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13-01-2022

Le flamand, son cheval de bataille

Denis Beck, agriculteur retraité à Bailleul, s’est donné pour mission de réintroduire le cheval de trait flamand sur sa terre d’origine. Pari audacieux mais réussi.

Denis Beck et Royal E Angie © H.V.

Il a beau avoir cédé sa ferme à ses deux fils Thierry et Dany en 2006, Denis Beck n’a pas lâché la bride. La preuve, le retraité flamand revient tout juste d’un énième séjour aux USA. Un voyage dont il n’est pas revenu les mains vides. Dans la soute de l’avion qui le ramenait en Europe, quatre juments et un étalon. Pas n’importe lesquels. Des chevaux de trait de race flamande.

La suite, c’est Denis Beck qui la raconte : « Nous avons créé nos premiers gîtes à la ferme en 1983 et avons proposé des tours en calèche, tirées par des chevaux. À l’époque, c’étaient des traits du Nord et des haflingers. » Outre les deux gîtes, la ferme Beck, c’est aussi un estaminet (qui rouvrira le samedi 2 avril) où l’on s’attable les samedis et dimanches soirs pour déguster la bière brassée et vendue sur place : l’Hommelpap. L’orge et le houblon sont cultivés sur l’exploitation. Sans oublier la soixantaine de vaches laitières. 

C’est la remarque d’un visiteur de la ferme, un Belge, qui a chamboulé la vie de Denis Beck : « Vous qui aimez les chevaux et qui parlez flamand, savez-vous qu’il existe une race de chevaux de trait originaire de Flandre, qui a complètement disparu chez nous et qu’on ne trouve plus qu’aux États-Unis dans les communautés Amish ? »  Ce dernier l’ignorait. Comme il ignorait à l’époque les conséquences de cette révélation. « C’était trop tard, raconte-t-il. La graine était semée. Ce n’était pas un choix, mais une obligation pour moi d’aller rechercher ce cheval pour réintroduire la race flamande en France et en Europe, son berceau. » Les spécialistes estiment qu’au XIXsiècle, on comptait 40 000 flamands dans les fermes du nord de la France, avant de voir la race s’éteindre.

En 1996, Denis Beck entreprend un premier voyage aux États-Unis avec Jurgen Talpe, un maréchal-ferrant belge, dans l’espoir de ramener des chevaux flamands en Europe. Une dizaine d’autres voyages ont suivi. « Ce sont des séjours très denses. Nous voyons entre 2 000 et 3 000 chevaux en quinze jours pour choisir ceux qui nous conviennent. On va les rencontrer directement chez les éleveurs ou dans les ventes aux enchères, dans l’Indiana, le Michigan, l’Ohio ou le Wisconsin. Outre les qualités de la bête, on regarde aussi sa lignée, son pédigrée pour éviter les problèmes de consanguinité », explique le passionné.

Amis Amish

Denis Beck poursuit : « Nous sommes partis de zéro en 1996, aujourd’hui, en Europe, on compte environ six cents chevaux issus de cette filière. En France, en Belgique, en Allemagne et même en République tchèque. » 

Denis Beck ne souhaite pas communiquer sur le prix d’une bête. « Ça va du simple au triple  », élude-t-il. D’autant plus qu’à ce prix, il faut rajouter le coût du rapatriement des chevaux en avion. Lors du dernier voyage, Denis Beck a gardé une pouliche pour lui : Royal E Angie. Les trois autres juments ont été vendues à des éleveurs européens. « L’objectif, à terme, c’est d’arrêter d’aller chercher les bêtes aux États-Unis car il y en aura assez en Europe de lignées différentes qui pourront donc se reproduire entre elles sans souci.  »

De tous ces voyages, des amitiés sont nées. « Nous rencontrons toujours les mêmes éleveurs, nous dînons parfois avec eux. L’accueil est chaleureux. » Mais, pas d’ambiguïté. « Il ne faut pas penser qu’un jour prochain, en France, les chevaux vont remplacer les tracteurs, comme chez les Amish. En revanche, ils pourraient être très utiles dans des terrains accidentés ou étroits comme dans les vignes ou les marais, difficiles d’accès. » Il faut dire qu’avec deux chevaux, on peut tirer jusqu’à 5 tonnes en terrain plat.

Denis Beck en trois dates :

1983 : Denis Beck et son épouse ouvrent leur premier gîte à la ferme à Bailleul.

1996 : Premier voyage aux USA pour aller chercher des chevaux de race flamande.

2021 : En novembre, Denis Beck effectue un nouveau voyage aux USA et revient avec Royal E Angie.

Hervé Vaughan

Lire aussi : Mormal : L’appel de la forêt

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