Vendredi 26 septembre, c’était jour de mobilisation nationale lancée par la FNSEA et son président, Arnaud Rousseau. À l’échelon départemental, la FDSEA 62 organisait une distribution de produits locaux pour mieux sensibiliser les consommateurs aux risques qu’implique la ratification, par la commission européenne, des accords de libre-échange avec le Mercosur. Global, le volet commercial de ce dernier ne distingue aucunement l’agriculture, qui aurait possiblement à en pâtir, en cas de baisse des prix suite à des importations sudaméricaines massives, d’autres secteurs comme l’industrie automobile et pharmaceutique, voire les services, qui se frottent déjà les mains.
Alors que les tracteurs commencent à affluer depuis le pont enjambant le canal de l’Aa, des représentants syndicaux s’affairent à préparer les banderoles et la tonnelle destinée à abriter la distribution des vivres aux habitants. Intelligente et mesurée, l’opération sensibilisation aux productions agricoles locales prend l’allure d’une piqûre de rappel pour les consommateurs. Et d’une évidence : il faut toujours regarder d’où viennent les produits que nous mangeons. « Nous avons plutôt fait le choix d’une action qui vise le contact avec le citoyen-consommateur, avance Jean Pierre Clipet, secrétaire général FDSEA 62. L’idée est de distribuer (gratuitement) des produits qui sont mis à mal par les discussions en cours en ce moment. D’autre part, nous respectons les contraintes pour la production agricole, quand d’un autre côté, on va importer des produits qui ne respectent pas nos normes de production européennes. C’est de la concurrence déloyale ». Car les agriculteurs locaux sont fiers de leurs productions. « Par exemple, les oeufs ont parcouru 7 ou 8 kilomètres. Ils viennent de chez Samuel Obaton à Moringhem, dont les poules sont élevées en liberté », précise Jean-Pierre Clipet. Un souci de la qualité qui guide la grande majorité de nos agriculteurs.
Le superbe taureau Charolais, venu avec Emmanuel Dilly du GAEC du Charolais, impressionne tout le monde. « Je suis en polyculture-élevage à Avroult et je fais aussi de la betterave sucrière. Nous ne pouvons pas traiter alors qu’ailleurs c’est autorisé. Cette filière sucrière fait vivre énormément de monde. Avec l’accord
c’est 190 000 tonnes de sucre qui vont être exportées depuis ces pays. », s’inquiète Emmanuel Dilly. Et pour la viande, ce n’est guère plus rassurant puisque ce ne sont pas moins de 99 000 t de viande de bœuf supplémentaires qui vont inonder le marché. Avec des animaux gavés aux hormones et nourris aux OGM. Le pays d’Escoffier, Bocuse et Ducasse ne mérite pas ça. « Certes les prix sont plutôt positifs, mais les jeunes ne veulent plus s’installer. Avec l’afflux du Mercosur, nous risquons de ne plus pouvoir vendre notre viande assez cher. », se désole l’éleveur d’Avroult. Et l’incertitude gouvernementale actuelle n’apporte aucune sérénité. Sur l’acétamipride, Emmanuel Dilly a un son avis : « C’est un insecticide qui était mis en terre, pas volatile : le seul risque c’était pour nous qui le semions. Aujourd’hui, ceux qu’on doit passer 3 ou 4 fois avec le pulvéo, pour moi c’est pire ! ». Fermez le ban.
Dans l’intervalle, une file d’attente impressionnante s’est formée entre 11 h et 12 h 30, depuis la route jusqu’à la tonnelle FDSEA. Les gens papotent, la plupart venus de Saint-Omer, par solidarité avec l’agriculture française et locale. Mais aussi parfois par nécessité. Des gens modestes, parfois pudiques, viennent ici trouver des bons produits, à deux pas de chez eux. Un chou, des carottes, du potiron, du sucre, des yaourts, des pommes de terre : voilà le contenu des sacs actuellement préparés par les agriculteurs et les délégués FDSEA 62. « Nous habitons Saint-Omer, témoigne Pascal, accompagné de sa compagne Evelyne. Nous voulons continuer à consommer des produits de qualité et sommes solidaires des agriculteurs de l’Audomarois. Et puis, nous sommes habitués à faire les marchés, alors on s’est dit que c’était l’occasion ! » A deux pas de là, alors que les agris préparent l’omelette et le barbecue, Guillaume Wullens, président de la Confédération Générale des Planteurs de Betteraves (CGB), s’inquiète de « l’importation de 190 000 tonnes de sucre, sans droits de douane, soit l’équivalent de la production d’une usine française et de l’importation de 8,2 millions d’hectolitres d’éthanol, équivalent de la production d’éthanol de betterave française ». La sénatrice du Pas-de-Calais, Amel Gacquerre (Union Centriste) et le député du Pas-de-Calais, Marc de Fleurian (Rassemblement National) étaient venus rappeler leur engagement à soutenir les agriculteurs. Pas si loin de Bruxelles, mais avec quelle marge de manœuvre, désormais ?

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