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Twitter: pourquoi il faut y aller

Particulièrement prisé par les politiciens et les journalistes, Twitter est l’un des champs de bataille de la com’ sur les réseaux sociaux. De nombreux agriculteurs s’y lancent aujourd’hui pour faire changer les mentalités. Mode d’emploi.

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Dialoguer avec une communauté d’agriculteurs, faire de la veille, s’informer sur les pratiques locales, nationales, mondiales, toucher du monde, montrer son métier, répondre aux détracteurs, occuper le terrain… Twitter sert un peu à tout cela. Mais pour y entrer, reconnaissons-le, c’est un peu du chinois. Tweets, #, followers, @, abonnements… Son jargon peut dissuader les moins pugnaces, qui y voient – à tort – un genre de Facebook en plus obscur. « Je possède un compte Twitter depuis une paire d’années, mais je ne suis vraiment actif que depuis une petite année », opine Sébastien Delva alias @farmers3b, éleveur laitier près de Cambrai. « Au départ, j’y suis allé par curiosité. Je trouvais que ça ressemblait un peu à Facebook. Mais en réalité c’est un réseau plus professionnel. J’ai bien plus de contacts “agricoles” sur Twitter que sur Facebook. » Enseignant en machines agricoles à l’Institut Saint-éloi à Bapaume (62) et représentant Hauts-de-France de l’association France Agri Twittos, Hervé Gustin s’y est mis par défi en 2013. « Alors que je m’acharnais à appeler une hotline pour régler un problème de facturation EDF, mon épouse m’a traité de ringard. Elle a obtenu une réponse de leur part sur Twitter en 21 secondes. Ça m’a convaincu. » Depuis, comme tous les Twittos joints pour cet article, il a le smartphone greffé à la main. « Je suis curieux de nature. Twitter est une ouverture sur le monde. Tu échanges de l’info, tu discutes… J’ai rencontré des agriculteurs du bout du monde comme James, un éleveur australien qui est déjà venu deux fois à la maison. »

Un réseau d’initiés
Plateforme de microblogging créée en 2006, Twitter permet d’écrire de brefs messages (de 280 caractères maximums) pour partager ses préoccupations (sécheresse, avenir du glyphosate, remplaçant de Nicolas Hulot), ses prouesses techniques (assurer la traite de 7 h du matin après la soirée JA de la veille), ou demander à la communauté le nom de cet insecte exotique trouvé en train de brouter vos plants de maïs. La base est simple : on publie des messages, on s’abonne à des comptes d’utilisateurs, pendant que d’autres s’abonnent au vôtre. Grand avantage : un contact direct avec les personnes qui vous intéressent, qu’elles soient politiciennes, collègues ou personnalités. Côté médias, Twitter offre un flux d’infos en continu. C’est aussi la possibilité de discuter rapidement avec vos amis qui possèdent un compte, de partager des liens, de participer à des groupes de discussion… Enfin, c’est un instantané de ce qui se passe sur le Web à un moment précis. Twitter fonctionnant comme une scène de commentaires en direct, les sujets d’actualité les plus brûlants y sont presque instantanément discutés.
« C’est un réseau hyperintéressant pour travailler entre pairs et discuter de nos centres d’intérêt : machines, cultures… », résume Thierry Baillet, qui tweete sous le nom @agriculteuraujo. « En revanche, c’est un réseau d’initiés. On sort assez peu de sa bulle. Pour découvrir de nouvelles productions ou contacter d’autres agris ce n’est pas mal, mais pour vanter un produit auprès du grand public ce n’est pas le bon canal. » « Twitter est un bon moyen pour connaître les tendances de l’évolution du métier », ajoute pour sa part Hervé Gustin. « Grâce à lui, je peux m’imaginer à quoi ressembleront les machines agricoles dans 20 ou 30 ans… C’est un formidable laboratoire d’observation et d’anticipation. »

Champ de bataille (de com’)
Très apprécié par les politiciens et les journalistes, Twitter est aussi un canal privilégié pour les toucher directement… et pour être contacté. « Ici, c’est facile d’entrer en contact avec les journalistes, acquiesce Sébastien Delva. La semaine dernière, j’ai répondu à une demande d’interview de TF1. Je suis aussi en contact avec Virginie Garin, de RTL. Elle me suit, et de temps en temps on s’envoie un message. Suite à un concours pour trouver un nom à l’un de mes veaux, avec des amis agriculteurs nous l’avons nommée Marraine. Elle doit passer voir le veau. » Le réseau est également un terrain de militantisme assumé. « Cela me permet de leur répondre quand ils publient un article peu élogieux sur l’agriculture », poursuit l’éleveur. Seul prérequis : rester courtois. « Si tu restes pertinent et pas trop agressif, ils répondent parfois. » Mais ce n’est pas toujours facile. Le réseau est aussi le repaire des idéologues de tous poils, y compris certains végans un peu véhéments. « Je ne leur réponds plus. Avec eux, le débat est stérile, se désole Sébastien Delva. En général les plus modérés ne sont pas sur Twitter. »

