une barre à peignes. Ceux-ci vont en effet effleurer le sol et ratisser le couvert, forçant les animaux à le quitter. Les peignes vont également éviter que certains objets ou matériaux (détritus, branches d’arbre…) passent dans la faucheuse. La barre à peignes s’installe sur le relevage avant, le porte-masse ou sur le chargeur du tracteur. Pour être efficace, la barre d’effarouchement doit être équipée de plusieurs paires de peignes d’une longueur minimum de 45 centimètres et espacées d’environ 30 centimètres. Mécanisable hydrauliquement, elle est ainsi plus pratique et peut être transportée sur une remorque adaptée. La vitesse d’utilisation devra être comprise entre 8 et 10 kilomètres/heure pour être efficace, et encore inférieure lors du dernier passage. Son coût varie de 300 euros pour un modèle fabriqué soi-même à 2 500 euros HT en fonction du nombre de bras et de la largeur. Le modèle à fléaux ou à chaînes est plutôt à utiliser de septembre à mars, selon le groupe d’experts, lors de la destruction ou de l’entretien des couverts d’intercultures, des Cipan, des jachères ou des bandes enherbées.

Coline Lucas 2018-06-07T09:51:53+00:00 7 juin 2018|Categories: Cultiver|Mots clés: , , , , |