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Retraites : la majorité prépare le terrain

Le Musée des Beaux-Arts d’Arras a accueilli jeudi 20 septembre le troisième atelier participatif sur la réforme des retraites sous la houlette d’une personnalité locale : Jean-Paul Delevoye.

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Jean-Paul Delevoye a animé un atelier participatif pour l’élaboration de propositions pour le futur système de retraite. Il présentera une synthèse de la consultation publique en 2019. © DRr

Ils sont une centaine sous les tableaux de la vaste salle du musée des Beaux-Arts d’Arras, assis autour de petites tables studieuses. En ce jeudi 20 septembre, l’enjeu est solennel : l’élaboration par une assemblée de volontaires de la société civile de propositions pour le futur système de retraites. C’est l’un des grands enjeux politiques du quinquennat d’Emmanuel Macron : remplacer les 42 régimes de retraites actuels par un seul système de retraite par points, où chaque euro cotisé donne les mêmes droits à tous, quel que soit le moment où il a été versé et le statut du cotisant. Plutôt inédit comme démarche : le projet veut impliquer les citoyens via une plateforme web ouverte aux propositions citoyennes jusqu’au 25 octobre (participez.reforme-retraite.gouv.fr), et huit ateliers participatifs en région orchestrés par Jean-Paul Delevoye. Après Montreuil et Lorient, Arras est la troisième ville à en accueillir un. « Lier sa retraite à l’avenir de sa profession est devenu extrêmement fragilisant », assure le Bapalmois d’origine, nommé haut-commissaire de la réforme des retraites par le président de la République il y a un an (voir notre Rencontre en dernière page). Comme un pompier envoyé pour éteindre les craintes de la population sur ce sujet sensible, il était venu avec ses équipes et une série de chiffres mettant en évidence la « nécessité » de réformer.

Défiance
La France compte aujourd’hui 15,6 millions de retraités, soit environ un quart de la population. Contrairement à d’autres pays, les capitaux privés y occupent une place très réduite : sur 308 milliards d’euros de pensions versés chaque année, seuls 6 milliards proviennent de la capitalisation. Depuis 1987, le système des retraites a été réformé plusieurs fois pour l’équilibrer du point de vue financier : réformes « Balladur », « Fillon », « Woerth » ou, la plus récente, « Touraine » en 2014. Le résultat est satisfaisant : les retraités français connaissent le meilleur revenu d’Europe, et le taux de pauvreté le plus bas. Et paradoxalement, « la confiance des jeunes générations dans le système actuel est rompue, alors qu’il n’a jamais été si proche de l’équilibre », déplore Jean-Paul Delevoye. Les trois quarts des actifs le jugeraient effectivement « injuste » et 80 % d’entre eux pensent que le niveau de leur future pension sera insuffisant pour vivre décemment. Un sur deux estime quant à lui qu’il y a un risque de faillite des régimes de retraites, quels qu’ils soient. « L’idée d’un appauvrissement des retraités prévaut, alors que nous ne les avons jamais aussi bien protégés. »

Le paradoxe de l’infirmière
Cependant, ce système est aussi l’un des plus compliqués : avec 42 régimes obligatoires, il est peu lisible, même pour certains assurés. Un tiers d’entre eux cumule au moins 4 régimes, et 250 000 personnes en cumulent 7 ou plus. En 2017, on comptait en moyenne 3,1 régimes de retraites différents par personne. « Le système n’est pas adapté aux mobilités professionnelles », affirme ainsi Jean-Paul Delevoye, prenant pour exemple le cas d’une infirmière exerçant au cours de sa carrière en CHU, en hôpital privé puis en libéral et confrontée à trois systèmes de calcul différents « alors qu’elle a fait le même métier toute sa carrière ».
De même, pour une même carrière commencée dans le public et terminée dans le privé ou inversement, le montant de la pension varie selon l’ordre des régimes successifs auxquels on a appartenu. La solidarité qui s’applique à la naissance d’un enfant n’est pas non plus la même : avoir un enfant dans le public fait bénéficier la mère de huit trimestres supplémentaires, alors qu’en travaillant dans le privé elle n’en reçoit que deux.

Quid du régime agricole ?
Mis en avant par Jean-Paul Delevoye, le cas de la profession agricole illustre bien l’absurdité de faire reposer sa retraite sur l’avenir de sa profession : « Après la guerre, on a défini un régime de retraite agricole car les agriculteurs représentaient alors 45 % de la population. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 3 à 4 %, et ils ne contribuent plus qu’à 15% du financement des retraites agricoles. Le reste provient de la solidarité des autres actifs. » Quid de l’adaptation du futur système de retraites au monde agricole, qui connaît des revenus faibles avec une moyenne qui tourne autour de 10 000 € par an ? Des dispositifs comme les assiettes minimales de cotisations ou la prestation minimale retraite permettent aujourd’hui de rattraper les carrières longues aux faibles revenus. Mais demain ? « Avec le système universel de retraites, on pourra garder des spécificités mais elles s’exprimeront en termes de gain de points », situe Nicolas Scotté, collaborateur de Jean-Paul Delevoye et ancien de la direction de la Sécurité sociale. Il ajoute : « L’enjeu est de savoir comment construire ce nouveau dispositif, et où placer l’assiette minimale et le minimum de pension. L’idée est de récompenser les gens qui travaillent plus que ceux qui touchent le minimum vieillesse. Les revenus agricoles sont aussi très fluctuants. Nous réfléchissons aussi à la meilleure manière d’ajuster les cotisations sur le revenu. On pourrait par exemple imaginer la possibilité de cotiser plus les bonnes années. » Les caisses de la MSA, interlocuteur unique et multirisque du monde agricole, existeront toujours. « Elles contribueront simplement au système universel. »
Un système qui devrait également être plus simple pour les agriculteurs alternant les casquettes d’exploitant et de salarié agricole au long des années et des saisons. « Il est intéressant de noter que les exploitants agricoles ont déjà un système de retraite à points. En ce sens, ils ont de l’avance par rapport au reste de la population. » Jean-Paul Delevoye doit présenter une synthèse de la consultation publique début 2019 au gouvernement, pour un vote de la loi courant 2019 et une mise en place progressive après 2020.

Lucie De Gusseme

2018-09-28T09:43:27+00:00 28 septembre 2018|Categories: Actualité|Mots clés: , , , , |