Défouloir
Heureusement, Twitter ne sert pas qu’à batailler. C’est aussi l’équivalent de la pause-café des agris avides de décompression. Son potentiel de distraction est énorme ! « Je suis dans un groupe de discussion privé avec des agris, des vitis et… on peut dire qu’on se marre bien », sourit Sébastien Delva, songeur. Pour preuve, le succès de défis comme le #Selfoin (voir encadré) ou le #MilkPintChallenge (un jeu venu d’outre-Manche visant à se filmer en train de boire un verre de lait pour défendre l’élevage laitier face aux végans).
Principal reproche souvent fait au réseau à l’oiseau bleu : son pendant chronophage. « C’est vrai, reconnaît Sébastien Delva. Quand l’actualité est dense, tu peux vite passer une heure à défendre ton point de vue. » Sans compter que le réflexe est vite acquis. « Dès que je veux souffler deux secondes, je prends mon smartphone et je regarde ce qu’il se passe sur Twitter !, s’exclame Hervé Gustin. C’est devenu ma façon de me connecter au monde. » Même si parfois leurs familles râlent, tous le reconnaissant en chœur : ils ne se souviennent plus comment ils faisaient avant.

Lucie De Gusseme

« Un tweet, ça s’écrit d’abord au brouillon dans le tracteur,
et ça se publie au propre le soir »

Vincent Guyot
alias @GuyotVincent02, agritwittos depuis 2014

 

 

Depuis quand tweetes-tu, et pourquoi ? J’ai ouvert mon compte en mai 2014 suite à une formation sur les réseaux sociaux organisée par Passion céréales. On nous a expliqué les différents réseaux sociaux : Facebook – plutôt familial et privé –, Instagram – du partage de photos –, et Twitter, le plus professionnel, médiatique et politique. à la fin de la journée, il fallait ouvrir un compte sur l’un d’eux. J’ai choisi Twitter. Aujourd’hui, avec plus de 5 000 abonnés sur mon compte, je pourrais être considéré comme un lobbyiste !

Quelle est ta routine quotidienne ? J’y vais dès le matin. J’ouvre plus volontiers Twitter que ma boîte mail ! Dès que je me lève, j’envoie la météo de chez moi à l’émission « Debout les copains », de 5 h à 7 h, sur Europe 1. Tous les journalistes me connaissent là-bas. Puis j’envoie quelques tweets en réaction à l’actualité du matin. En journée, je ne vais pas trop sur mon fil d’actualité mais je réponds en continu à mes notifications. J’en reçois facilement entre 100 et 200 par jour. Le soir, je poste deux ou trois tweets illustrés de photos de ma journée après les avoir bien mûris. Car un tweet, ça s’écrit d’abord au brouillon dans le tracteur, puis on l’envoie le soir, au propre, sans fautes d’orthographe. Et sans insultes. Sinon, on n’arrive à rien.

Qu’apporte Twitter ? En termes de retombées médiatiques, c’est démentiel. Notamment depuis ma participation à la plateforme moissonneuse.fr et mon interview au Courrier picard sur mon usage du glyphosate. Je serai d’ailleurs à ce sujet dans le prochain numéro de L’Express, et j’ai aussi fait un direct sur RTL la semaine dernière. Ils m’ont contacté via Twitter une heure avant l’émission pour savoir si je pouvais passer à l’antenne. Twitter, c’est un moyen extraordinaire pour les médias de suivre et de contacter des agriculteurs. Aujourd’hui, on n’a plus le droit de laisser les médias grand public dire des bêtises sur l’agriculture sans réagir. Les réseaux sociaux nous permettent cela. Nous n’avons plus le choix si demain on veut encore exister et avoir une liberté d’entrepreneur. Si je me bats comme un dératé sur le glyphosate, c’est parce qu’on veut me voler ma liberté de produire. Et pour moi, c’est insupportable. 

Coline Lucas 2018-09-12T13:07:05+00:00 6 septembre 2018|Categories: Uncategorized|