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15-09-2025

À Pitgam, le patrimoine crée du lien

Les Journées européennes du patrimoine se dérouleront les 20 et 21 septembre sur l’ensemble du territoire. À Pitgam, on pourra suivre une visite guidée du village à la rencontre des traces du passé qui nourrissent aujourd’hui le dynamisme communal.

Hervé, Sandra et Amélie, fervent ambassadeurs de leur village, lui-même fier représentant de la culture flamande ©JDP
Hervé, Sandra et Amélie, fervent ambassadeurs de leur village, lui-même fier représentant de la culture flamande ©JDP

De la trentaine de cafés à la grande époque, Pitgam n’en compte plus qu’un mais au cœur de la Flandre, il n’était pas dit que la convivialité disparaîtrait pour autant. Ici, les associations sont nombreuses qui drainent des habitants de tous horizons. Ici, le patrimoine joue à plein son rôle : raconter le passé et permettre aux contemporains d’écrire la suite de l’histoire.

Pitgam, c’est 996 habitants sur 23 hectares, quelques agriculteurs encore dont une ferme en cœur de village et plusieurs en bio (lire notre édition du 7 octobre 2022). C’est encore un moulin, une ancienne gare, un ancien hospice, non pas une mais deux anciennes postes…

Visite guidée en compagnie de Sandra Vandenbilcke, conseillère municipale déléguée à la culture, au patrimoine etc. et pilote des guides bénévoles de la commune. À ses côtés Amélie Chermeux, propriétaire d’une ferme pédagogique, et Hervé Lemaire, retraité du domaine des transports. Trentenaires ou sexagénaires, ils habitent Pitgam depuis toujours, à l’instar de Sandra qui ne manque pas de glisser des anecdotes familiales au long de la visite, ou depuis quelques années comme les deux autres qui ont trouvé, dans l’engagement associatif notamment, le moyen de s’intégrer comme jamais.

Ja om’t Vlamsch

La balade va commencer, Sandra tend un livret « qui permet de retrouver les photos des bâtiments tels qu’ils ont été, donne des informations supplémentaires ainsi que des petits détails à retrouver dans le paysage », liste-t-elle. Point de départ : la mare au diable autour de laquelle le village s’est déployé et dont il a hérité le nom qui signifie littéralement « le hameau près du puits ».

On apprend que le village a signé en 2023 la charte Ja om ‘t Vlamsch – Oui au flamand de l’ANVT, l’institut régional de la langue flamande, et ses actions en faveur du flamand : panneaux d’entrées de ville en flamand – ici Pitgam devient Pitgham -, cours de flamand dispensés ponctuellement dans les écoles, traduction de certains articles dans le journal communal, « pour permettre aux anciens, qui parlent encore la langue, de continuer à le lire », et pour permettre à tous les autres de mieux comprendre où ils vivent à travers les expressions ou les noms propres partout teintés de cette langue. « Nous faisons le lien entre le passé et le présent », résume Sandra Vandenbilcke. On écoute la légende, celle d’un contrat signé entre un homme pauvre et laid en quête d’amour et de richesse et le diable en personne, qui réclamera l’âme de l’homme en échange dix ans plus tard, et cette variante de la légende de Faust, donc, qui dit encore que l’homme exigera de relire le contrat à la lumière d’un cierge d’église, qu’il fera tomber le contrat dans un bénitier, effaçant alors sa dette ; que le diable tapera le sol si fort du pied qu’un trou sera creusé : la mare au diable.

Une mare qui a toujours existé et qui a poussé quelques illustres passagers à venir faire boire leur cheval comme l’évêque Saint-Folquin de Thérouanne, un cousin de Charlemagne qui prêchait la bonne parole, ou encore le corsaire dunkerquois Jean Bart, qui allait rendre visite à son oncle à Drincham. Preuve en est la plaque que des Pitgamois ont apposée sur leur maison et qui indique « Ici Jean Bart n’est jamais venu ». Une mare à qui l’on doit encore la présence, jadis, de deux brasseries, la bière étant, on le sait, alors plus propre à la consommation que l’eau.

