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24-07-2025

Grégory Savary, une graine d’agriculteur

Dans le Pas-de-Calais, Gaëtan Savary est l’un des finalistes du concours national Graines d’agriculteurs. Sur la ferme du moulin de bois dont il ouvre grand les portes, il sème du lin mais pas que.

Gaëtan Savary © L. T.

Ce n’est pas la première fois que ces mots sortent, à peine le stylo saisi. « Je ne voulais pas être agriculteur. Tout sauf ça », sourit avec le recul Gaëtan Savary. À 28 ans, l’agriculteur et fier de l’être a repris l’exploitation familiale à Farbus (62), contrairement à ses projections enfantines. Il trace aujourd’hui son chemin sur celui de ses ancêtres et une terre chargée d’histoire.

À deux pas de la ferme du moulin de bois, se dresse la colline de Vimy, où les successives guerres mondiales ont laissé leurs empreintes. Il n’est pas rare que l’on parle anglais ici, d’autant que les Savary comptent plusieurs hébergements qui attirent les touristes de mémoire. Le Farbusien s’est d’ailleurs installé avec ses parents sur le volet diversification et notamment l’agritourisme.

Ouvrir les portes

C’est sa mère – qui avait pourtant juré ne pas épouser d’agriculteur, les promesses ne sont heureusement pas faites pour être tenues dans la famille – qui a la première troqué sa salle de classe contre une salle de forçage réaménagée pour accueillir les mêmes – ou presque – élèves. Formée par le Savoir vert, la professeure reconvertie a amené la pédagogie à la ferme et décliné au fur et à mesure les formes d’accueils imaginables : après les classes, les anniversaires à la ferme, les séjours d’enfants, ou encore la médiation animale. Une première yourte a poussé dans le jardin et ouvert un peu plus grand les portes de la ferme.

Mais revenons au fils, Gaëtan, qui choisit malgré ses certitudes du passé de suivre un baccalauréat agricole à Bapaume avant de poursuivre en BTS branche technico-commerciale agroalimentaire. Et c’est un cas pratique de fin de parcours qui l’amène à étudier le modèle de La Ruche qui dit oui qui n’est pas, aux dires de l’élève – suffisamment optimisé.

À peine le diplôme en poche, celui qui dit être un vrai « geek » crée sa propre application, Mange-malin, spécialisée dans la vente de produits locaux. Le jeune chef d’entreprise achète, stocke puis distribue avec ses camions réfrigérés une cinquantaine de références dans la région de Lens, Béthune, Lille. Les gilets jaunes mettent un coup d’arrêt à son activité, « l’entreprise était trop jeune pour surmonter les blocages et la situation vraiment compliquée », se souvient celui qui ne veut toujours pas être agriculteur.

Il rejoint Porketto avec une double casquette commerciale et digitale. « Un jour, raconte-t-il, en allant à l’abattoir, j’ai vu ce qui était jeté quand il n’y avait pas de commande. » Le jeune homme poste les invendus sur une autre application, Too good to go, et l’entreprise « commence à gagner un peu et surtout à ne pas perdre d’argent », calcule le commercial qui se dit que cela peut concerner d’autres industriels.

Double actif

Vient le printemps 2020. Confiné dans son appartement arrageois, le jeune homme repense son avenir. Le départ en retraite de son père approche et le fils enfile sa cotte pour remettre un pied à la ferme. L’autre est toujours ultra-connecté et transforme avec son patron de Porketto l’idée des invendus des industriels en une nouvelle application. Ce sera Fresh opp, pour opportunités, qui compte à présent 150 points de retraits.

Le double actif, « pas intéressé par les cultures au début » est « maintenant fou de ça ». Il met donc ses deux « pieds aux champs » et cultive lin, betteraves sucrières, blé, pois et maïs grain. Il poursuit la démarche de pulvérisation en bas volume de son père, convaincu par l’expérience paternelle et le coup d’œil à la calculette. Pour ce qui est de « la conscience écolo, on l’a tous », assure-t-il.

Bluffant

Ses investissements sont pour la plupart fléchés sur l’agritourisme. Bains nordiques, seconde yourte, logements en bois d’influence nordique ou anglaise, salle de réception : le domaine s’équipe pour des événements à la carte avec vue sur la colline de Vimy.

Alpagas, chèvres, âne, lapins, poney, cochon peuplent la basse-cour, un régal pour les enfants, « bluffant » lorsqu’ils soutiennent la médiation animale. Gaëtan Savary voit « les enfants autistes prendre confiance » en quelques séances, « le retour positif des éducateurs ».

Son épouse, puéricultrice de formation, Clara, le rejoint. « La vie à la ferme en famille, c’est notre projet de vie », s’enthousiasme le jeune père de famille. Le couple accueille entre 100 à 150 classes par an avec le Savoir vert. Il y a la sœur, aussi, sophrologue, masseuse, qui ajoute une corde à la ferme du moulin de bois en offrant ses prestations dans l’une des yourtes.

Une histoire de famille, donc, et de territoires. «On voit énormément de monde, souligne l’agriculteur. On fait découvrir le coin, visiter la ferme. Et on apprend l’agriculture.» Pour cela, Gaëtan Savary mise sur la transparence. « Flinguez-nous et ensuite on discute », traduit celui qui répond aux questions pour « déconstruire les idées reçues ».

Une nuit où le sommeil ne vient pas, l’internaute découvre le concours Graines d’agriculteurs, imaginé pour « encourager le sens de l’entrepreneuriat agricole, la vision à long terme, la démarche durable, l’inventivité et l’innovation d’agricultrices et d’agriculteurs récemment installés », lit-il. Contribuer activement au développement et à la dynamisation du territoire : la catégorie « territoires » semble faite pour lui.

Une insomnie plus tard, le voici inscrit puis sélectionné parmi les trois candidats finalistes à l’échelle nationale. Les votes en ligne ont lieu jusqu’au 8 septembre. D’ici là, Gaëtan Savary continue de semer ses idées. 

Louise Tesse

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