Chaque année, 35 millions d’ordinateurs sont jetés dans le monde. C’en est trop ? Appareils devenus obsolètes, panne, envie de changement… Les raisons sont multiples, mais peut-être parfois pas toujours valables.
Alors, pour allier ludique et réduction des déchets, une association lycéenne donne une seconde vie à des appareils. Puis en font don. On a poussé les portes de leur atelier.
Leur antre, c’est un local niché au cœur du lycée Carnot de Bruay-la-Buissière (62). Tournevis, disques durs démontés, écrans dans les rayonnages. Il faut le dire, on se sent un peu comme chez les pros. « C’étaient des vieilles toilettes ici avant que la Région n’engage des travaux », raconte Romain Debailleul – professeur de maths et de NSI (numérique et sciences informatiques). Pendant le confinement, avec ses collègues Pascal Beel – prof de NSI et STI2D (sciences et technologies de l’industrie et du développement durable) – et Shirley Mikolajczak, ils informent les collègues et les parents d’élèves de l’existence de programmes, outils numériques et applications informatiques à but pédagogique totalement gratuits.
L’objectif à l’époque : accompagner la continuité pédagogique malgré le manque de matériel et de moyens de certaines familles. De fil en aiguille, un club prend vie. Les élèves s’y intéressent, participent et apprennent à réparer des machines. Le club devient alors une association. Ce sera la NIRD pour numérique, inclusif, responsable et durable. « Cette forme juridique nous permet, entre autres, de toucher des subventions », rapporte Aloïs Stachera, président de la structure et lycéen en terminale. Aujourd’hui, une quinzaine de jeunes participent au projet.
Pour mener leurs opérations, les lycéens récupèrent du matériel auprès d’entreprises ou de collectivités (lire notre édition du 23 janvier). Des équipements souvent remplacés alors qu’ils pourraient encore servir. « Trop encore finissent malheureusement dans les poubelles, regrette Romain Debailleul. Beaucoup d’entreprises rechignent à nous donner leur matériel par peur du fait que nous récupérions les données enregistrées. »
Dans l’atelier, les ordinateurs récupérés voient leurs données supprimées. Ils sont ensuite démontés, nettoyés, réparés puis reconditionnés. Une seconde vie pour ces machines. « Les ordinateurs reconditionnés visent d’abord à aider les élèves du lycée », explique Aloïs Stachera. Selon leurs revenus, certains élèves peuvent gratuitement bénéficier d’un ordinateur remis à neuf.
L’action ne s’arrête pas là. Des ordinateurs reconditionnés sont aussi distribués à des écoles du secteur. « Nous sommes un territoire situé dans l’ex-bassin minier où la population est défavorisée », explique Romain Debailleul. En deux ans, l’association a ainsi offert 130 ordinateurs.

Pour les lycéens bénévoles, la dimension humaine est essentielle. « J’aime bien bidouiller et réparer des machines », confie Aloïs, qui envisage de devenir ingénieur en mécanique. Sa passion remonte à un vieux PC donné par son oncle, l’un des premiers qu’il a réussi à réparer. « Quand on livre dans les écoles et qu’on voit les enfants heureux, on comprend vraiment pourquoi on le fait. » Evan, élève de première, a rejoint l’association l’an dernier. « J’avais une appétence pour l’informatique. Au début, je suis surtout venu pour avoir un ordinateur plus rapide. Puis j’ai découvert tout l’aspect solidaire. » Mêmes motivations pour Léa et Maël, également en première. Tous deux se disent attirés par le côté « bricoleur » du projet. Mais la dimension sociale les a rapidement marqués. « Quand on livre les ordinateurs dans les écoles, les enfants sont émerveillés », raconte Léa.
Windows, vous connaissez ? Sans aucun doute que oui… C’est le logiciel d’exploitation le plus répandu sur la planète. Développé par la société Microsoft et popularisé dès les années 80 sous l’impulsion de Bill Gates, il équipe la majorité des ordinateurs. Mais, en ces temps de souveraineté à renforcer et d’ordre mondial bouleversé, la question se pose de ne plus dépendre autant de la plateforme américaine. L’un des enjeux consiste à éviter qu’un service essentiel (paiement en ligne, services…) puisse être coupé du jour au lendemain, devenir inaccessible – dans l’hypothèse où les États-Unis souhaiteraient couper nos accès à leurs services.

Autre sujet, l’obsolescence programmée. Avec le dernier exemple en date, le passage à Microsoft 11 en stoppant les mises à jour gratuites de son système d’exploitation Windows 10 à partir d’octobre 2026. Une décision qui pousse de nombreux utilisateurs vers Windows 11 et rend certains équipements incompatibles. Pour proposer une alternative, les étudiants de l’association NIRD installent sur les ordinateurs le système d’exploitation libre et gratuit Linux. L’objectif est double : sensibiliser les élèves aux enjeux de souveraineté numérique et leur redonner la liberté dans l’usage de leurs machines. « Windows limite fortement la possibilité de paramétrer son interface ou d’installer ce que l’on souhaite », explique Pascal Beel. Sans oublier que le logiciel Linux est plus léger. « Avec ce système d’exploitation, on peut faire repartir de vieux ordinateurs pour 10 ans », ajoute un élève. Dans la même veine, la structure promeut Primtux, une distribution de Linux conçue pour les écoles (et pour l’avoir testé, on ne doute pas de son efficacité pédagogique). « Pour moi ça devrait être la règle. Cette solution s’avère moins coûteuse que le logiciel Windows et plus souple à l’usage », estime Pascal Beel.
Dylan Pique

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