Son ouverture avait été retardée par le tragique effondrement d’un immeuble en novembre 2022 : le Café joyeux de Lille a ouvert ses portes (et ses bras) au printemps dernier, rue Pierre-Mauroy. Du lundi au samedi en journée, il permet de faire une pause sucrée ou d’opter pour l’une des formules déjeuner. Et plus que ça.
Car la particularité de cette adresse est d’embaucher des personnes en situation de handicap. Dans la veine des géniales Rencontres du Papotin, émission télévisée mettant une personnalité face aux questions (im) pertinentes de personnes en situation de handicap ; dans celle du carton cinéma de l’année dernière, j’ai nommé Un petit truc en plus, Café joyeux ambitionne de faire d’une pierre deux coups : contrer l’injustice dont sont victimes les personnes porteuses de handicap – mental ici – face à l’accès à l’emploi (de nombreuses citations ornent les murs dont ce souhait de Charlotte : « Je veux exister dans ce monde du travail ») et changer le regard que nous portons sur eux.
De larges baies vitrées, un carrelage vintage et, partout, du jaune. La couleur chaude, solaire, est naturellement celle qui est associée à la joie et ça tombe bien parce qu’ici, la joie n’est pas en supplément. C’est l’ingrédient principal et on vient rarement y manger par hasard.
Deux clientes passent leur commande à l’un des « joyeux équipiers » comme l’entreprise a pris l’habitude de nommer les salariés porteurs de handicap. À coups de « on apprend à tout âge » et de « la vie c’est une grande école », les deux dames font preuve d’une bienveillance appuyée.
En arrière-plan, un manager, ces salariés chargés d’encadrer les personnes en situation de handicap, observe la scène. La subtile question de la bonne distance entre en jeu : être en appui tout en laissant l’équipier agir et même se tromper, s’il le faut, pour mieux apprendre. Lui, adopte un ton naturel pour reprocher, gentiment mais quand même, à l’équipier de n’avoir pas révisé ses recettes après qu’il a peiné à lister les épices qui composent le chaï latte. Ici on semble n’en demander pas trop aux équipiers, mais assez tout de même pour que le parti pris soit viable économiquement et qu’il soit formateur.
« Bonjour et bienvenus au Café joyeux ! », entonne l’équipe en chœur à chaque fois que la porte s’ouvre sur de nouveaux convives. Là, une dame seule, visage fermé qui semble n’avoir pas envie de discuter et repart aussitôt avec sa boisson chaude. Solos, entre amis ou en groupes, visiblement habitués ou qui « voulaient venir depuis longtemps », tous les profils se retrouvent.
Aux formules pause gourmande, petit-déjeuner ou brunch s’ajoutent les déjeuners : menu radieux, menu joyeux ou menu Thierry Marx (parrain de l’adresse) qui permettent de se restaurer pour une quinzaine d’euros à base de tartes, buns et autres croques accompagnés de boissons et gaspacho ou dessert, selon qu’on aura un bec salé ou sucré (coup de cœur pour le gâteau à la fleur d’oranger).
Près du comptoir, des paquets de thés ou café – le déca-lé, l’extra-ordinaire ou le naturel bio – et cette formule : « Notre petit truc en plus ? Des cafés qui font la différence. » Aussi des objets qui permettent d’afficher son soutien au projet : sacs, badges ou bonnets. Le soutien passe par le coup de clochette qui résonne à chaque pourboire et déclenche un « Merciii » général.
Dans une ambiance détendue et bienveillante, aller manger au Café joyeux c’est faire la promesse de patience et d’ouverture. On n’est pas ici dans le rendement des chaînes mondiales où l’inscription du prénom sur le gobelet ferait passer la quête d’efficacité pour de l’humanité. Ici c’est plus lent, mais c’est aussi plus vrai.
Justine Demade Pellorce Jdemade@terresetterritoires.com

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