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Quand les maisons du nord se fissurent…

18-11-2021

Grand format

Environnement

Diffusé le 1er novembre sur France 3 et disponible en replay jusqu’à la fin du mois, le film « Au secours, ma maison craque ! » a été tourné dans le Nord, de 2018 à 2021. Il est consacré aux maisons fissurées car construites sur des terres argileuses. Interview de son réalisateur parisien, Morad Ait Habbouch.

©DR

D’où est venue l’idée du film ?

Morad Ait Habbouch : « Nous tournons depuis 2006 une collection sur le changement climatique « Sale temps pour la planète » pour France 5, pour laquelle nous parlons de problématiques différentes de ce qu’on a l’habitude de voir. C’est à cette occasion qu’un ami géologue m’a mis sur la piste des maisons fissurées. Nous nous sommes aperçus que 4,5 millions de propriétaires étaient concernés par ce fléau. »

À quoi est dû ce phénomène ?

« Il s’agit d’un phénomène de retrait gonflement qu’on observe dans les maisons construites sur des sols argileux, à cause des épisodes météorologiques extrêmes dus au changement climatique. Il s’agit souvent de maisons construites dans les années quatre-vingt-90, à moindres frais, avec des fondations peu profondes. Durant les canicules, l’argile se rétracte et durcit, puis quand il pleut elle gonfle et devient molle… Comme une éponge en fait. »

Quelles conséquences ?

« Cela provoque des dégâts graves. Une petite fissure qui n’a l’air de rien devient, semaine après semaine, tellement grosse qu’elle peut compromettre l’intégrité des maisons. Ce phénomène inquiète tout le monde : propriétaires, assurances, État… »

Pourquoi avoir choisi de tourner dans le Nord ?

« Sur les cartes du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) il y a des cartes des sols pour montrer les endroits les plus impactés, et on voit bien qu’il y a des sols argileux partout en France. Mais dans le Nord, autour de Wannehain, où 180 personnes sont touchées, s’est montée l’association la plus active de France sur le sujet : Cat Nat Wannehain Sinistrés des Hauts de France. Ce sont les seuls à essayer de décrypter ce phénomène et à aider les habitants désemparés. C’est très violent à vivre. »

L’indemnisation est-elle possible ?

« Parmi les personnes que nous avons suivies, aucune n’a été indemnisée sauf Marie-Thérèse, 85 ans aujourd’hui. Mais ça a été un enfer. Pour être reconnues en état de catastrophe naturelle, les communes doivent faire reconnaître la sécheresse exceptionnelle. Or c’est compliqué, car les températures de référence augmentent elles aussi, il est donc de plus en plus difficile de se faire reconnaître… Ensuite, il faut que la maison se situe sur des sols argileux. Ça, c’est à peu près cartographié. Sauf que malheureusement, si on rentre dans le détail, le maillage des sols argileux en France est cartographié via des carrés de 4 x 4 km. Une unité de mesure pas assez précise. Ce qui fait que certaines maisons fissurées ne sont pas officiellement sur des sols argileux, alors que la commune située à 1 ou 2 km de chez elle oui. Il est donc très difficile de porter l’affaire en justice, car tous ces critères ne sont pas transparents. Et puis, une fois le litige lancé, ce ne sont pas les météorologues qui se déplacent pour constater les dégâts…

À Maroilles, dans la plus grosse fissure de la maison de Marie-Thérèse, 85 ans, on peut passer la main… ©DR

Dans la loi climat, il était question d’introduire une notion pour la protection des habitants victimes de ce phénomène, mais les parlementaires ont finalement considéré que ce n’était pas une bonne idée. La réalité, c’est que tout cela coûterait une fortune à l’État. »

Lucie de Gusseme

Voir le documentaire France 3 visible jusque fin novembre 

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