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Patrimoine : vent debout pour sauver le moulin de Villeneuve-d’Ascq

L’association Monique Teneur lance un financement participatif pour le remontage au Musée de plein air de Villeneuve-d’Ascq d’un authentique moulin à vent. Objectif : trouver 150 000 euros.

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En rangs par deux sous leur casquette, un petit troupeau en gilets jaune fluo se faufile gaiement entre les chaumières. Après un bref coup d’œil sous l’étable d’Aumale (59) où se situe l’atelier du maréchal-ferrant, sans doute parti déjeuner, les enfants s’arrêtent dans la cour de l’authentique ferme flamande de Lederzeele (59), et forment une ronde pour chanter en attendant le pique-nique. Bienvenue au Musée de plein air de Villeneuve-d’Ascq, paradis de la préservation du patrimoine rural et des centres aérés en période de vacances. Créé dans les années 1990, il accueille sur 15 hectares 25 authentiques bâtiments ruraux des Hauts-de-France. Démontés puis remontés pour entamer une seconde vie à Villeneuve-d’Ascq, ils témoignent de la vie d’autrefois dans les villages avec pour objectif de faire revivre les constructions, mais aussi les métiers d’antan (maréchal-­ferrant, canneuse-­rempailleuse, tourneur sur bois…) à travers des animations quotidiennes assurées par la Métropole européenne de Lille (MEL), propriétaire des lieux.
Mais en ce 11 juillet sous l’étable d’Aumale, l’ambiance est solennelle. « Nos villes regorgent de témoignages du passé, alors que nos campagnes les ont souvent perdus à jamais… », affirme Alain Diéval d’un ton sentencieux. Derrière le président de l’association Monique Teneur est projetée la photo recolorisée d’un grand moulin en bois. « Le remontage du moulin de Vaudricourt ici coûterait 600 000 euros, annonce-t-il. Nous avons déjà réuni les trois quarts de cette somme. »

Effet de levier
Du nom d’une grande protectrice du patrimoine rural de la région, l’association Monique Teneur est spécialisée dans la préservation du patrimoine rural. Elle se donne pour mission de trouver les 150 000 € manquants à la réédification du moulin de Vaudricourt (80) au Musée de plein air à l’automne prochain. Elle revendra le résultat à la MEL pour un euro symbolique. Ne trouvant ses financements que via le mécénat, elle s’est adossée à la Fondation du patrimoine Nord-Pas de Calais pour donner à son action un caractère collectif. « Un moulin, c’est un haut lieu de vie dans un village, reprend Alain Diéval. C’est aussi une passerelle vers le présent : aujourd’hui on redécouvre que le vent est source d’énergie. Le remontage de ce moulin sera une illustration du développement durable ! »
Assis à ses côtés, Bertrand Riquier, chargé de mission Nord à la Fondation du patrimoine, semble confiant. Avec en moyenne 6 000 euros récoltés par souscription, la fondation représente une première source sûre de financement. « Si un visiteur sur 100 participe à hauteur de 20 ou 30 euros, affirme Bertrand Riquier, on dépassera allègrement les 6 000 euros. » Mais surtout : elle pourra passer dans le radar d’autres sources de financement plus conséquentes, comme les fondations Total ou Stéphane Bern. Et être ainsi plus crédible aux yeux des entreprises, qui peuvent soutenir le projet soit directement auprès de l’association Monique Teneur, soit via la Fondation du patrimoine.

Une rareté
Obtenu en janvier, le permis de construire du moulin de Vaudricourt sera mis en œuvre par l’architecte belge Sabine Okkerse, qui a à son actif la réédification d’une trentaine de moulins en Belgique et aux Pays-Bas. Entièrement en bois et doté d’une calotte (la partie supérieure) tournante, c’est une rareté. Démonté en 1988, puis stocké 30 ans chez des particuliers, il a connu cinq tentatives de remontage, toutes échouées, avant d’être rapatrié au Musée de plein air en mai 2017. Après une restauration de ses meules, de ses ailes et de certaines pièces en bois abîmées, il rejoindra un emplacement choisi près de la route sous les vents dominants, ce qui devrait donner au Musée de plein air une nouvelle visibilité. « Un musée qui ne se renouvelle pas est un musée qui meurt ! », conclut Alain Diéval.

Lucie De Gusseme

 

Moulin Marceau, de l’énergie du vent à celle du diesel

Aujourd’hui disparus, les moulins à vent de la Somme ont régné sur le paysage jusqu’à la fin du XIXe siècle. Celui de Vaudricourt (village de tradition agricole), dit moulin Marceau, est typique de la côte picarde. Avec son point culminant à une vingtaine de mètres du sol, ses planches en bois et sa calotte tournante, il est le dernier moulin ainsi configuré en France. Si certains racontent qu’il servit de prêche protestante au XVIIe siècle, son existence n’est formellement attestée que dès 1806. Il a fonctionné au vent jusque vers 1925 où, pour ne pas être dépassé par une industrie meunière en pleine expansion, il se dota d’un… moteur ! C’est évidemment dans sa version initiale, sans turbine d’aucune sorte, qu’il sera restauré au Musée de plein air.

2018-08-02T14:38:48+00:00 22 juillet 2018|Categories: Magazine|