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30-10-2024

Avesnois. Une ferme laitière bas carbone

Le mardi 22 octobre, le Gaec de la Plaine, situé à Fontaine-au-Bois, a ouvert ses portes au grand public pour une matinée de découverte de son engagement dans le programme ferme laitière bas carbone.

Olivier et Marie Carpentier, et leur fils, Clément, sur leur exploitation à Fontaine-au-Bois. © J. C.

À Fontaine-au-Bois, près d’Avesnes-sur-Helpe (59), le Gaec de la Plaine participe au programme ferme laitière bas carbone (FLBC), une démarche visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans la filière laitière française. Porté par le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel), le programme implique plus de 20 000 éleveurs en France.

Aux côtés de grandes entreprises telles que Nestlé France, qui a rejoint le programme en 2021 et qui accompagne le Gaec de la Plaine dans sa transition, ce programme est destiné à encourager une agriculture durable tout en maintenant la rentabilité des exploitations. « Il est important que chaque éleveur se sente concerné par la réduction des émissions de son exploitation« , explique Marie Carpentier, convaincue que la réduction de l’empreinte carbone est essentielle pour l’avenir de l’agriculture.

Une approche structurée

Le programme ferme laitière bas carbone propose un accompagnement sur cinq ans, en trois étapes pensées pour transformer progressivement les pratiques des exploitants. Tout d’abord, un diagnostic personnalisé est effectué par un technicien spécialisé, permettant de mesurer l’empreinte carbone de chaque ferme et de mieux comprendre son fonctionnement énergétique. Cette première phase dresse un état des lieux des émissions de gaz à effet de serre de l’exploitation, identifie les sources principales de ces émissions et les points d’amélioration possibles.

Plus de 18 000 fermes françaises sont impliquées dans le programme ferme laitière bas carbone.

Une fois le diagnostic réalisé, les éleveurs travaillent avec des conseillers pour élaborer un plan d’action sur-mesure, adapté aux besoins spécifiques de l’exploitation. Ce plan permet de cibler des pratiques écologiques qui réduiront les émissions sans compromettre la productivité. Les choix peuvent varier en fonction de l’exploitation : certains éleveurs misent sur la plantation de haies, l’augmentation des surfaces en prairie, ou encore la réduction des aliments concentrés dans le régime alimentaire des animaux pour renforcer leur autonomie alimentaire et limiter les intrants extérieurs.

Enfin, le programme offre un suivi technique et des formations régulières aux éleveurs pour garantir que ces nouvelles pratiques soient bien intégrées dans la durée. Cette dernière étape est cruciale pour soutenir les exploitants dans leurs efforts de transition écologique. Afin de valoriser leur engagement, les éleveurs reçoivent une prime de 3,30 € à 11,50 € pour 1 000 litres de lait produit, une aide qui vient compenser les investissements nécessaires pour adopter ces nouvelles pratiques, comme la microméthanisation.

Changement de pratiques

Entrés dans le programme en 2022, Olivier et Marie Carpentier, et leur fils Clément, visent une réduction de plus de 10 % de leurs émissions sur cinq ans. Pour y parvenir, la famille a misé sur plusieurs leviers d’action. À la tête d’une exploitation de 160 vaches laitières et accompagnés par la coopérative Laitnaa, ils ont d’abord augmenté la productivité laitière de leurs vaches, atteignant 540 litres supplémentaires par an, ce qui permet de produire plus sans augmenter le nombre d’animaux.

Ils ont également choisi d’agrandir la superficie des prairies, en introduisant des plantes comme le trèfle, qui fixe naturellement l’azote dans le sol, limitant ainsi le besoin en engrais chimiques. Ce choix favorise aussi une meilleure qualité des sols et limite les émissions de gaz à effet de serre. De plus, les vaches sont nourries avec un régime enrichi en luzerne, une plante qui réduit le méthane lié aux éructations des ruminants, tout en offrant une alternative nutritive aux fourrages traditionnels.

Le Gaec prévoit également d’installer des panneaux solaires d’ici début 2025 pour développer l’autoconsommation énergétique et revendre le surplus d’énergie produit.

En plus de leurs actions sur la gestion des prairies et de l’alimentation animale, les éleveurs bénéficient d’un autre atout naturel dans leur exploitation : leur linéaire de haies. « On a pas loin de 35 kilomètres de haies sur l’exploitation« , explique Olivier Carpentier. Ces haies, qui entourent l’exploitation, jouent un rôle essentiel dans le stockage de carbone en capturant naturellement le dioxyde de carbone de l’atmosphère. Les haies contribuent également à enrichir la biodiversité de la ferme en offrant un habitat à une multitude d’espèces animales et végétales.

Un programme qui s’étend

Depuis son lancement en 2015, le programme ferme laitière bas carbone a convaincu de nombreux éleveurs en France. Plus de 18 000 exploitations ont été diagnostiquées et ont débuté des actions pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre, et le Cniel vise à impliquer 48 000 exploitations d’ici 2030. Caroline Le Poultier, directrice du Cniel, se félicite de cette mobilisation croissante : « Lorsqu’on a lancé la démarche des fermes bas carbone, en 2015, très peu d’éleveurs ou de coopératives croyaient au projet. Aujourd’hui, les résultats montrent que cette initiative répond à une véritable demande et crée un mouvement fédérateur.« 

Lire aussi l’article sur la démarche entamée par Xavier d’Hondt, à Linselles

Le FLBC fédère ainsi toute la filière autour d’une vision partagée de l’agriculture laitière, engageant les éleveurs, les coopératives, les industries agroalimentaires et les organismes de conseil dans un projet de transformation écologique. François-Xavier Huard, président de la Fédération nationale des industries laitières (Fnil), souligne l’importance de cette démarche : « Ce qu’on recherche aujourd’hui, c’est un lait rémunérateur pour les producteurs, mais également un lait responsable.« 

La ferme de la famille Carpentier est l’un des nombreux exemples de cette transition bas carbone, démontrant que la production laitière peut évoluer vers des pratiques plus durables sans compromettre les performances économiques. Grâce au soutien technique et financier du programme FLBC, les exploitants peuvent tendre vers des méthodes de production moins polluantes et plus résilientes, tout en assurant leur rentabilité.

Julien Caron

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cniel

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