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| Par Anaëlle Charlier
Plus de 300 jeunes déambulent dans le bâtiment en bois de la ferme de Maxime et Olivier Martel, père et fils à la tête du Gaec des Blanches mesures, ses 130 vaches laitières et 70 hectares (betteraves, blé, maïs et prairies) à Enquin-les-Guinegatte (62) ce 19 mars. Sur la journée, les classes ont participé à un challenge et à des ateliers techniques qui distillent les leviers pour rendre son élevage rentable. Car si l’installation est un enjeu majeur, savoir garder sa trésorerie et sa santé à flot sont les secrets d’un élevage qui perdure.
« Chez les éleveurs, on constate beaucoup de troubles-musculo squelettiques (TMS), comme le syndrome du canal carpien, la tendinite des épaules, des maux de dos comme des lombalgies, cervicalgies et dorsalgies, et des épicondylites du coude qui nécessitent deux mois de repos pour guérir, autant dire que chez un agriculteur elles restent à vie », détaille Edith Demetz, conseillère à la MSA.
Le Gaec des Blanches mesures s’est adapté avec l’installation de robots de traite, de portes à chaque point d’entrée dans les stabulations pour ne plus les escalader, l’utilisation systématique du télescopique pour le stockage de la litière et du fourrage. « Ça, c’est une invention maison, explique Olivier Martel en montrant un racloir à fourrage. Ça évite de trop forcer pour repousser l’aliment en attendant d’avoir un robot. » Idem : ici pas de brouette mais des chariots, qui demandent moins de force. Pour le bouclage des veaux, lui a choisi de les laisser un jour ou deux supplémentaire dans les box avant de passer en niche, pour éviter « de me mettre à quatre pattes ».
L’investissement de la famille est conséquent, mais il en vaut le coup selon Edith Demetz : « Notre corps est une mécanique qui s’use, il faut des trucs et astuces pour se préserver », termine la conseillère qui rappelle que la MSA du Nord-Pas de Calais peut participer financièrement à l’achat de matériel : « Il ne faut pas hésiter à se rapprocher de votre conseiller ».
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L’insémination précoce fait gagner de l’argent, et pour Seenorest un des leviers pour faire vêler plus jeune, c’est de faire grossir plus vite. Chez les Martel, leur conseiller Xavier Sys les accompagne sur l’alimentation de la naissance au premier vêlage. « Ici, pour le lait il y a une astuce assez simple chez les veaux, c’est une fiche plastique sur chaque niche avec un gros aimant qui correspond à l’âge du veau. Il détermine la quantité à donner et c’est clair pour tout le monde, qu’importe celui chargé de donner la ration », explique-t-il.
Lorsque les animaux passent au solide, une autre particularité entre en compte : au Gaec, les vaches ne pâturent pas. Alors il a fallu trouver le mélange qui favorise le mieux la croissance, avec l’objectif d’atteindre 200 kg à six mois, puis 350 kg à un an. « Pour le 0-6 mois, on s’est tourné vers un aliment unique : un mélange de fibres et de concentrés en granulés qu’on lie avec du liquide pour limiter le tri », explique le conseiller.
Pour la suite de la croissance des génisses, ils passent sur un mélange d’ensilage d’herbe, d’enrubannage de seigle, de canne de maïs et de pomme de terre corrigé en azote, choisi pour sa performance mais aussi pour les particularités de la ferme : « La canne de maïs remplace la paille car ils produisent peu de blé ici », souligne Xavier Sys.
Pour lui, le levier supplémentaire est la pesée, réalisée quatre fois par an au Gaec, et qui permet d’inséminer des génisses à partir de 10 ou 11 mois pour les plus jeunes : « C’est important de décider l’insémination sur le poids et non sur l’âge pour gagner en rentabilité », termine-t-il.
Développé en 2020-2021, le GHP, génétique haute performance, est un programme de Gènes diffusion qui commence à être bien connu (lire aussi en page 8) . Grâce au génotypage des animaux et à l’analyse poussée de leur microbiote, l’écosystème de l’estomac, il permet d’adapter à chaque élevage l’index des taureaux pour sélectionner le meilleur.
Conduite du troupeau, alimentation, environnement, tout est passé au peigne fin avec un objectif « permettre à l’agriculteur d’atteindre ses objectifs génétiques le plus vite possible », explique Thibaut Caron, technicien venu présenter le dispositif aux étudiants. « On accompagne l’éleveur de l’analyse de son troupeau à la sélection des vaches avec le meilleur potentiel pour leur élevage », complète-t-il.
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Parmi les conseillers qui accompagnent le Gaec des Blanches mesures, il y a Justine Humbert, consultante Seenorest en robots de traite. « Avant l’installation des robots, c’est important de venir regarder les pieds, les mamelles, l’état général des vaches pour voir si elles sont en bonne santé. Car le robot agit comme un amplificateur, si elles vont bien elles seront plus productives, mais on risque aussi d’aggraver les problèmes de santé », détaille la consultante.
Elle insiste sur l’importance de réaliser un audit complet avant l’installation du robot, pour penser la circulation dans l’étable, l’accès aux ressources, la motivation pour les vaches d’aller à la traite… « En moyenne chez les Martel, on est à 2,8 passages par jour et par vache, ce qui est bon », détaille-t-elle, se basant sur l’application liée au robot qui donne accès à toutes les statistiques de production de la ferme. « Il faut prendre en compte que les vaches vont moins se faire traire quand elles sont en fin de lactation, qu’elles ont une mauvaise locomotion ou qu’elles craignent de se faire coincer par une dominante », explique Justine Humbert. Elle conseille donc des points de vigilance quant au choix de l’emplacement : pas trop d’éclairage, pas trop de barrières, et une ration disponible 24 h / 24 pour favoriser la production de lait. « Dans tous les cas, un projet robot ça se prépare bien en amont », conseille-t-elle.
Dernier levier présenté pour améliorer sa rentabilité : le tarissement, soit la préparation au vêlage, cruciale « pour la santé du veau et la qualité de la lactation qui suit », explique Cédric Marion, responsable technique chez Sanders Nord-Est. Un levier « facile à travailler » qui peut faire gagner jusqu’à « 15 € pour 1000 litres ».
Pour lui, une bonne préparation se passe en deux étapes, avec une période de trois semaines dites de « sèche », puis trois semaines avec une ration riche. « Une bonne préparation, c’est plus de volume, un point de TP (taux protéique) en plus et -15 % de problèmes de santé », justifie-t-il, en rappelant qu’en France le nombre moyen de lactations par vache est de 2,4, inférieur au nombre nécessaire à la rentabilité qui est de 2,6, et qui serait largement atteignable avec une meilleure veille sur la santé.
Chez les Martel, la ration est adaptée pendant cette période et composée de maïs ensilage, de paille broyée et de fasciltop. « Une vache qui ne mange pas assez avant son vêlage a plus de risque de développer une fièvre de lactation, une métrite, une endométrite, et là c’est catastrophique », termine-t-il.
Anaëlle Charlier

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