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29-01-2026

Éric Guiot : semer les bonnes habitudes pour cultiver la santé

Manager au département prévention de l’Institut Pasteur de Lille, Éric Guiot défend une approche fondée sur le contact, la pédagogie et la recherche scientifique.

Éric Guiot ©M. S.

À l’Institut Pasteur de Lille, Éric Guiot n’aime pas l’idée de rester loin du terrain. « Je suis fier de dire que mon équipe est hors des murs 90 % du temps », glisse-t-il.

Manager du département éducation en santé et formation du service nutrition et activité physique, il est à la tête d’une équipe pluridisciplinaire d’une douzaine de spécialistes : diététiciens, infirmiers, ingénieurs en nutrition, en santé publique, psychologues, neuropsychologues, experts de l’activité physique adaptée. Une diversité qu’il revendique comme une force.

Spécialiste de l’activité physique adaptée à la santé, Éric Guiot est passé par les études de Staps. Fils d’un cycliste professionnel, il avait lui même « le profil du sportif de haut niveau Â». « Ã€ ce niveau-là, le sport n’est pas toujours bon pour la santé. On voit bien l’usure prématurée qui peut arriver. Â»

L’activité physique comme un levier de santé, pour rendre les gens acteurs de leur santé.

Il s’oriente alors vers une autre vision : l’activité physique comme un levier de santé, un traitement non médicamenteux. « Ã‡a ne remplace pas les médicaments, mais ça aide énormément. Â» Surtout, cela permet de rendre les gens acteurs de leur santé. Un credo qui l’accompagne encore aujourd’hui.

Un institut unique

« Comme beaucoup, je pensais que l’Institut Pasteur de Lille, c’était uniquement de la recherche. Â» Ses expériences professionnelles au sein d’organismes comme le réseau Diabhainaut lui ouvrent les yeux sur l’institution lilloise. L’Institut Pasteur de Lille est le seul, parmi les 33 instituts Pasteur dans le monde, à avoir développé un service d’action de prévention. « Nous sommes le terrain. Ensemble avec le labo, on obtient une vraie plus-value pour la santé de la population. Â»

Éric Guiot arrive à l’Institut en 2007. Il rencontre alors une directrice médicale convaincue de l’importance de l’activité physique adaptée à la santé. Ensemble, ils écrivent un projet, posent les bases d’une équipe dédiée, qui s’ouvre ensuite à d’autres thématiques. « Aujourd’hui, regrouper autant d’expertises est une vraie fierté. Â»

Diriger une équipe aussi variée « n’est pas toujours facile, sourit-il. Je suis pour une conduite participative. Â» Chaque expert pilote ses projets, lui accompagne, facilite, veille à la qualité des évaluations. « Sans indicateurs précis, il n’y a pas de financeurs. Et c’est normal de devoir montrer que nos actions améliorent réellement la situation. Â»

Le travail de son équipe s’articule autour de deux axes. Le premier consiste à répondre aux sollicitations extérieures comme celles des entreprises souhaitant agir, par exemple, sur la sédentarité, ou les horaires décalés. Le second se déploie avec l’Agence régionale de santé. « Nous accompagnons des professionnels pour qu’ils montent en compétences et deviennent eux-mêmes porteurs de projets de prévention. Â» L’objectif est de transmettre des outils, des méthodes, adaptés à chaque territoire. « Il est capital de comprendre le territoire, ça ne sert à rien de crier depuis Lille des ordres qui ne peuvent pas être mis en application. Â»

Donner les clés de la santé

La clé de la prévention tient pour lui dans la compréhension « Il ne faut pas dire aux gens « faites ceci », il faut d’abord qu’ils comprennent les enjeux puis leur demander ce qu’ils sont prêts à faire. Nous leur donnons les clés pour qu’ils soient acteurs de leur santé. Â» L’objectif est de proposer des bons réflexes à prendre pour améliorer sa santé, qu’il s’agisse d’une alimentation équilibrée, adaptée et moins transformée, d’un sommeil plus réparateur ou d’activité physique.

Son petit conseil santé pour le quotidien ? « Nous sommes des bipèdes, la meilleure activité physique, c’est la marche. Marchez autant que possible ! Â» Un réflexe accessible, gratuit et souvent négligé. « Tout est fait aujourd’hui pour moins bouger : voiture, ascenseur, drive… Â»

Il a bien conscience qu’il s’agit d’un travail de semeur. « Quand on intervient auprès de jeunes, la santé leur paraît très loin. Mais on sème des graines. Elles germeront plus tard, peut-être quand ils seront parents. Â» Cet espoir l’anime. « On sait qu’on ne peut pas tout changer, les mauvaises habitudes se généralisent dans le monde entier. Â» Mais pas de fatalisme, au contraire, de l’optimisme : « Si quelqu’un boit moins de sodas après notre intervention, c’est déjà une réussite. Les petites victoires restent des victoires. Â»

Fin 2025, Éric Guiot perd son meilleur ami. Un homme avec de bonnes habitudes de vie. Un cancer. « Parfois, on ne peut pas agir Â», dit-il, plein d’émotion. Cette disparition a renforcé son engagement. « Les bonnes habitudes n’évitent pas tous les drames. Mais en les partageant, nous pouvons aider un maximum de personnes à vivre mieux le plus longtemps possible. Â» Alors il continue de semer, convaincu que chaque prise de conscience, aussi modeste soit-elle, compte. 

Lire aussi : Collectivités, éducation nationale : des formations de premiers secours en santé mentale

Maxime Schilt 

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