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Maubeuge. Mathias Baranski revient à ses moutons

Mathias Baranski, berger communal à Maubeuge (59), a remporté le dernier championnat de France de chiens de troupeau. Passionné par son métier, il tente de promouvoir la pratique de l’écopâturage.

Mathias Baranski, berger communal à Maubeuge. DR

Chaussures de rando bien nouées, sifflet autour du coup et casquette vissée sur la tête… Mathias Baranski guette son troupeau. Berger mais citadin, le jeune nordiste emmène chaque jour paître ses moutons sur les remparts de la ville de Maubeuge. Un terrain d’entraînement idéal pour cet adepte des concours de chiens de troupeau.

Transhumance urbaine
Depuis 2009, Mathias Baranski est soigneur animalier à la ferme pédagogique du zoo. Cette dernière, appartenant à la municipalité, abrite plusieurs petits animaux, un parc et une aire de jeux accessibles librement aux habitants. Elle compte surtout une horde de brebis, des zwartbles précisément. « C’est une race rustique d’origine hollandaise, précise l’éleveur. Elles sont de couleur marron lorsqu’elles ont de la laine puis noire une fois tondues ».
En 2012, après avoir pris conscience du potentiel en espaces verts que possèdent les anciennes fortifications de la commune, Mathias Baranski a l’idée d’y amener ses moutons. Depuis cette date, l’écopâturage fait partie du quotidien du berger de 28 ans. « Le troupeau entretient ce site historique tout en le préservant, explique-t-il. Les brebis peuvent aller dans les terrains accidentés et empêchent notamment la pousse de ronces ». Un procédé écologique et économique qui évite l’utilisation de machines ou de désherbants chimiques.
Chaque matin, le professionnel part donc en transhumance à travers les rues de la ville pour emmener son cheptel (80 têtes) dans un nouveau secteur enherbé. Au grand plaisir des Maubeugeois. « Un berger est souvent solitaire, mais pas moi !, sourit-il. Il y a toujours quelqu’un qui vient nous rendre visite, voir le troupeau et poser des questions ». Face à l’enthousiasme de la population, Mathias Baranski a créé l’association « Revenons à nos moutons » en 2016. Son objectif est d’encourager la pratique de l’écopâturage. « Je mets des moutons de mon troupeau personnel à disposition des collectivités ou des particuliers pour débroussailler des parcelles. Nous organisons aussi des démonstrations de conduite lors de certains événements locaux (fêtes de village, salons agricoles…) ». En somme, le Sambrien a fait d’une passion son métier, et inversement.

En quête de trophées
Si Joey, son border collie de quatre ans, paraît paisiblement allongé sur l’herbe, il n’en est rien. Le chien est sans cesse à l’affût du moindre écart que pourrait faire un agneau quelque peu téméraire. C’est avec lui que Mathias Baranski s’est envolé pour la Norvège en août 2017 pour participer aux championnats d’Europe de chiens de troupeau. « J’étais sélectionné pour la première fois avec l’équipe de France (composée de six autres conducteurs, ndlr), un véritable honneur, souligne l’éleveur. Je n’ai pas ramené de médaille mais j’espère pouvoir retenter ma chance cette année ». Pour arriver à ce niveau, le berger travaille dur. Depuis 20 ans déjà ! « J’ai eu mon premier border collie à l’âge de 8 ans et j’ai directement fait de l’agility puis du dressage », évoque Mathias Baranski. Aujourd’hui, presque chaque week-end, il part sur les routes de France pour enchaîner les compétitions. Le 12 novembre dernier, récompensés de leurs efforts, Lochness (chien de 2 ans) et Mathias ont remporté le championnat de France, catégorie « jeune chien » à Istres (Bouches-du-Rhône). Dans ce type d’épreuve, des brebis sont réparties à l’extrémité d’une parcelle pouvant aller jusqu’à trois hectares. « Il s’agit de guider le chien au sifflet, et donc les animaux, jusqu’à moi le plus droit possible en suivant un parcours », indique Mathias Baranski. L’étape finale consiste à faire entrer les moutons dans un cercle. Dirigé par son maître, le chien doit ensuite séparer ceux marqués des autres. Un programme qui demande maîtrise technique et coordination. Le champion remettra son titre en jeu en septembre 2018, à Lavaur (Tarn), lors de la prochaine Coupe de France. En attendant, la préparation se poursuit, en conditions réelles, sur les célèbres remparts Vauban. 

Simon Playoult

Virginie Charpenet 2018-06-21T09:02:54+00:00 15 juin 2018|Categories: Élever|