Rando-lama

Il suffit de tourner sur soi-même pour continuer la visite du village : l’ancienne école des garçons transformée en mairie à la façade fraîchement sablée et qui accueillera elle-même bientôt une médiathèque ; l’ancienne maison commune, qui accueillait les réunions des élus et les mariages dès 1842 et qui fait aujourd’hui office de salle de réception accolée au Café Fiolet, le survivant. On apprend que les arrières-arrières-grands-parents de notre guide ont tenu le café un temps, Henri et Germaine : les arrière-grands-parents de Véronique, la mère de Sandra (vous suivez toujours ?) que l’on retrouve au guichet de la mairie et qui a donné le virus à sa fille en l’emmenant, gamine, dans tous les événements. « Le patrimoine, il y en a partout autour de nous. On vit dedans et je trouve bien que les habitants sachent ce qu’il y a au pied de leur porte », dit la jeune femme, 32 ans, qui poursuit : « À travers le patrimoine, j’ai découvert l’histoire de mon village, et à travers elle, l’histoire de ma famille. »

Une lettre datée de 2010 et signée d’Yvonne Huyvaert, 89 ans à l’époque, raconte comment on y vivait, parce que le patrimoine, c’est plus que des murs.

On se met en route vers « l’hôpital », on passe devant les nouveaux lotissements, parce qu’un village ne peut pas se contenter d’avoir un passé. On devine les villages voisins, qui ceignent Pitgam et dont Hervé pointe les clochers du doigt, même que cette rangée d’arbres, là, marque l’emplacement de l’ancienne ligne ferroviaire qui reliait Bergues à Bollezeele entre 1914 et 1952. « Des trains de marchandises surtout et, le lundi, un wagon voyageur dans lequel ces derniers alimentaient eux-mêmes le poêle pour se chauffer et se rendre au marché de Bergues », raconte le retraité des transports.

De l’autre côté du village, l’ancienne gare a été transformée en maison des associations et une lettre datée de 2010 et signée d’Yvonne Huyvaert, 89 ans à l’époque, raconte comment on y vivait, parce que le patrimoine, c’est plus que des murs : ici c’est une belle-mère cheffe de gare, qui conserve la jouissance du logement à la fermeture de cette dernière en raison de ses services rendus à la patrie car elle avait aidé à l’envoi de colis en 40.

Au bout de la rue, l’ancien hospice – il a vu passer l’armée de Louis XIV – qui a gardé son cachet avec ses quatre pans de toiture, plus loin le moulin que les visites guidées permettent selon les années de relier en marchant ou en grimpant dans l’une des voitures anciennes collectionnées par Hervé et ses copains. Pourquoi pas lors d’une rando-lama bientôt, Amélie l’autre guide bénévole nourrissant le projet depuis sa ferme pédagogique qui accueille lamas et alpagas.

Quitte à marcher…

Au détour du village, quelques maisons rappellent la présence de l’ancien directeur de l’école ou d’un ancien bailli qui sera même ministre des colonies, « on a eu du beau monde ! », se marrent nos guides du jour.

Entre deux rencontres sur le trottoir, nos bénévoles expliquent comment ils se sont fait enrôler par Sandra : Hervé parce qu’il marchait beaucoup en promenant son chien, et quitte à marcher…, et Amélie qui a répondu à une petite annonce dans le journal communal. Ils expliquent surtout pourquoi. « Je suis arrivé en 2003 et j’ai appris beaucoup de choses en faisant du bénévolat. Ça permet aussi de s’enraciner dans un village, de connaître des gens et de s’apprécier au lieu de rester bêtement seul dans son coin », liste le retraité qui pense que ça lui permet aussi d’apprendre où il vit.

Pour Amélie, arrivée en 2020, une logique à faire connaître le village où elle travaille, « pour être acteur ». Une façon de s’intégrer pour elle aussi, qui compte : « Ça fait cinq ans que je suis là et je connais beaucoup plus de monde que dans la commune où j’ai vécu plus de dix ans auparavant. »

On repasse par la place, qui accueille chaque troisième week-end de septembre la ducasse, cette année sur le thème médiéval. La visite fait encore passer par l’école, où des fresques colorées racontent l’histoire du village à hauteur d’enfant : ici un moulin, là un train. Chapelles, moulins, brasseries, bureaux de poste, hallekerque (l’église à trois nefs et tour carrée) sont encore à découvrir : les journées du patrimoine – et du matrimoine – permettront tout ça, et probablement plus encore (lire aussi pages 40 à 42). 

Justine Demade Pellorce

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