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Ravageur. Le frelon asiatique, prédateur majeur

Venu de loin et désormais bien établi chez nous, le frelon asiatique représente une menace sérieuse pour les colonies domestiques d’abeilles. Le point avec un chercheur belge du CRA-W.

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La Semaine de l’abeille qui se déroulait à Nivelles (Brabant wallon) du 23 au 29 avril, ne pouvait pas se tenir sans que l’on y évoque la situation du frelon asiatique en Europe, et plus particulièrement en Belgique et dans le Nord de la France. Directeur scientifique du Centre wallon de recherches agronomiques (CRA-W), Michel De Proft lui consacre de nombreuses recherches bien qu’il ne s’agisse pas de sa spécialité : « Au départ, concède le chercheur, j’étais plutôt dans la protection des plantes contre les ravageurs, mais je suis aussi apiculteur et le sujet est passionnant… » Aujourd’hui, « si le frelon asiatique n’est pas encore présent en Wallonie, il finira par y arriver, c’est inéluctable », prévient-il. Pour anticiper son arrivée, il a participé en 2013 à plusieurs voyages d’études dans le Sud de la France où il rencontre des désinsectiseurs, des services municipaux, des apiculteurs, des groupements de défense sanitaire apicoles ou des chercheurs de l’Inra, et en rapporte des méthodes et des conseils pour repérer et détruire les nids.

D’abord, le reconnaître
Pour l’homme, Michel De Proft assure que le frelon asiatique n’est pas forcément le plus « méchant ». En Asie, d’où il est originaire, « il n’est pas très connu. Il ressemble à une grosse guêpe, avec un corps noir et des pattes jaunes. Il est aussi plus petit que le frelon européen ». Son transfert d’un pays à l’autre serait favorisé par la multiplication des échanges de marchandises avec le continent asiatique. « Le frelon asiatique est apparu dans le Lot-et-Garonne en 2004 et à partir de là, il a colonisé une grande partie du Sud-Ouest de la France, rapporte-t-il. Carte en main, il revient sur sa propagation : deux départements français en 2005, 26 en 2008, 49 en 2011 parmi lesquels le Nord, le Pas-de-Calais, ainsi que le Hainaut. En 2017, le frelon asiatique a colonisé le Nord de l’Espagne, toutela France, l’Allemagne, et reste présent dans le Hainaut. D’après le responsable du CRA-W,« on peut s’attendre à le voir du sud de l’Espagne jusqu’au Danemark, avec une avance de 80 à 100 kilomètres par an ».

Les abeilles, cible facile
Chaque colonie de frelon asiatique peut mesurer jusqu’à 1 mètre de haut et 80 centimètres de large, et compter jusqu’à 2 000 individus. Les nids primaires constitués avec le retour des beaux jours sont ensuite abandonnés pour des nids dits « secondaires », plus grands et plus en hauteur. Côté régime alimentaire et habitudes de vie, « le frelon asiatique est citadin, butineur, charognard, amateur de fruits, de viande, de poisson ». Physiquement, « il est aussi agile, rapide, discret et pas très agressif, ni importun lorsqu’il est seul ». Au cours de l’été, les abeilles sortant de leurs ruches sont en revanche une cible facile, comparées volontiers « à un distributeur automatique de protéines (…) Le frelon leur coupe la tête, les ailes, l’abdomen, les pattes pour ne transporter que le thorax avec lequel il nourrit son couvain ».
Sa présence autour d’une ruche créerait un sentiment d’anxiété chez des abeilles. Parmi les races d’abeilles les plus résistantes, seule Apis corona aurait appris à se défendre des attaques de frelon, avec une technique bien particulière : « Elles l’encerclent et le font chauffer avant de le tuer », explique M. De Proft. Selon le chercheur, « grâce à la sélection, on peut obtenir des abeilles capables de mieux se défendre ». Outre la mortalité, on constate un stress qui impacte les chances de survie de la colonie d’abeilles pendant l’hiver. Pour protéger leurs ruches, des apiculteurs recommandent d’équiper les ruches de muselières, de réducteurs de vol ou de grillages qui vont limiter le déplacement des abeilles et les rendre moins vulnérables.

Les bonnes pratiques de destruction
Pour Michel De Proft, le moyen le plus efficace est « de repérer les nids de frelons asiatiques pour gagner du temps et retarder les attaques ». La période actuelle s’y prête puisqu’elle correspond au moment où le frelon est en recherche active de fibres, d’eau, de protéines et de sucre pour construire son nid primaire. Pour que la destruction du nid soit efficace, la fondatrice doit être présente. Il faut aussi s’assurer de sa fréquentation et l’avoir intégralement décroché. « Ce n’est pas plus compliqué que pour un nid de guêpes, même s’il faut être prudent », insiste M. De Proft qui recommande d’utiliser un insecticide en aérosol appliqué à l’aide d’une perche. Le chercheur recommande en revanche d’éviter la destruction à l’aide de dioxyde de soufre (SO2) – ce qui est de toutes manières interdit –, au lance-flammes, ou au fusil de chasse. « Le poudrage avec un insecticide reste le moyen le plus sûr et le plus efficace », conseille Michel De Proft. Et ce dernier de l’assurer : « Il faut apprendre à vivre avec lui. C’est en sachant le reconnaître suffisamment tôt que l’on peut limiter les pertes ». 

Vincent Fermon

2018-05-18T15:04:09+00:00 19 mai 2018|Categories: Environnement|Mots clés: , , |