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Fernand Duchaussoy. “Je suis le foot d’en bas !”

Ex-président de la Fédération française de football (FFF) et président d’honneur de la Ligue des Hauts-de-France, le Berckois Fernand Duchaussoy prend la défense du foot en milieu rural.

Comment se portent le foot amateur et les « petits » clubs dans la région ?

Les Hauts-de-France comptent plus de 1 600 clubs et environ 240 000 licenciés. Même si les campagnes connaissent un certain nombre de difficultés, notre territoire a su préserver des équipes en milieu urbain ou périurbain ainsi qu’en zones rurales. C’est une richesse d’avoir toujours ces deux visages du foot car tous les publics peuvent le pratiquer.

À quelles difficultés faites-vous allusion pour les équipes situées à la campagne ?

Aujourd’hui, c’est humainement et financièrement compliqué en ville comme dans les villages. Il est certain que les clubs ou asso- ciations sportives rurales ont souffert de la désertification. C’est difficile de maintenir un effectif lorsque les jeunes de la commune partent étudier dans les métropoles. Heureusement, des clubs parviennent à en faire revenir certains pour jouer les matchs du week-end. Chapeau à eux ! Les ressources finan- cières (subventions, partenariats…) se font de plus en plus rares également. Pour y remédier, il faut organiser des événements : loto, brocantes, repas… Un autre problème se pose alors, celui de trouver des bénévoles pour l’organisation mais aussi des participants en nombre.

Pas facile donc la vie des clubs ruraux. Pourtant, ils peuvent avoir un rôle important dans les villages…

En effet, ils ont une place déterminante pour la vie des communes ! Les clubs font vivre les petits commerces et sont surtout les garants du lien social. Ils permettent aux parents et aux enfants de se rencontrer, aux habitants de se retrouver et d’échanger pendant les matchs, les entraînements ou les moments festifs en lien avec le club. C’est un ensemble. Avoir un beau stade et une équipe sont des atouts pour un village (attraits économique et sociétal).

Que faire alors pour redynamiser les territoires ?

Il devient impéra- tif que les instances du foot français se penchent davantage sur ce problème. Je pense qu’il faut alléger les législations en place. Les critères d’homologation (qualité du terrain, des vestiaires…) sont, par exemple, parfois trop stricts et provoquent la disparition irrémédiable d’équipes. De même que les fusions entre un ou plusieurs clubs ruraux qui sont parfois refusées, à titre réglementaire, alors qu’elles sont légitimes. J’ai été président de la Ligue nationale du football amateur de 2005 à 2010, mais je considère que nous ne sommes pas allés suffisamment loin dans cette démarche qui est pourtant capitale pour le maintien d’une activité footballistique dans les « zones d’ombre ».

L’engouement extraordinaire pour le foot suite à la victoire des Bleus en 1998 s’est donc éteint ?

Après son succès à la Coupe du monde 98, la France et ses clubs ont connu plus de 200 000 nouveaux licenciés. C’était énorme. Au-delà, cette victoire a généré plusieurs millions d’euros de retombées économiques. Cet argent a été redistribué en partie pour le financement de projets liés au football, via le fonds Fernand Sastre : achat de ballons ou d’équipements pour les clubs. Mais cette vitalité s’est rapidement étiolée et le nombre de licenciés a baissé depuis.

Quelle image gardez-vous du mondial 98 ?

Je retiens que c’est lors du match de 8e de finale entre la France et le Paraguay (1-0) à Lens que la ferveur est véritablement née. C’est difficile à croire mais le stade a eu du mal à se remplir. Il restait plus de 500 places à vendre la veille de la rencontre alors que les matchs entre nations étrangères affichaient complet depuis longtemps… Le football amateur régional s’est alors fortement impliqué pour que cet événement soit un succès populaire. J’ai appelé les présidents des districts pour leur proposer des tickets à la dernière minute et Bollaert s’est rempli. C’est à partir de ce match-là, et grâce à l’ambiance lensoise, que les Français ont commencé à croire en la victoire.

Durant votre carrière vous avez défendu le foot rural et ses valeurs. Pourquoi ?

J’ai commencé le foot au club de Rang-du-Fliers, en 3e division. Le stade était une « pâture », comme on disait à l’époque. Puis le club a grandi. Nous avons créé une école de foot et des équipes de tous âges. Je garde des souvenirs magiques de ces instants, en tant que joueur, qu’entraîneur et que président du club. Le foot amateur et rural représente mes racines. Je suis le foot d’en bas !

Le foot féminin trouve-t-il aussi un essor à la campagne ?

Oui, le foot féminin se développe bien. Des équipes se sont créées, y compris sur les territoires. La France avait un retard considérable à rattraper comparé à ses voisins en termes de nombre de licenciées. J’y crois beaucoup et je continue à combattre pour faire évoluer certaines mentalités, car, parfois, nous ne sommes malheureusement pas encore en terrain conquis…

Pour conclure, quel est votre meilleur souvenir de foot ?

J’en ai évidemment plusieurs mais je citerais ce 16e de finale de Coupe de France en 1962. Je jouais au club d’Abbeville et nous avons affronté la grosse équipe de Toulon. C’était une performance pour nous d’être arrivés à ce stade de la compétition. Nous avons perdu 2 à 0 mais l’émotion est encore présente.

Simon Playoult

Simon Playoult 2018-06-15T14:52:58+00:00 15 juin 2018|Categories: Uncategorized|