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Brasserie Bellenaert. Julien Macrelle, local et indépendant

21-03-2024

Actualité

Bien dans ses bottes

Bellenaert : c’est le nom de la brasserie cofondée par Julien Macrelle il y a six ans et ça signifie Bailleullois, rien de moins. Le natif des Flandres n’aurait pas pu imaginer son projet éclore dans un autre terroir. Celui des houblons, celui d’une certaine idée du rapport à la terre aussi.

Julien Macrelle, cofondateur de la brasserie Bellenaert, à Bailleul comme son nom l’indique. Si si ! © J. D. P.

Il est « du coin d’Estaires », à quelques encablures de Bailleul où il a implanté sa brasserie en 2017. À Outtersteene plus précisément : un hameau de Bailleul qui porte toutes ses racines flamandes dans son nom. Mais Julien Macrelle a fait quelques détours avant de remonter la D18 sur moins de dix kilomètres.

« J’ai suivi des études d’ingénieur agronome à Nancy », explique le trentenaire : « Le jeu des concours, je me suis retrouvé là-bas un peu par hasard. » Un hasard qui, dit l’adage, fait bien les choses : notre jeune nordiste se plaît à étudier un domaine – l’agriculture – qui convoque de nombreux aspects comme l’aménagement du territoire ou encore l’environnement.

Brassin éphémère 33. © Bellenaert

« Quelque chose de central, avec de vrais enjeux de société », salue celui qui une fois diplômé travaillera un peu pour la Draaf (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt) Lorraine, pour la chambre d’agriculture de Meuse et pour la DDT (direction départementale des territoires) de Meurthe-et-Moselle avant de rallier son Nord natal en passant par la case FDSEA du Nord. « J’y suis entré pour faire des dossiers PAC : nécessaire d’aider les adhérents tant ces démarches sont compliquées », observe Julien Macrelle. Changement de crémerie pour le désormais brasseur qui est aujourd’hui le délégué régional du Syndicat national des brasseries indépendantes (SNBI).

« Si on veut que cette culture demeure, il faut jouer le jeu »

Pour en arriver là, autre détour. Un pari. « Je brassais en amateur avec mon cousin, Pierre-Benoît Billiet, on s’amusait. À un moment, on s’est tellement pris au jeu qu’on s’est dit que c’était le moment d’essayer à l’échelle supérieure : on voyait qu’il se passait plein de choses dans ce milieu et qu’il y avait une place à prendre. Au pire, si ça ne marchait pas, on se serait amusés six mois et on aurait ajouté une ligne à notre CV. » C’était il y a six ans.

Brassin éphémère 24. © Bellenaert

Les deux cousins lâchent alors leur emploi, achètent des cuves beaucoup plus grosses et se lancent. « Nous avons la chance que ce métier ne soit pas réglementé, il ne faut pas de diplôme pour s’installer notamment parce que la fermentation prévient de tout problème d’hygiène », explique Julien Macrelle qui précise : « Nous nous sommes formés, pour appréhender le changement d’échelle surtout, à l’institut français de brasserie et de malterie (IFBM) de Nancy et nous nous sommes installés à Bailleul : c’était hyper important pour nous. »

Brassin en collaboration avec le festival En Nord beat festival © Bellenaert

Le trentenaire précise travailler « exclusivement avec des houblons locaux et de l’orge bio » en provenance de la malterie Soufflet à Pithiviers (45). C’est bien simple, toutes les bières sont bio. Quand le duo se lance en 2017, il n’existe pas de houblon bio dans la région, et le choix est fait de privilégier le local. « Mais deux houblonniers se sont installés en bio à cette période, et un troisième depuis ce qui porte à quatre le nombre de producteurs bio dans la région (dont trois en Flandre) : aujourd’hui notre houblon est à la fois bio et local », savoure Julien Macrelle qui milite : « Les houblons locaux sont forcément plus chers que d’autres, mais si on veut que cette culture demeure, il faut jouer le jeu. »

Plus de 90 recettes

2017 donc, et un premier brassin pour la brasserie Bellenaert (qui signifie Bailleullois en patois, Belle étant le nom chti de Bailleul). « Avec ensuite une nouvelle recette par mois jusqu’en décembre 2023 où nous nous concentrons sur notre gamme et quelques éphémères : trouver sans cesse un nouveau nom, concevoir de nouvelles étiquettes devenait trop compliqué », reconnaît le jeune brasseur qui compte « plus de 90 recettes » dans son logiciel. « Notre côté anciens brasseurs amateurs qui aimaient essayer des trucs », suppose-t-il.

Brassin éphémère 46. © J. D. P.

La curiosité, l’ouverture sont autant de valeurs qui guident le binôme qui liste, parmi ses recettes les plus décontenançantes, la Smoky sunshine, une bière à la fois acidulée et fumée. Sinon, une gamme classique avec une blonde, la Belle, une ambrée, la BBO pour Bons baisers d’Outtersteene, qui a décroché l’argent au Concours agricole de 2023, ou encore une triple. « Et nous sortirons quatre recettes un peu plus originales cette année à commencer par une blanche houblonnée au printemps », annonce celui qui s’est donc assagi mais pas trop.

« Je n’ai jamais imaginé rester seul dans mon coin »

En 2018, Bellenaert devient aussi un café, sur la grand-place de Bailleul, où on sert les bières de la brasserie mais pas que, et où on tisse, avant tout, du lien. Pour ça, Julien Macrelle débauche un copain, cadre chez Nestlé, pour faire tourner l’endroit où, depuis la réouverture post-covid, on peut aussi manger le midi (du local, faut-il préciser).

Sur la grand’place de Bailleul. © Bellenaert

L’engagement syndical de Julien Macrelle, 36 ans, résulte lui aussi d’un élan naturel. « Je n’ai jamais imaginé rester seul dans mon coin. Il y a un véritable esprit de confrérie au sein des brasseries artisanales. Toutes les brasseries font un produit qui s’appelle bière à la fin, mais dans la façon de faire et dans les enjeux, c’est très différent selon qu’on est indépendant ou pas. »

De fait, le premier chèque signé par la brasserie à peine créée a été pour le SNBI dont Julien Macrelle a pris la délégation régionale en 2023. Questions de principes encore, il adhère depuis au système Ramène ta bouteille, un réseau de consigne, et à la marque Je suis de Flandre, qui promeut les produits issus des productions locales. « Je trouve bien de mettre en avant le lien entre les produits et les terres agricoles, ça devrait toujours être comme ça », imagine celui qui a bouclé la boucle, petits détours inclus. 

Justine Demade Pellorce

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