

Hervé Deroubaix, maire de Robecq et président des maires ruraux du Pas-de-Calais (788 communes de moins de 3 500 habitants sur les 890 du département).
Hervé Deroubaix » Ça a été un mandat difficile, singulier qui a débuté sous la crise du Covid avec une mise en place retardée. Un décalage entre le premier tour et la mise en route, suivi de deux années ponctuées d’interruption, d’ambivalence des positions des uns et des autres notamment concernant l’ouverture des écoles. S’ajoutent le désengagement de l’Etat, le manque de visibilité et la modification du budget avec le remplacement de la taxe d’habitation par une contribution qui s’est stabilisée, ne jouant plus son rôle de levier fiscal. Les communes sont à la merci des dotations, n’ont plus de marge de manœuvre et ne peuvent que subir. Idem pour les dotations comme la DETR (dotation d’équipement des territoires ruraux) qui n’a de rural que le nom : les modalités sont de plus en plus compliquées et éloignent les plus petites communes, qui ne possèdent pas les armadas administratifs des plus grandes. »

Jean-Gabriel Masson, maire de Fromelles et président des maires ruraux du Nord (499 communes de moins de 3 500 habitants sur les 647 du département).
Jean-Gabriel Masson « Personne n’a dérogé à la règle : le démarrage du mandat a été très compliqué avec des équipes hybrides entre anciens et nouveaux élus, nombreux imprévus et nécessité d’assurer le quotidien et les services durant la première phase de confinement. Tous les maires sont restés debout. Puis il y a eu les conséquences de la guerre en Ukraine, le plan de relance et l’augmentation du prix de l’énergie et des matériaux : des turbulences financières pour toutes les communes et là encore, les maires ont répondu présents. Sans oublier la difficulté croissante dans la gestion quotidienne, l’augmentation des tensions, notamment nourries lors de la crise sanitaire, l’augmentation des violences qui sont le symptôme d’une anxiété liée au contexte international et qui se canalisent vers les élus présents localement. S’ajoute la montée d’un sentiment, et j’insiste sur l’idée de sentiment d’insécurité notamment nourri par certains médias. Et malgré tout ça, les projets ont avancé, la transition écologique a avancé, un peu aidée par la crise énergétique. Le leit motiv doit être le vivre ensemble. »
Hervé Deroubaix. « Cette réforme était défendue depuis longtemps par l’association des maires ruraux mais je déplore son caractère tardif : vu sa date d’adoption, il aurait semblé plus judicieux qu’elle s’applique à partir de l’élection suivante, en 2032. Ici, dans les communes qui comptent trois conseillers et que ceux-ci seraient trois hommes, il va falloir en sacrifier un du jour au lendemain ou presque. Le fait de trouver des dames qui se positionnent sur des listes ne devrait pas être si compliqué pour les communes entre 500 et 1 000 habitants, ça pourrait se corser pour celles de moins de 500 habitants, peut-être aurait-il fallu procéder par étape : déployer la réforme aux communes entre 500 et 1 000 habitants d’abord et aux autres ensuite après sur la parité on trouve toujours des excuses pour ralentir mais on finit toujours par y arriver. S’ajoute la fin du panachage qui sera compliquée à expliquer. Quand la règle s’est appliquée aux communes de moins de 3 500 habitants en 2014, nous avions eu environ 10 % de bulletins nuls, parce que des noms y avaient été barrés par habitude ou par principe. La fin de cette règle empêche aussi les candidatures isolées et il y aura très probablement moins de candidats au final. A contrario cela mettra fin à la pratique du tir au pigeon, on votera moins à la tête, davantage au projet. »
Jean-Gabriel Masson. « J’entends beaucoup de maires qui pensent arrêter, les démissions ont augmenté sur fonds de tensions croissantes, dont 30 % sont liées à des problèmes internes. Etre maire c’est aussi gérer une équipe. Heureusement que le statut du maire a évolué, afin de favoriser la vie professionnelle car rappelons qu’être élu n’est pas un métier. Et ça compte dans l’intégration de la réforme du scrutin de liste. On s’attendait à ce que la réforme soit votée en 2024, on savait que ça arriverait : si ça a été anticipé sa mise en application ne devrait pas poser de problème. Quand un maire a une vision de loin, ça se passe bien. Un maire qui ne pense pas à 10/15 ans fera des erreurs, le temps de la politique est un temps long. Quand j’ai été élu en 2014, la commune comptait un peu plus de 900 habitants et la barre des 1 000 approchant, nous avons rééquilibré la composition de l’équipe pour que la parité soit facilité. Avec le contexte politique, la réforme n’a été votée que tardivement ce que nous déplorons, c’était au législateur de donner une visibilité, mais on ne peut pour autant pas se permettre de reporter encore sa mise en place. Une équipe municipale doit être représentative, en termes de lieux, d’âges, de professions : cela permet aussi une diversité d’opinions, d’autant plus nécessaire dans les communes rurales qui ne comptent souvent qu’une liste. La proportion d’hommes et de femmes compte dans cette représentativité. Si cela coincera parfois, cette réforme permettra aussi de faciliter le renouvellement, être élu n’est pas un métier et il faut savoir se retirer. Un conseil municipal qui ne bouge pas de mandat en mandat met en danger la transition. «
Propos recueillis par Justine Demade Pellorce

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par Justine Demade Pellorce
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