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26-07-2023

Godewaersvelde, par mont et par mots

On a du mal à écrire son nom, presque autant à le prononcer : Godewaersvelde – Gode pour les intimes -, petit village de la Flandre intérieure à quelques pas de la frontière belge, vaut le détour pour un jour ou pour une vie. Visite guidée.

Son nom a été popularisé par l’artiste Raoul, dit de Godewarsvelde, alors qu’il n’était absolument pas du coin (l’absence du deuxième  » e  » en est la traduction). Le chanteur des Capenoules, aussi photographe  » de père en fils par tacite reconduction « , était natif de Lille et avait choisi ce nom de scène pour son côté pittoresque. Eh comment ! À quelques petits pas de la frontière belge, le village a hérité d’un nom plus-flamand-tu-meures dont on ignore encore l’origine : le « champ de Godewaere » (un chef gaulois) ou le « champ des millepertuis », chacun choisit.

Pas moins de huit bars et estaminets participent au côté bon vivant du village, sans doute hérité des voisins flamands © J. D. P.

Pour Martial Waeghemaeker, c’est tout vu. L’adjoint en charge de la culture et du tourisme opte pour les fleurs, plantes autochtones qui auraient eu leur rôle dans l’activité de tissage qui animait le bourg flamand depuis le Haut Moyen Âge et jusque dans les années 60 où pas moins de quatre usines érigeaient leur cheminée. Passée celle de Xavier Piron (aujourd’hui en quête de tisseurs), on tombe sur l’église de style néogothique. Celle-ci remplace l’ancienne et magnifique Hallekerque, incendiée en 1902. On est là dans le cœur du village, où les 2 000 habitants se regroupent quand ils se dispersaient, jadis, dans les fermes et les chaumières. Huit cafés et estaminets ouvrent leurs portes pour une étape ou plus, accueillant notamment un festival d’accordéon, une course de garçons de café, un festival de théâtre amateur ou le Printemps des poètes, qui fleurit tellement bien chaque année que le village postule pour être le premier du département à être labellisé « Village en poésie ». Des adresses comme autant de destinations touristiques qui animent aussi les jours et les nuits, lieux de vie favorisant l’installation régulière de nouveaux habitants, artisans ou producteurs (lire aussi ci-contre, le portrait du CaLiBou).

Une vie adossée

Godewaersvelde a longtemps été marqué par sa situation frontalière. Et pour s’en souvenir, un musée de la vie frontalière accueille les visiteurs et raconte cette vie adossée.  » Jusque 1648 et Louis XIV, nous étions flamands « , introduit le guide du jour.  » Ici on parlait flamand, on avait des coutumes flamandes « , précise Martial Waeghemaeker. La frontière disparaît à la Révolution, est rétablie sous Louis XVIII mais c’est sous Napoléon, et sa réforme de la douane, que Godewaersvelde deviendra un haut lieu de contrebande. La visite commence par la reconstitution d’un estaminet (il en existait une cinquantaine dans le village, des salles à manger de particuliers ouvertes au public, qui pouvait boire un verre contre addition, complément de revenus pour les gens pauvres). Lien avec la frontière ?  » Alors qu’on n’avait pas de moyens de communication – on parle du siècle dernier -, ces lieux de vie étaient l’endroit idéal du renseignement et du contre renseignement entre contrebandiers et douaniers », décrypte l’élu. On y découvre les jeux anciens, comme celui du pinson, les plus connus combats de coqs ou encore le tir à l’arc vertical, héritage des guildes communales. Colombophilie, boules flamandes côtoient un original signé de Cartier-Bresson, retrouvé par hasard après avoir longtemps été oublié dans les réserves.

La commune s’étale au pied du mont des Cats, culminant à 164 mètres et surplombé d’une antenne rouge et blanche qui l’identifie de loin © J. D. P.

Plus loin au mur, une penthière : plan à usage des douaniers reprenant les véritables tracés de rues mais flanqué de faux noms (voir la vidéo sur notre site). Impossible de décrire avec exhaustivité les petits trésors qui traduisent cette vie d’astuces renouvelées entre les contrebandiers, dont le plus célèbre d’entre eux fut probablement Albert Capoen, naturellement surnommé Al Capone, et les douaniers : les chiens transporteurs de tabac, le curé d’Houtkerque qui faisait un trafic de clarinettes sous sa soutane, les sabots aux semelles taillées à l’envers pour mettre les douaniers sur de fausses pistes. On distingue les pacotilleurs, qui fraudaient pour améliorer le quotidien, des fraudeurs, professionnels organisés. Parmi eux les locaux et puis les autres, venus de loin parfois pour pratiquer la contrebande.  » C’était le far-west « , sourit Martial Waeghemaeker.

Ascension et harfang des neiges

Aujourd’hui, la frontière n’est plus visible et s’il suffit de remonter la rue des Callicanes pour s’approvisionner en essence et autre tabac, les voisins ne rechignent pas à faire le chemin inverse pour fréquenter les établissements du secteur ou pour se payer une petite ascension. Spirituelle, pourquoi pas. Physique, assurément. Car le village s’étend au pied du mont des Cats, visible à des kilomètres à la ronde grâce à sa haute antenne blanche et rouge qui ajoute 200 mètres et quelques à la hauteur du mont, qui culmine, lui, à 164 mètres. « Une hauteur cumulée qui dépasse la Tour Eiffel« , s’enorgueillit l’élu du plat pays. De fait, Godewaersvelde est le point de départ, ou d’arrivée, de promenades pédestres ou cyclistes. Installé il y a un peu plus d’un an (lire aussi notre édition du 1er avril 2022), Biklou propose notamment la location de vélos à assistance électrique. Au sommet, l’abbaye cistercienne et ses hauts murs de brique, sa boutique où se procurer la bière éponyme (seul endroit accessible au public en dehors de l’église pour les messes), et sa fromagerie, où est produit le fromage du mont des Cats.

Coiffé d’une abbaye, le mont des Cats est aussi le paradis des cyclotouristes et des amateurs de fromage et bière. © J. D. P

Devant l’abbaye, un mémorial rend hommage au 22e régiment d’infanterie originaire du Québec, installé là lors de la Seconde guerre mondiale. Jusqu’au 15 septembre, une artiste réalisera une sculpture en public, représentant un harfang des neiges – l’emblème de la province canadienne – dans ce qui deviendra le Jardin de la paix. Une excuse de plus pour découvrir ce village qui tisse ses liens entre passé et avenir sans jamais oublier l’instant présent.

Visite guidée de ce village typique des flandres (Godewaersvelde)

Justine Demade Pellorce

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