
Le milieu agricole, c’est un peu par hasard que Florian Djebouri s’y retrouve aujourd’hui. « J’avais bien un grand-père maternel qui possédait une petite ferme. Il vivait de ce qu’il produisait mais ne gagnait rien ou presque. Un paysan à l’ancienne et il était heureux comme ça ! C’est le seul repère agricole que j’ai eu dans mon enfance », sourit le jeune homme qui a grandi à Zegerscappel, en Flandre.
Ce dernier est né en 1990 avec un problème cardiaque, « je ne pouvais donc pas faire de sport », explique-t-il. Jusqu’au jour où sa mère achète un Bouvier bernois. Elle se rend alors avec son nouveau compagnon à quatre pattes, et son fils, dans un centre d’éducation pour suivre des séances d’agility. « Quand j’ai découvert cette discipline, j’ai tout de suite voulu faire ça », poursuit Florian Djebouri, le sourire encore scotché aux lèvres. Et bonne nouvelle pour celui qui trouvait parfois le temps long lorsqu’il voyait ses frères et sœurs faire du sport : il n’y a pas besoin de certificat médical pour pratiquer l’agility, « aussi bizarre que cela puisse paraître car finalement, on court pas mal avec le chien… »
À l’âge de 11 ans, le jeune homme devient alors l’heureux propriétaire d’Urbane, un Border collie avec qui il va partager sa nouvelle passion. À force de travail, le duo pratique l’agility à haut niveau et intègre même l’équipe de France. La race de son compagnon à quatre pattes oblige, Florian Djebouri s’intéresse également à la conduite de troupeau, « mais c’était une vraie galère, je n’y arrivais pas », confie-t-il. Loin de le démotiver, bien au contraire, le fan d’agility s’en fait un nouveau défi, « je me suis dit : « un jour je serai champion de France de troupeau ! » »
Il faudra attendre quelques années, car, en 2008, Florian Djebouri poursuit ses études à Lille et n’a donc que peu de temps à consacrer à sa passion. En 2011, son diplôme en poche, il est embauché en tant que manipulateur radio à l’hôpital de Dunkerque mais surtout il retrouve davantage de temps libre pour se remettre à ce qui le fait vibrer depuis l’enfance. Il décide alors d’acheter un nouveau chien afin d’atteindre son but. Hoeppi, un Border collie issu d’une lignée beaucoup plus axée sur la conduite de troupeau, rejoint Urbane. Avec Hoeppi, Florian rate son objectif à une marche du podium : il est sacré vice-champion de France en 2016. Mais ce n’est pas grave, l’objectif reste en ligne de mire.
Pour s’entraîner, Florian Djebouri achète une dizaine de brebis… Le problème ? Où les mettre… « Au début j’ai trouvé des pâtures à louer à gauche à droite. » Puis il a l’idée de faire de l’éco-pâturage, une méthode de fauchage et de débroussaillage naturelle utilisant des animaux comme les moutons. « J’ai commencé par faire de la sous-traitance pour voir comment cela fonctionnait. » En 2016, il ouvre sa propre entreprise baptisée Merckeghem Sheepdogs. Petit à petit, l’entreprise grandit, en même temps que son cheptel.
Un an plus tard, il fait la connaissance d’Aurélie, qui deviendra sa femme et la mère de son fils, lors d’un concours de chiens de berger. Le jeune couple, qui partage la même passion pour les boules de poils, s’installe ensemble en 2018. En 2019, Florian Djebouri atteint enfin son rêve : il est champion de France avec l’un de ses chiens Most (sur la photo) : « C’est le Graal ! », lâche le jeune homme. Le duo enchaîne les championnats d’Europe et du monde avec la casquette de capitaine de l’équipe de France. « Mais face aux Gallois, nous n’avions que très peu de chances. Là-bas, c’est un véritable sport national ! »
Tout réussit à Florian Djebouri. En 2022, il décide alors de se mettre en disponibilité afin de se consacrer entièrement à sa passion et d’en faire son métier. En plus de son élevage de moutons destinés à l’éco-pâturage, Florian Djebouri a un élevage de chiens de berger de race Border collie et propose également du dressage. Aujourd’hui, Merckeghem Sheepdogs compte 300 brebis et un élevage de 10 chiens dont quatre femelles reproductrices. Les contrats se multiplient, l’entreprise tourne. « C’est un véritable changement de vie », souligne celui qui s’est installé officiellement en tant que jeune agriculteur en février dernier. Une fierté pour le Merckeghemois de 34 ans qui s’est fait tout seul, sans formation.
Et s’il est ravi, il concède que ce n’est pas facile tous les jours. « Il y a les pics de travail qu’il faut gérer. Les week-ends qui n’existent plus vraiment… Et il y a quelques mois nous avons subi quelques dégâts à la suite des inondations qui ont touché le territoire. Les agneaux naissaient dans la boue… Il y a eu des remises en question et l’envie, parfois, de tout arrêter… », avoue Florian Djebouri, qui peut compter sur le soutien sans faille de son épouse. « Sans Aurélie, je n’en serai pas là. Elle me donne un gros coup de main. C’est aussi elle qui me résonne parfois, j’aurai tendance à accepter tous les contrats quitte à me noyer dans le travail. Mais nous sommes les heureux parents d’un petit Lucas depuis quelques mois et je dois garder du temps pour le voir grandir ! Aurélie sait me le rappeler et elle a amplement raison ! »
Pour allier vie professionnelle et personnelle, il a donc fait le choix – « pour le moment », précise-t-il – de mettre de côté les compétitions de chiens. Mais le jeune agriculteur garde tout de même un pied dans le circuit en participant à quelques concours en tant que juge.
Pour autant, le couple ne manque pas de projets. Alors qu’ils viennent de finir de construire leur bergerie, ils ont décidé de créer un atelier afin de pourvoir faire de la vente d’agneau en circuit-court. Une diversification qui pourrait peut-être permettre à Aurélie de rejoindre son époux sur l’exploitation. « Aujourd’hui, elle travaille toujours dans le domaine du transport, mais c’est une possibilité à laquelle nous réfléchissons… »
Hélène Graffeuille

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Élevage, Organisations agricoles, Vie professionnelle

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Vivre et travailler ensemble : la vie d’un couple à la ferme !
par Hélène Grafeuille
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