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Pommes de terre. Coup de chaud dans les parcelles

Les conditions climatiques exceptionnelles de cet été ont aussi des conséquences en culture de pommes de terre. Le point sur la situation au 13 août.

À l’échelle européenne, les prélèvements effectués montrent que le niveau de rendement pourrait être inférieur de 15 à 25 % à la moyenne pluriannuelle. © V. Marmuse

La moisson des céréales terminée, c’est désormais vers les récoltes d’automne que tous les regards se tournent. La pomme de terre n’échappe pas à la tendance avec une sénescence des tubercules plus précoce qu’à l’ordinaire.

Alain Dequeker, président du comité technique pomme de terre du Nord-Pas de Calais, observe deux cas de figure : « Les parcelles plantées à une date normale autour du 15 avril s’en sortent mieux que les parcelles plantées plus tardivement avec deux à trois semaines de décalage pour lesquelles le rendement risque d’être amputé ».

Deux mois sans pluie

Les forts orages du mois de mai ont aussi eu des conséquences en provoquant des phénomènes de ravinement qui ont endommagé les structures de sol, principalement dans le Ternois, dans le secteur de Bapaume ou encore en Flandre maritime dans une moindre mesure. Là aussi, c’est le rendement qui devrait directement en pâtir.

« Depuis ces orages et jusqu’en fin de semaine dernière, il n’est quasiment pas tombé une goutte d’eau », poursuit Alain Dequeker. Une situation similaire à l’année dernière en termes de pluviométrie mais très différente en ce qui concerne les autres paramètres. « L’an dernier, nous n’avions pas eu d’orages, et donc une très bonne structure de sol, et malgré le manque d’eau, il n’y avait pas eu de canicule ».

Cette année, les fortes chaleurs ont donc entraîné une précocité des pommes de terre avec des rendements qui s’annoncent en baisse. D’après un communiqué de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) daté du 14 août, les prélèvements effectués semaines 31 et 32 (avant les pluies) indiquaient des rendements moyens en pommes de terre de conservation, toutes régions et tous débouchés confondus, à 32 t/ha environ, soit une baisse de 7 %, à date identique, par rapport à la moyenne quinquennale.

Au-delà de la sénescence précoce, les fortes chaleurs suivies du retour de la pluie font craindre l’apparition de phénomènes de rejumelage, notamment en bintje, avec des conséquences directes sur la qualité des tubercules*. D’une variété à l’autre, les situations sont très hétérogènes. « C’est une des premières fois que nous connaissons des conditions climatiques aussi extrêmes dans la région, indique Benoît Houilliez, responsable du service pomme de terre à la chambre d’agriculture Nord-Pas de Calais. Mais certaines variétés vont pouvoir profiter du retour de la pluie et continuer à pousser malgré tout ».

Le responsable conseille vivement aux producteurs de se rendre dans leurs parcelles pour échantillonner et envisager des interventions au cas par cas en fonction des variétés, du niveau de sénescence, de leur débouché…

Des surcoûts en perspective

Les inquiétudes des producteurs se portent évidemment sur leur capacité à livrer les volumes contractualisés avec leur acheteur, négociant ou industriel. « Selon les contrats, il n’y aura pas forcément beaucoup de solutions », estime Alain Dequeker. Il précise que dans certains contrats, si la commune est déclarée en état de catastrophe naturelle (sécheresse ou inondations), cela est considéré comme un cas de force majeure et rappelle que « la pomme de terre n’entre pas dans le régime des calamités ».

Pour les producteurs qui seront contraints de racheter des pommes de terre pour honorer leur contrat, la situation risque d’être compliquée : si les prévisions de récolte se confirment, les pommes de terre sur le marché du libre ne suffiront pas à compenser les pertes.

La situation actuelle est à double tranchant : si les prix augmentent (environ 250 €/t), le surcoût explose en parallèle. Non-livraison accompagnée d’un rachat de pommes de terre, passage au bain de sel pour éliminer les tubercules vitreux, déclassement à cause de la matière sèche trop élevée… « La plus grosse facture risque d’être pour les producteurs », prévient Alain Dequeker.

À l’échelle individuelle, l’UNPT conseille aux producteurs de prévenir dès maintenant par courrier recommandé leur acheteur des éventuelles difficultés qu’ils pourraient rencontrer pour livrer l’intégralité de leurs volumes.

Au niveau de la filière, l’UNPT indique dans son communiqué qu’elle souhaite qu’acheteurs et producteurs se mettent prochainement autour de la table pour « trouver des solutions dans l’intérêt de tous ». Le syndicat appelle également de ses vœux que des aménagements soient envisagés à l’échelle européenne. 

Virginie Charpenet

Une situation critique au niveau européen

Le NEPG, qui regroupe des représentants des producteurs des cinq principaux pays producteurs européens**, tire la sonnette d’alarme dans un communiqué daté du 13 août. « Une sécheresse extrême et des températures records ont été observées dans les principaux pays producteurs en Europe », indique le communiqué. Selon les informations actuellement disponibles, les prélèvements effectués montrent que le niveau de rendement pourrait être inférieur de 15 à 25 % à la moyenne pluriannuelle sur la zone NEPG. L’organisme souhaiterait que « les discussions et les échanges entre les représentants des producteurs et les représentants des acheteurs puissent avoir lieu dans le cadre d’une approche européenne ou nord-ouest européenne, et regretterait une approche individuelle entre chaque acheteur et ses producteurs fournisseurs ». Le NEPG estime que « les conditions sèches et le changement climatique sont des challenges à relever pour l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement ».

2018-08-16T13:04:42+00:00 17 août 2018|Categories: Actualité|Mots clés: , , |