
L’envolée des prix du gazole non routier utilisé par les agriculteurs pour leurs tracteurs, dans le sillage de la guerre au Moyen-Orient, inquiète les syndicats du secteur. « Le gazole non routier (GNR) est presque 20 fois moins taxé que le gazole des voitures ou des camions, donc il prend la hausse plus violemment », souligne Frédéric Plan, délégué général de la fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FF3C). Le prix du GNR, toute taxe comprise, était selon lui d’environ 1,25 euro par litre la semaine passée contre 1,50-1,60 jeudi 5 mars, avec des variations en fonction des régions et du type de carburant. Les prix du GNR ont fluctué ces dernières années, avec des hausses spectaculaires après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, suivies d’une détente l’année dernière dans le sillage des prix du pétrole. Dans la Haute-Vienne, l’Excellium pro non-routier est passé de 1,045 euros hors taxe par m3 à 1,308 en moins d’une semaine, selon la FNSEA, syndicat agricole dominant. En Côte-d’Or, les fournisseurs sont « incapables de répondre et de fournir dans des délais raisonnables compte tenu de l’explosion des commandes » avec des prix qui passent de 0,6-0,7 euro HT par litre à 1,03-1,07 euro HT, selon un document transmis par le syndicat à l’AFP.
Dans ce contexte « de nombreuses FDSEA font déjà remonter des hausses brutales chez certains fournisseurs » de carburant, a alerté la FNSEA dans un message envoyé à la presse le 4 mars. Le syndicat majoritaire demande au ministre de l’Économie de « faire toute la transparence sur l’évolution réelle des prix du GNR et des carburants professionnels », ainsi qu’un renforcement des contrôles, pour « éviter toute hausse abusive ». Sans évoquer spécifiquement l’agriculture, Roland Lescure avait déjà promis des contrôles et réunissait les distributeurs de carburant jeudi 5 mars. Sur France Info la veille, le ministre relevait que le prix de l’essence « augmente de quelques centimes actuellement ». De son côté, la FNSEA fait état dans son message de hausses « parfois très supérieures » à ce niveau sur le terrain. « Pour les agriculteurs, cette situation est particulièrement préoccupante », explique la FNSEA, rappelant « le retour des travaux de printemps dans les champs ». Même réaction du côté de la Coordination rurale via un communiqué jeudi 5 mars : « Le monde agricole français s’apprête à ressortir dans les champs pour les travaux de printemps afin de nourrir nos concitoyens », explique le syndicat, dénonçant des hausses « sans précédent du GNR qui s’ajoutent à des coûts de production déjà élevés. » Le deuxième syndicat agricole s’inquiète aussi de l’augmentation du prix des engrais dans le sillage des prix du gaz, nécessaire à la production des fertilisants. Les coûts des engrais étaient déjà historiquement hauts, tandis que les prix de vente des céréales sont historiquement bas.
Le détroit d’Ormuz est stratégique pour les engrais. « La situation de blocage est extrêmement inquiétante. Parce qu’on a une forte hausse du prix du gaz naturel. Le gaz naturel, c’est 80 % du coût de production des engrais azotés et le Golfe c’est 30 % des exportations mondiales d’urée. Mais aussi plus de 40 % des exportations de sulfate qui sert à certains types d’engrais », souligne Sébastien Poncelet, d’Argus Media France. Sébastien Lecornu a mis en garde mercredi en Conseil des ministres contre des mesures « aussi démagogues qu’inutiles » pour contrer la hausse des prix des carburants, conséquence de la guerre au Moyen-Orient, comme la baisse de la TVA réclamée par le Rassemblement national. « Il faut […] ne pas céder aux mesures aussi démagogues qu’inutiles qui seraient non seulement inefficaces pour le prix à la pompe, mais aussi catastrophiques pour nos finances publiques. Ce que les Français finissent toujours par payer en impôts… L’échec du précédent de baisse de la TVA sur les carburants en Pologne en 2022 était pourtant édifiant », a-t-il dit, selon des propos rapportés par son entourage.
« Il n’y a pas vraiment de craintes quant à l’approvisionnement en engrais azoté »
Dans la région, il n’y a pas vraiment de craintes quant à l’approvisionnement en engrais azoté, même si les prix augmentent encore. Déjà avec la taxe MACF (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières), les prix avaient pas mal flambé et on avait prévenu les agriculteurs qu’il fallait acheter tôt. C’est pourquoi 60 à 70 % d’entre eux dans les Hauts-de-France avaient déjà constitué leurs stocks en novembre, décembre. Pour ceux-là, il n’y a pas vraiment de craintes à avoir sur l’augmentation des prix, d’autant plus que l’année s’annonce bien, ça démarre fort. On estime qu’il y a 15 jours d’avance dans la croissance, le blé a bien absorbé il y a un bon niveau de reliquat. L’idée, avant de réfléchir à si ça a augmenté, c’est de raisonner pour ne mettre que ce dont la plante a besoin. Le problème se posera peut-être à ceux qui n’ont rien acheté, et pour la prochaine campagne. Pour les autres, essayez d’optimiser sans tout de suite diminuer. Mais c’est sûr que si on dépasse 1,40/1,50 euros de l’unité, il faudra baisser les doses. Mais essayer de ne mettre que la bonne unité au bon moment se fait toute l’année.
AC avec Agra Et Afp

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