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03-07-2025

À Raismes, la joie pour programme politique

Raismes, dans le Nord, a longtemps vécu de la mine et de la forêt. Mais Raismes, c’est aussi un avenir et toutes les transitions – écologique, sociale… – sont une force pour la commune qui fait un pari audacieux pour y sensibiliser ses habitants : le pari de la joie.

Sous la blouse du (pourtant) très sérieux Laurent Petit ou à travers les paroles détournées de Trenet, Gilbert Montagné – « On va semer » – ou Johnny – « Que de Raismes » -, l’agence de psychanalyse urbaine (ANPU) accompagne les communes dans un travail de résilience finalement. © J. D. P.

« Raismes est une fille de la forêt », formule Jean-Paul Defossez, érigé en « habitant-historien », à l’évocation de ses 5 000 hectares de forêt et de la deuxième position de ville la plus boisée du département du Nord. Raismes a aussi été une ville minière, en attestent les cités aujourd’hui réhabilitées dans le cadre de l’ERBM (Engagement pour le renouveau du bassin minier du Nord, nos éditions des 3 janvier et 6 juin) ou les camus rasés depuis mais gravés dans les mémoires.

Mais Raismes c’est aussi une ville d’avenir, veut faire savoir son maire communiste. Aymeric Robin, élu en 2017, avait immédiatement lancé le projet « Raismes 2032 » et ils avaient été nombreux à moquer son audace : penser à 15 ans quand on ne savait pas se projeter à 15 jours.

Quelques indicateurs étaient bien au rouge, comme l’indice de développement humain à 0,26, un taux de chômage de 22 % ou encore un taux de pauvreté à 29 %. « Mais c’est justement dans ces moments-là qu’il faut se projeter. Anticiper, c’est aussi gouverner », formule l’édile, également président de la communauté de communes de la porte du Hainaut (CCPH).

Solidarité, place de la nature… de nombreux « petits bonheurs » méritent d’être valorisés, pense Aymeric Robin qui n’imagine pas faire cette campagne (de communication et, par extension, politique) sans que les habitants n’embarquent aussi.

Des électeurs émotionnels plus qu’idéologiques

C’est dans cet esprit que la ville a choisi de communiquer sur les actions qui transforment la ville autour de la joie. « Y’a d’la joie, pour celles et ceux d’la ville de Raismes, y’a d’la joie… » entonne l’une des guides du lancement de campagne le mercredi 25 juin. « Un pied de nez au contexte anxiogène et à l’instabilité permanente », explique le maire de la ville de 12 000 habitants qui choisit chaque année un thème pour communiquer. Après l’année des cultures – au pluriel donc – en 2024, place à l’année du récit en 2025. Raconter, se raconter pour écrire une nouvelle histoire, conjuguée au présent et au futur.

L’idée a germé quand les résultats aux dernières élections européennes ont concrétisé la montée des extrêmes et qu’une étude avait alors démontré combien les électeurs n’étaient plus des électeurs idéologiques mais des électeurs émotionnels. Alors soit, s’il fallait faire réagir la population, ce serait en lui démontrant que la somme de petites graines semées ici permettrait des lendemains fleuris.

« Une ville où l’on peut gravir les pyramides sans aller en Égypte « 

Partout dans la ville, des panneaux annoncent l’humeur : une dizaine d’habitants volontaires se sont fait tirer le portrait et s’affichent, à coups de devinettes. « Qui suis-je ? Je suis une ville où l’on peut gravir les pyramides sans aller en Égypte ! Raismes bien sûr ! » : Jean-Paul raconte que les terrils sont classés à l’Unesco, qu’elles font des mineurs les égaux des pharaons et que c’est sur ce patrimoine évolutif vivant que s’enracine Raismes 2032.

« Qui suis-je ? Je suis une ville où la nature dit « Laisse béton » ! Raismes bien sûr ! » : Cynthia explique qu’ici, la nature reprend ses droits ; que le gris urbain est transformé en îlots de verdure pour relever le défi écologique de 2032. Ces quelques ambassadeurs ont la lourde tâche de porter la bonne parole auprès de leurs concitoyens, parce que les ambitions se confrontent toujours à la réalité : « Quels que soient les dispositifs mis en place, la participation de la population municipale se situe en moyenne autour de 1 % », précise Guillaume Petit, chercheur en sciences politiques qui animera sa séance de psychanalyse urbaine ce 25 juin.

« Retrouver une culture populaire commune »

Pour mieux vivre – ensemble -, nécessaire de « retrouver une culture populaire commune », estime l’équipe municipale qui avance quelques réalisations concrètes comme des jardins partagés dans l’ex-cité minière du Sabatier : une ancienne friche où un tout nouveau parc urbain et des parcelles mises à disposition d’un collectif citoyen apaisent les corps et les esprits. Une petite graine pour manger mieux et moins cher (on s’inscrit là dans la dynamique du projet alimentaire territorial et ses ambitions d’autonomie financière), pour se retrouver aussi.

