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Agriculteurs : Ils ont le moral dans les bottes

22-06-2022

Actualité

Société

Face au contexte politico-économique actuel, et à son influence sur notre agriculture, un agriculteur sur deux se dit pessimiste vis-à-vis des répercussions que cela engendrera. Une étude en ce sens a été publiée récemment.

Face à la hausse des coûts, un agriculteur sur deux ne réussit pas à revaloriser ses prix de vente. © Adobe

Comment vous allez ? Cette question anodine, l’institut de sondage Ipsos l’a posée à plus de 200 agriculteurs de la France en mai dernier. La réponse n’est pas très réjouissante : seul un agriculteur sur dix se dit optimiste pour les campagnes à venir. Et la moitié d’entre eux, sont pessimistes quant à leur avenir (contre 40 % en avril 2020). Autant dire qu’ils n’ont pas le moral. Plus réjouis d’habitude, les éleveurs s’enfoncent dans l’amertume ambiante. Pour les producteurs de grandes cultures, l’avenir leur semble plus joyeux.

Les coûts de production dans toutes les têtes

En cause : la conjoncture actuelle morose et le flou qu’elle crée. « Sans surprises, les inquiétudes se concentrent sur la hausse des coûts de production et des charges, analyse l’institut dans son enquête. En parallèle, il y a la crainte de ne pas pouvoir répercuter ces hausses de prix et ainsi dégrader la rentabilité de leur exploitation. »

En effet, pour la moitié d’entre eux, la hausse des coûts de production est la principale raison de leur vague à l’âme. Les incertitudes concernant la guerre en Ukraine chagrinent 19 % des répondants. « Nous ne connaissons pas la fin de cette guerre, ni l’évolution des évènements, lance un répondant. Pour l’instant, ça va pour mon exploitation, mais il y a beaucoup trop d’inconnues pour être serein. »

D’autres raisons sont évoquées : baisse de profitabilité, volatilité des marchés, pénuries et retards de livraisons, ventes des futurs produits, manque de soutien de l’État, etc.

Face à la hausse des prix, un agriculteur sur deux ne réussit pas à revaloriser ses prix de vente. Il semblerait que ce soit les éleveurs qui souffrent le plus de cette situation.

Pour essayer d’y faire face, certains agriculteurs ont mis en place différentes stratégies. Dans 39 % des cas, ils ont choisi de réduire ou de stopper la consommation d’intrants ou d’aliments. D’autres se sont lancés dans une stratégie d’anticipation des achats (11 %) et d’autonomie (8 %).

Néanmoins, certaines charges restent incompressibles. « Je n’ai rien mis en place car je ne peux rien diminuer, assure un agriculteur comme 26 % de ceux interrogés. Le tracteur ne roule pas encore à l’eau et les bovins ont besoin d’aliments pour leur croissance. » Toutefois, la moitié d’entre eux envisagent de développer la production d’énergie ou de modifier leur assolement pour tenter de faire face à ce contexte.

Une campagne 2022-2023 incertaine

La guerre en Ukraine est donc le principal sujet de préoccupation des agriculteurs. Leurs craintes semblent se prolonger au-delà de la campagne 2022. Environ 86 % des agriculteurs s’attendent à une forte hausse des coûts de production. 68 % prévoient une forte hausse des prix des aliments et des prix insuffisants par rapport aux coûts de production. Plus de la moitié d’entre eux redoutent une pénurie d’intrants et une baisse de la rentabilité de leur entreprise.

Ces appréhensions concernent encore plus les éleveurs qui estiment que cette conjoncture va impacter la rentabilité de leur exploitation dans deux tiers des cas. Si ces craintes subsistent en grandes cultures, c’est moins le cas avec 4 exploitants sur 10 qui estiment être impactés.

Pour résoudre cette situation, la plupart des agriculteurs attendent une juste répartition des coûts de production sur l’ensemble de la filière. 42 % d’entre eux attendent des aides fiscales ou un blocage des prix d’achat d’intrants. Toutefois, en grandes cultures, la première exigence concerne la livraison des intrants, quant aux éleveurs, la dimension du prix reste encore très présente.

Plus stressés, plus exigeants

Cette situation engendre du stress chez les agriculteurs, à l’aube de la période des récoltes. « Nos niveaux de stress et d’exigence sont indexés au marché à terme, quand on a des variations de prix de 50 €/t par jour, on a peur du manque à gagner alors forcément ça joue sur nos exigences auprès de nos partenaires, que ce soit au niveau économique que technique », confie un agriculteur. « On sent que la situation n’est pas durable, reconnaît un autre. On navigue à vue, on ne sait pas à quoi s’attendre. On a peur de se louper. »

Outre les marchés des matières premières, il y a aussi les impacts du changement climatique avec des sécheresses plus fréquentes. « Le climat change et nos pratiques doivent suivre si on veut rester résilients et s’adapter, regrette un autre agriculteur. Il y a de nombreuses inconnues concernant le nouveau gouvernement, la modification des cahiers des charges, de la HVE ou encore la nouvelle réforme de la PAC. »

Ces décisions qui tardent à être officialisées ne confortent pas non plus les agriculteurs. « Je n’ai pas encore bouclé mon assolement pour l’année prochaine car je ne connais ni quelles seront les prérogatives exactes pour accéder aux écorégimes, ni l’application de la dérogation sur les jachères », ajoute une agricultrice. Si on ne peut pas agir sur toutes ses composantes, le monde agricole tente de réclamer un éclaircissement du contexte réglementaire le plus rapidement possible. 

Lucie Debuire

Lire aussi : Les conseils d’un coach de chez Résiliens pour améliorer le moral des agriculteurs

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