
« Vu la densité des vestiges trouvés lorsque l’on a fait les tranchées pour le diagnostic, on se doutait qu’on allait trouver des choses », se réjouit Jennifer Clerget, archéologue pour l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Dans cette rue de Famars (59), à quelques kilomètres de Valenciennes, les pelleteuses, brouettes et pelles s’agitent en creusant le sol à la recherche de traces antiques. « Nous faisons du sauvetage de vestiges, ajoute l’archéologue. Ce qui est trouvé est lavé, trié, inventorié, photographié et conservé. » Lorsque les équipes de l’Inrap quitteront les lieux, un particulier construira sa maison sur ce terrain chargé d’histoire. Pour l’instant, il patiente tandis que Jennifer Clerget et ses collègues enquêtent. « On se trouve au bord d’une voie, il nous reste à découvrir ce qui la borde. »

Raphaël Clotuche fouille dans le secteur depuis près de 20 ans. « Déjà, les écrits du XIVe prouvent qu’il y a des choses à Famars, remarque-t-il. Sous Louis XIV, le peintre Antoine Watteau ramenait à Paris ce que les paysans trouvaient dans les champs en labourant : on a une tête d’aigle, un bouc, une statue d’Apollon. » Ces objets nous emmènent dans l’Antiquité, au Ie siècle de notre ère, lorsque Famars s’appelait Fanum Martis. L’Escaut et la Rhonelle sont navigables, les terres sont plutôt bonnes, l’emplacement est stratégique. La cité occupe jusqu’à 200 hectares, dont 10 % ont été explorés par l’Inrap, faisant de cette agglomération antique la plus fouillée de France. Raphaël Clotuche est intarissable sur le sujet. Il décrit la vie d’antan, dont chaque objet retrouvé permet d’en saisir davantage d’aspects. « On a retrouvé des résidus de battage de céréales, des traces d’élevage de chevaux, des morceaux de cochons, donc destinés à l’export », cite-t-il. Des traces de la présence de grands contrôleurs d’impôts sont retrouvées : on en déduit que la ville concentre alors une activité économique importante. « Plus de 1 000 hectares de céréales dépendent directement de la cité, poursuit Raphaël Clotuche. Elles nourrissent la ville et sont exportées. » Famars produit également de la céramique avec l’argile de Bavay et les amphores qui sont ensuite fabriquées sont retrouvées à la frontière allemande, en Suisse et Outre-Manche. À l’intérieur, on y stocke un liquide fabriqué avec des céréales… « De la bière ou de la cervoise », suppose l’archéologue. Vers les années 100 à 120, la ville est quadrillée, signe de la densité de sa population, un forum et un théâtre sont localisés lors de fouilles archéologiques. « On fabrique aussi de la colle avec les os des bœufs abattus à Famars. Ils viennent des campagnes voisines, sans doute de quartiers pas encore étudiés. » En revanche, pas une trace de poulets complets dans les zones déjà fouillées. « Ils arrivent certainement découpés après avoir été tués ailleurs. »

Et puis le Bas empire marque la transformation de la ville en un centre militaire. Des fortifications sont construites, les populations sont déplacées « on ne sait où », les militaires – des soldats paysans – arrivent pour cultiver des parcelles lorsqu’ils ne sont pas mobilisés pour l’armée. « Des lots de féveroles ont été retrouvés, carbonisés par un incendie, et nous montrent que la féverole était déjà cultivée. » De l’époque carolingienne et du Moyen-Âge, peu de traces. Famars redevient un petit village. Une chance pour l’archéologie. « C’est ce qui a permis de sauvegarder les traces romaines. » Aujourd’hui, faux, fossiles, scies, hipposandales et serpes, sont précieusement conservées par l’Inrap à Achicourt (62).
Louise Tesse
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