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Ternois. Tartous est bienvenu dans le bistrot de campagne

Le café Tartous et compagnie de Monchy-Breton (62) a vu se succéder quatre générations de cabaretières. Un lieu chargé d’histoire et qui se renouvelle grâce à sa propriétaire, Fabienne Boëte, et aux habitants du village. C’est la suite de notre série d’été !

Fabienne Boëte, propriétaire du café, représente la quatrième génération à tenir le bistrot. © DR

Il est là, au carrefour nouvellement appelé Marie Grauette. Lui, n’a pas changé de nom depuis 23 ans et se tient là depuis plus d’un siècle.

Pour les 400 habitants de Monchy-Breton, dans le Pas-de-Calais, le café Tartous et compagnie est un point de repère. Et pour cause, Fabienne Boëte et son vieil épagneul breton sont toujours là pour accueillir chaleureusement les clients – habitués ou de passage – désirant boire un café ou une « bistouille »

« En 1905, mon arrière-grand-mère tenait le bistrot, qui était l’activité complémentaire de la boucherie, tenue par mon arrière-grand-père, raconte Fabienne Boëte. C’était “Chez Rose”. Depuis, ma grand-mère et ma mère se sont succédé derrière le comptoir. Et après avoir travaillé en tant qu’éducatrice, j’ai repris la boutique en 1996. J’ai toujours eu envie d’être là. Je traînais mes guêtres ici étant petite. » Depuis, la décoration n’a quasiment pas bougé, le café est resté dans son jus.

Cet été, la propriétaire a créé « Tartous beach », pour boire un verre les pieds dans le sable. © DR

Concertation avec les habitants

Quand la question du nom s’est posée, une chose était certaine, le café ne s’appellerait pas Chez Fabienne, même si les prédécesseures avaient toujours apposé leur prénom sur l’enseigne. Il fallait un nom qui interpelle, qui parle à tous. Pour stimuler son imagination, Fabienne Boëte réalise une enquête auprès des habitants du village et dépose une urne au café. Après le dépouillement et un bon apéro, le nom était trouvé : Tartous et compagnie. « Tartous, ça signifie tout le monde en patois du Ternois. Et compagnie, car il y a souvent des artistes qui viennent jouer ici », explique-t-elle, amusée. 

Depuis, bien du monde a poussé la porte du café. Carteux, footeux, et joueurs de babyfoot ou de flipper s’y donnent rendez-vous. « J’ai gardé le babyfoot, un Stella deuxième génération, c’est très recherché », ajoute Fabienne Boëte, l’air fier. Des histoires sur ses objets, la propriétaire en a des tonnes.

« Cette chaise, je l’ai accrochée là car un client est tombé lorsqu’il dansait dessus, raconte-t-elle amusée. Là, ce sont des dessins que les clients ont réalisés sur leur bock de bière. » Fabienne Boëte s’attache à garder les souvenirs du passage des clients. Elle est l’âme du café et souhaite que ce lieu reste chargé d’histoires. « Pour moi, un café doit être le reflet de la personne qui le tient. Chez moi, j’ouvre la porte et les gens font le reste. » Pour avoir de la vie, Fabienne Boëte peut s’appuyer sur les gens du village. « Il est dynamique. Le maître d’école disait toujours qu’il fallait que je porte haut et fort les couleurs de mon village, j’essaye ! »

Les passionnés de foot se retrouvent au café Tartous et compagnie pour compter les points. © DR

Événements déjantés

Si Tartous et compagnie est aussi réputé et qu’il a réussi à perdurer malgré les années, c’est aussi parce que Fabienne Boëte a su se renouveler. Outre la boisson, elle vend du tabac, des jeux à gratter et réceptionne même le pain le dimanche matin. Dès son installation, elle a proposé à ses clients des concerts d’artistes plus ou moins connus. Lieu solidaire, des concerts de soutien y sont donnés chaque année. « Je voulais que mon café soit un lieu culturel, d’échange où on discute », annonce-t-elle. Pendant les années 2000, le bar est devenu un « repaire Mermet ». On s’y retrouvait pour débattre sur de nombreux sujets de société.

Fabienne Boëte a également rassemblé les artistes présents au salon du livre d’Arras, pour réaliser des slams ou des dessins. Des pièces de théâtre ont aussi  été jouées. On ne s’ennuie pas à Monchy-Breton. Et puis, les années sont aussi rythmées par les matchs de foot. Preuve en est avec le tableau des points. « Je veux mettre en valeur le milieu rural et son savoir vivre, affirme celle qui aime tant les gens. Il y a bien le printemps de Bourges, alors pourquoi ne pas créer le printemps de Monchy-Breton ? » Dernier événement en date : « La ronde de Tartous », une course cyclo-cross dont le circuit prévoit un passage dans le bar. Pour l’occasion, les coureurs entrent à vélo du côté de l’établissement et en ressortent par la porte de devant. Un peu déjanté mais le principe s’est exporté dans les Flandres. « En janvier, nous ferons une finale avec l’autre bistrot », a-t-elle prévu.

Chaque mois, une bière différente est mise en avant. En décembre, une soirée « Passeport bière » est organisée. Les clients revisitent les bières de l’année. Mais le rendez-vous immanquable, c’est « La fête à Tartous ». Tous les ans, au mois de mars, en guise d’anniversaire du café, le temps d’un week-end, concerts et tournois de flipper investissent les lieux.

Pour la suite, Fabienne Boëte a prévu de profiter un peu de sa retraite. « J’aimerais que mon café devienne un lieu associatif ou collectif, imagine-t-elle. Un noyau de bénévoles se prépare. C’est important. Un village sans café se meurt ».

Lucie Debuire

Laura Béheulière 2019-08-22T12:32:32+00:00 22 août 2019|Categories: Magazine|Mots clés: , , |