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Pâturage. Des économies à la clé grâce à une plus grande autonomie alimentaire

Dans un contexte de volatilité des prix des matières premières, l’amélioration de l’autonomie alimentaire des exploitations est un réel axe de travail. La bonne gestion de l’herbe disponible sur l’exploitation est une des premières voies vers plus d’autonomie.

Mettez vos vaches à l’herbe dès que la portance du sol et la météo deviennent favorables pour valoriser cette ressource peu coûteuse. © DR

Pour les secteurs en région de plaine à bon potentiel, la part de pâturage accessible aux vaches se réduit avec l’augmentation des troupeaux. Elle avoisine en moyenne les 15 ares pâturés par vache. Les fermetures de silo de maïs au printemps ont quasiment disparu. Et pourtant, continuer à bien valoriser cette herbe disponible quelle que soit la surface, constitue une réelle économie directe en réduisant la part de correcteur azoté, ce qui permet d’optimiser le coût de ration.
En février dernier, à l’occasion d’une formation de groupe et afin d’anticiper le pâturage de printemps, les éleveurs laitiers des Groupes d’études et de développement agricole (Geda) de l’Artois et d’Avesnes-le-Comte ont sollicité l’avis de Luc Delaby, ingénieur de recherche à l’Inra de Rennes.

L’herbe au menu
La mise à l’herbe et le premier cycle de pâturage sont des périodes déterminantes du pâturage. Une grande partie de la saison d’herbe se joue dès le printemps.
À la mise à l’herbe, le premier tour de pâturage contribue au nettoyage des prairies. Il permet de consommer l’herbe ayant poussé depuis le dernier pâturage d’automne et les premières pousses de printemps. Il évite de se faire déborder par la croissance explosive de l’herbe de printemps : de 20 à 60-70 kg MS/ha/j en un mois et demi. Plus la surface d’herbe proposée est importante, plus il sera nécessaire de démarrer tôt le pâturage.

⊲ En pratique  : à partir de fin mars, soyez prêt à mettre à l’herbe dès que la portance du sol et la météo deviennent favorables. Il est d’autant plus nécessaire de sortir tôt avec un pâturage d’automne insuffisamment ras et un hiver peu rigoureux.

Un premier passage déterminant
Faire pâturer ras lors du premier passage est une pratique qui améliore la qualité des repousses en favorisant le tallage. On améliore la valeur nutritive du couvert qui sera alors plus feuillu. Si les prairies ne sont pas rasées au démarrage, les vieilles feuilles s’accumulent et moisissent avec pour conséquence une perte d’appétence et une réduction progressive des repousses. La hauteur d’herbe de sortie de la prairie doit se situer aux environs de 5 à 6 cm (hauteur herbomètre) ou au talon (hauteur botte).

⊲ En pratique  : Quelles que soient la date de mise à l’herbe et la surface par vache, l’idéal est de terminer le premier passage pour le 15 avril pour préserver la qualité de l’herbe.

Une ration qui évolue
La gestion du pâturage est une gestion dynamique. Il convient d’adapter progressivement la ration distribuée aux quantités d’herbe disponible. Une distribution trop libérale à l’auge coûte ! En année correcte au printemps (60 kg MS/ha/j), au-dessus de 15 ares/VL d’herbe disponible, le maïs ne doit pas représenter plus de 50 % de la ration. À l’inverse, à moins de 10-15 ares/VL, il est difficile de dépasser une demi-ration d’herbe au plus fort du printemps et, dans ce cas, pour éviter un pâturage trop ras, la présence des vaches en prairies la nuit n’est pas souhaitable. Pour moins de 5 kg de MS d’herbe dans la ration, les vaches ne sortiront qu’une demi-journée. Afin de réduire la pression de pâturage, il est important de garder une ration suffisante à l’auge.

⊲ En pratique  : Pour favoriser l’ingestion au pâturage, avec une ration mixte herbe pâturée et maïs fourrage, évitez de donner accès au maïs après la traite du matin. Une bonne maîtrise des apports de maïs, notamment à la fin du 1er cycle, permet une bonne valorisation de vos prairies.

Économiser du concentré
Au printemps, l’herbe est riche en azote et pourtant, on a souvent tendance à sous-estimer sa valeur azotée et à complémenter de ce fait trop largement en concentrés. C’est bien à cette époque que l’on peut économiser du concentré, en particulier si le stade de lactation du troupeau est avancé. Consommée en plat unique, l’herbe pâturée de qualité ne nécessite aucune complémentation azotée. Cette ration « complète », qui de plus est la moins chère, permet une production moyenne d’environ 25 l. La réponse à un apport supplémentaire de concentré équilibré sera modeste, par effet de substitution avec l’ingestion d’herbe. Elle sera au mieux de l’ordre de 1 kg de lait par kilo de concentré distribué.
La ration mixte herbe-maïs présente, quant à elle, une bonne complémentarité. Une herbe feuillue au printemps titre 100 à 110 g de PDI au kg de MS, soit deux fois plus qu’un maïs fourrage. Ainsi, l’apport d’un correcteur azoté ne se justifie pas dès lors que le maïs représente moins de 50 % de la ration (voir tableau 1).

⊲ En pratique  : Quelle que soit la surface en herbe, il est possible de limiter le correcteur azoté dès que les vaches pâturent. Les plus grandes économies de correcteur se font au printemps : diminuez très vite le concentré azoté à la mise à l’herbe.

Des repères à moduler
Avec une pousse favorable de printemps à 60 kg MS/ha/j, ces recommandations se traduisent par une complémentation azotée (pour des rations simples à base d’herbe pâturée et maïs) qui varie selon la surface accessible par vache (voir tableau 2). Ces repères sont à moduler selon la pousse d’herbe de l’année : plus ou moins 10 à 20 kg de MS/ha/j selon les températures printanières.

⊲ En pratique  : L’herbomètre est l’outil le plus objectif pour mesurer la pousse de l’herbe, indicateur qui permet d’ajuster ensuite maïs fourrage et concentré.

Virginie Halipré et Pierrick Boulan,
conseillers chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais

Virginie Charpenet 2018-04-12T12:39:28+00:00 12 avril 2018|Categories: Élever|Mots clés: , , |