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Rats musqués : des chiffres à prendre avec des pincettes

La baisse des captures dans le Nord comme dans le Pas-de-Calais ne signifie pas pour autant la fin des problèmes pour le monde agricole.

Rats musqués, dégâts, cours d'eau

En apparence, la baisse du nombre de captures de rats musqués dans le Nord-Pas de Calais pendant la campagne 2017 pourrait être une bonne nouvelle. En apparence seulement, tant les constats de dégâts restent nombreux, et que l’on se désole du côté du monde agricole du peu de solutions à portée de main pour lutter contre cette espèce nuisible et invasive. Rien que dans le marais audomarois, la présence du rat musqué serait responsable d’une perte de récolte de 10 %. Lors de la réunion bilan des captures animée par la Fredon Nord-Pas de Calais, le 9 juillet, certains élus locaux, dont le conseiller régional délégué à la biodiversité Jean-Michel Taccoen, dénoncent aussi les dégâts sur les berges des cours d’eau, sur le secteur des wateringues et d’autres zones humides de la région. « Si demain on arrête le piégeage du rat musqué, certains territoires vont être complètement inondés, assure-t-il. On ne parle pas assez des dégâts qu’il peut causer. » Une affirmation et des craintes partagées par Jean-Jacques Verstraeten, président de la Fredon Nord-Pas de Calais : « Le rat musqué est un problème pour la gestion des cours d’eau, c’est sûr et certain ».

Captures en baisse, dégâts importants
D’après les chiffres de la Fredon Nord-Pas de Calais collectés auprès des GDON (Groupements de défense contre les organismes nuisibles) du Nord et de l’Association des piégeurs agréés et gardes assermentés (Apanga), le nombre de rats capturés atteint 32 810 ; à titre de comparaison, il s’établissait à 42 735 en 2016 et 44 782 en 2015 dans le Nord. Les territoires en tête de la lutte sont la Scarpe-Aval, le Bas-Escaut et la Flandre maritime ; viennent ensuite la Sambre Avesnois, la Scarpe-Amont et le Haut-Escaut, puis le Cambrésis. 215 piégeurs sont recensés au sein des GDON du Nord – dont 11 sont professionnels –, auxquels il faut ajouter un certain nombre d’adhérents de l’Apanga.
Dans le Pas-de-Calais, la baisse des captures est aussi sensible. Après une progression de 40 % entre 2012 et 2015 pour atteindre 64 223 prises, on constate en 2017 une baisse de 13,1 %, rapportant le nombre de prises à 55 385. « Il y a certes une baisse, constate Odile Muchembled, directrice de la Fredon Nord-Pas de Calais, mais ce chiffre est encore très important. » Les secteurs de piégeage les plus dynamiques, ceux où l’on piège le plus, sont le pays d’Audruicq (20 349) et le Béthunois (13 036). Viennent ensuite les territoires de l’Audomarois (7 958), de la Lys-Aa (5 636), du Calaisis (3 509), du Boulonnais (3 379) et du pays de Lumbres. Sur le terrain, 11 piégeurs salariés – ils sévissent sur l’Audomarois, l’Audruicquois et le Béthunois – sont associés à 491 piégeurs volontaires. En progression entre 2016 et 2017 (+ 15), leur nombre ne semble pas prêt de diminuer dans les années à venir : « à la Fédération des chasseurs du Pas-de-Calais, nous n’avons jamais enregistré autant de demande pour obtenir l’agrément de piégeur », assure Jean-Michel Taccoen, son vice-président.

Un piégeage contrarié
Pour les participants à la réunion bilan de la Fredon Nord-Pas de Calais, plusieurs explications justifieraient le nombre de prises en baisse : des conditions climatiques plus pluvieuses que d’habitude, le vol de pièges, et la réglementation toujours plus contraignante. Pour enrayer l’expansion de l’espèce, et depuis l’interdiction de la lutte chimique en 2009, plusieurs actions spécifiques ont déjà été mises en œuvre. La plus récente est l’harmonisation de la prime à la queue versée aux piégeurs. D’abord fixée à 1,50 euro par queue, elle a été augmentée de 0,50 euro, avec le concours du conseil régional Hauts-de-France. Des pièges sont aussi régulièrement distribués aux piégeurs, tandis que des sessions de formation sont proposées par les acteurs : ONCFS, Apanga, Fédérations départementales des chasseurs et GDON. Si des « opérations coups de poing » ont été organisées sur différents territoires, le problème du rat musqué reste entier : « On connaît les chiffres de nos captures, mais on connaît encore mal les populations qui restent sur le terrain », regrettent de concert Fredon et acteurs engagés dans la lutte contre sa prolifération.

Vincent Fermon

Coline Lucas 2018-07-20T12:57:39+00:00 20 juillet 2018|Categories: Actualité|Mots clés: , , |