Mohamed, Radija et Francis cultivent un peu plus que des légumes. © J. D. P.

LE JARDINAGE COMME VECTEUR DE JOIE

Au cœur du quartier Sabatier de Raismes, sur un terrain où se trouvaient d’anciens camus, s’est implanté le Jardin nourricier partagé de l’écoferme du Pinon. Doté d’une grande serre, il est tenu par des habitants du quartier, à savoir cinq femmes et deux hommes, qui entretiennent tous les jours ce jardin dans un esprit d’équipe. “On décide ensemble”, insiste Francis Fernandez, l’un des jardiniers. Ils y cultivent des fruits et légumes variés tels que des tomates ou des poivrons. Ils possèdent par exemple 464 pieds de pommes de terre.  Ils ont également ajouté des fleurs, pour le côté esthétique, mais surtout pour attirer les abeilles afin de faciliter la pollinisation. Ils se partagent leurs récoltes qui leur permettent de se nourrir et bien qu’ils ne vendent rien, ils font parfois des dons aux autres habitants. Une activité qui leur procure beaucoup de joie. Pour Francis, ancien veilleur de nuit qui a traversé de gros problèmes de santé, c’est un moyen d’occuper ses journées et surtout de “retrouver le goût des aliments que l’on mange” se confie-t-il. Mohamed, le doyen du groupe, a 83 ans et vit à Raismes depuis 1968. Sa contribution au jardin partagé lui fait beaucoup de bien au moral. “C’est le plaisir de travailler, on voit pousser ce que l’on plante tous les jours”, explique-t-il. Une manière également de créer des liens sociaux : “ça me fait plaisir de rencontrer des camarades”. Radija, qui est née à Sabatier et qui est membre de l’équipe du jardin partagé, ajoute “nous sommes des copains”. Très fiers de leur culture, ils remercient la commune de leur avoir donné cette opportunité.

Laure Dutitre

Et puis il y a la priorité numéro 1, celle qui permettra d’écrire l’histoire de Raismes au futur : l’éducation dans laquelle la ville investit à hauteur de ses moyens, en ayant pris le parti de rénover complètement l’une de ses écoles (d’autres sont à venir). L’école Anne-Godeau est ainsi devenue la première de France à être rénovée dans cette mesure et en site occupé : végétalisation de la cour (pour dégenrer l’espace, permettre l’infiltration des eaux et offrir des îlots de verdure), isolation, ventilation… ont permis un gain énergétique de 80 % (avant la mise en place prochaine de la centrale photovoltaïque aussi installée sur les toitures, ndlr) et un confort de travail et d’apprentissage sans mesure. « On a vraiment le sentiment de travailler là pour l’intérêt général », dit Jean-Paul Mottier. L’adjoint à la transition détaille avoir mis dans ce chantier l’un des principes universels défendus à Raismes : « On offre à nos enfants les meilleures conditions possibles d’enseignement. On sait que les inégalités commencent à l’école et à notre niveau, réduire les inégalités c’est offrir les meilleures conditions matérielles », poursuit celui qui évoque encore le lancement d’une étude pour une cuisine centrale publique à l’échelle de la communauté de communes approvisionnée au maximum en local.

L’école Anne Godeau, avec une équipe d’environ 13 enseignants, accueille 40 élèves en maternelle et 170 en élémentaire. Parmi eux, Yanaël, Jiahane et Esteban, 9 ans, sont plutôt heureux du renouveau de l’école. Avant, la cour de récréation était bruyante et il faisait très chaud l’été. “C’est agréable d’avoir de l’ombre et de l’herbe”, affirment les enfants. Ce réaménagement leur offre de meilleures conditions pour leur jeux. “On aime jouer au foot sous le préau, à cache-cache, à touche-touche ou au basket parfois.” Des jeux maintenant plus inclusifs, sans différenciation entre filles et garçons puisque le terrain de foot n’est plus mis à part dans l’espace. Par ailleurs, la suggestion de faire classe dehors quand la météo le permet crée de l’enthousiasme chez les élèves : “On aimerait beaucoup faire classe dehors, ce serait chouette !

Laure Dutitre

« Nous sommes animés d’une joyeuse folie qui nous pousse à organiser plein de petits moments de bonheur », résume l’adjoint. L’idée est désormais d’essaimer, à l’échelle de la commune et pourquoi pas dans les autres villes, où cette ambition pas anecdotique de la joie permettrait de voir ce qui va bien aussi. Et éviterait que le choix du pire ne se retrouve en tête des prochaines échéances électorales. 

Justine Demade Pellorce

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