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Stockage. Le chlorprophame sur liste rouge

La molécule de chlorprophame (CIPC), en phase de réexamen depuis 2017, ne verra plus son approbation renouvelée. Après le 8 janvier 2020, il faudra faire sans elle. Explications.

© Christos Giakkas - Pixabay

La récolte des pommes de terre dure quelques semaines, leur conservation… des mois. C’est dire si  cette étape est cruciale pour l’ensemble de la filière. Dans une large majorité des cas, c’est chez les producteurs que les pommes de terre vont rester dans l’attente d’être commercialisées. Un des défis techniques de cette phase de conservation sera d’inhiber la germination. Dans le domaine, au sein de la filière, un sujet est sur toutes les lèvres : le non-renouvellement de l’approbation du chlorprophame (CIPC), principale substance active utilisée en France depuis 40 ans pour le stockage des pommes de terre.

En phase de réexamen au niveau européen depuis fin 2017 et, à l’image du glyphosate, cette molécule peine à mettre la Commission européenne et les États membres d’accord.

Délai de grâce ?

« La décision de non-renouvellement est actée, mais on peut encore l’utiliser jusqu’au 8 janvier 2020 », explique François-Xavier Broutin, chargé de mission études économiques et communication à l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT). « Cependant, les textes européens prévoient toujours un délai de grâce, c’est-à-dire que tel ou tel État membre pourra accorder des délais jusqu’à une certaine date, en l’occurrence, le 8 octobre 2020. »

À la France, désormais, de choisir d’accorder ou non cet éventuel délai de grâce pour permettre aux producteurs de terminer la prochaine campagne avec le CIPC. « En clair, poursuit François-Xavier Broutin, la France a le choix entre trois options : interdire le chlorprophame au 8 janvier 2020, accorder un délai de grâce au 8 octobre 2020, ou choisir une date butoir entre les deux, histoire de permettre aux producteurs de terminer la campagne 2019 avec le CIPC. » Quant aux chances que le pays accorde ce sursis aux producteurs concernés : « Autant l’État peut être un peu rigide sur l’interdiction de certaines molécules, autant il n’est pas rare qu’il accorde un délai de grâce, s’il est correctement motivé… »

Des producteurs prêts à s’adapter sous condition

« Nous sommes prêts à nous adapter dans l’intérêt des consommateurs, déclarait dans nos colonnes au début de l’année 2019, Arnaud Delacour, président de l’UNPT. Notre principal point de vigilance est le respect de l’équité au niveau européen. Si le chlorprophame est interdit, nous voulons en parallèle que la Commission européenne s’engage à empêcher l’importation de pommes de terre traitées avec du CIPC, sachant que le produit est utilisé partout dans le monde. » Sur ce point, la Direction générale de l’alimentation du ministère de l’Agriculture s’était voulue rassurante, à travers les mots de sa représentante, Elisabeth Kouvtanovitch : « L’interdiction d’une molécule au niveau européen s’accompagne d’une réduction au minimum des limites maximales de résidus (LMR) pour les produits importés. »

Au rayon des solutions de remplacement : hydrazide maléique, huile de menthe, éthylène, Dormir… « Des alternatives existent, reprend François-Xavier Broutin. Cependant, elles sont souvent beaucoup plus chères, et pas forcément applicables dans les mêmes conditions… » 

Lucie de Gusseme et Virginie Charpenet

Laura Béheulière 2019-06-20T09:38:02+00:00 20 juin 2019|Categories: Actualité, Cultiver|Mots clés: , , , , |