Christophe Sirugue a pris la direction de Nausicaà en 2021. L’ancien homme politique défend depuis la philosophie du « centre de culture scientifique » boulonnais.
Mon parcours est atypique. J’ai commencé par assumer des fonctions électives pendant 25 ans, pratiquement toutes les fonctions politiques : maire, président d’agglomération et conseiller général du canton de Chalon-sur-Saône, président du conseil départemental de la Saône-et-Loire, député, vice-président de l’Assemblée nationale et secrétaire d’État. Avec une seule étiquette, celle du Parti socialiste. En 2017, je me suis réorienté en intégrant un cabinet de conseil aux entreprises, spécialisé dans les stratégies de crise et l’accompagnement à la transformation. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré Philippe Vallette en 2019. Le directeur de Nausicaà faisait appel à nous pour des sujets classiques de crise de croissance, et si on m’avait dit alors que je deviendrais directeur de l’établissement, j’aurais ri. Le courant est bien passé avec mon prédécesseur, qui m’a proposé de prendre sa suite à l’heure de sa retraite arrivée mais j’ai d’abord décliné : pas océanographe, pas scientifique – j’ai une formation en histoire-géo, que je me destinais à enseigner -, je ne pensais pas avoir le profil. C’est le président de Nausicaà, Jean-Loup Lesaffre, qui a insisté en appuyant sur la nécessité d’une orientation stratégique. J’ai accepté et si j’avais su quelles seraient mes missions, j’aurais dit oui tout de suite.
La société qui gère Nausicaà a été fondée le 18 mai 1991, date à laquelle le premier bâtiment a été ouvert en lieu et place de l’ancien casino (et Nausicaa n’est pas seulement une référence à la mythologie grecque c’est aussi l’anagramme du mot casino, ndlr). Mais il y avait eu une préfiguration : dix ans durant lesquels de plus petits aquariums étaient installés dans le centre-ville de Boulogne. Pour rappel, Nausicaa est né des grands projets du septennat de Mitterrand : la pyramide du Louvre, l’opéra Bastille ou l’arche de la Défense, mais aussi des projets en région dont Nausicaà en est directement issu sous l’impulsion de Guy Lengagne, ancien maire de Boulogne et ancien secrétaire d’État à la Mer. Sa conviction était que le premier port de pêche français ne pouvait pas ne pas disposer d’un établissement de culture scientifique pour expliquer la relation entre les Hommes et l’océan. Une philosophie qui nous anime toujours. 1998 c’est la première extension avec l’espace tropical, puis une nouvelle en 2018 avec la grande exposition sur la haute mer autour du grand bassin.
Nous avons ouvert la Blue academy il y a deux ans : un espace doté de salles et équipements dédiés à l’accueil des scolaires – 110 000 accueillis l’an dernier et du jeune public. Nous travaillons en étroite collaboration avec l’Éducation nationale qui détache certains de ses enseignants pour construire avec nous les outils pédagogiques. Nous achevons la réfection du secteur tropical, qui réouvrira cet été. Et il y aura la deuxième tranche du projet 2018, un temps à l’arrêt pour cause de covid : une dernière extension qui achèvera ce que l’on nomme le Grand Nausicaa : 8 000 m2 de bâtiments pour un investissement de 30 millions d’euros (à la charge de l’agglomération, propriétaire des bâtiments, ndlr). Les travaux débuteront en 2026 pour une ouverture prévue en 2028 de notre nouvelle exposition permanente : le Grand Nord. Un choix qui s’inscrit dans notre volonté d’informer sur le réchauffement climatique et ses conséquences. Le parcours sera très ludique. L’extension permettra aussi de créer une nouvelle manchotière, équipée d’un bassin écosystème pour offrir de meilleures conditions de vie aux manchots. Les otaries aussi gagneront un nouvel espace, où les retraitées pourront même bénéficier de lieux adaptés pour des vieux jours plus paisibles.
Un bassin d’essais de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, ndlr) est chez nous et nous avons un partenariat stratégique, qui a pu se traduire par une collaboration sur la nouvelle exposition Abysses, par exemple. Nous avons aussi des partenariats avec le CNRS, le Muséum national d’histoire naturelle, les universités de Lille ou du littoral. Nous tenons beaucoup à notre dimension de centre de culture scientifique et c’est dans cette idée que nous développons notre propre politique de recherche et innovation en accueillant des doctorants ou à travers le Blue living lab, dispositif d’accompagnement des porteurs de projets autour de l’économie bleue.
Je tiens à rappeler que dès la genèse, il n’a jamais été question de faire un aquarium pour faire un aquarium. Nous nous voulons centre de culture scientifique, dont l’aquarium serait un outil parmi d’autres au service de la médiation pour sensibiliser au rôle et à la protection des océans. Nous n’avons été et nous ne serons jamais un parc d’attractions touristique et nous n’avons pas attendu que le sujet soit sur le devant de la scène pour nous emparer de la question du bien-être animal. Si nous sommes référent européen sur la raie guitare, si nous sommes membre du conservatoire des coraux, ce n’est pas un hasard. Je pense même que ces associations partagent les mêmes idées que nous, seule la méthode diffère. Les concerts font partie des événements culturels que nous organisons, comme l’accueil de pièces de théâtre : des outils supplémentaires de médiation pour passer nos messages à des publics différents.
Propos Recueillis Par Justine Demade Pellorce

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