⏱
| Par Virginie Pruvost

On vous dit « sciences », vous pensez à ces équations indigestes qui vous ont donné tant de boutons, à ces inconnues que vous ne trouviez même pas dans le dictionnaire, ou à ces séries de schémas qu’il fallait tracer alors que vous aviez encore oublié votre règle ! Thèse, antithèse, définition, déduction… Quelle punition !
Pourtant, le 28 mai, en écoutant 21 doctorants présenter leur thèse (à l’intitulé souvent incompréhensible) en 180 secondes au théâtre Sébastopol à Lille, pour la 13e édition de la finale nationale du concours Ma thèse en 180 secondes, il n’y avait de la place que pour l’émotion. Ce soir-là, la science nous procurait joie, tristesse et admiration… En la vulgarisant, en la rendant compréhensible à tous, ces doctorants ont véritablement fait le show ! Mission réussie pour les organisateurs que sont France universités et le CNRS, soutenus cette année par l’université de Lille.
« Avant d’en arriver là, 50 étapes ont été nécessaires pour sélectionner les candidats de chaque région de France, qui représentent leur université », précise Bastien Florenty de France universités. « Soyez clairs et concis ! Lance Daniel Fiévet, journaliste scientifique en lançant le début du concours. Vous avez 180 secondes ! Si le gong retentit et que vous continuez, vous êtes éliminé. »
Dès le déclenchement du chrono, que les candidats actionnent d’un signe de la main, le public adhère. L’intonation de la voix, les mouvements du corps, les gestes de la main, il se laisse prendre au jeu et Le Corynebacterium glutamicum comme système modèle pour l’étude de l’ADN gurase de Mycobacterium tuberculosis (sujet de Yaëlle Wormer, doctorante en microbiologie à l’institut Pasteur à Paris) devient familier.
Widad, Gabrielle et Tatiana, élèves de terminale au lycée Baudelaire à Roubaix, qui votent pour désigner le lauréat du prix des lycéens, comme l’ensemble des 86 élèves présents (lycées Colbert à Tourcoing, et Sainte- Marie à Beaucamps-Ligny) sont impressionnées par les prestations des doctorants : « Nous allons bientôt passer le grand oral du bac, expliquent-elles, alors on est venues ce soir, pour observer leur posture, leur éloquence, ça va nous aider. »
Lire aussi | MakeItAgri : quatre étudiants nordistes en finale
Dans le théâtre, aux côtés des lycéens, près de 600 personnes ont pris place, parmi lesquelles le président de l’université de Lille, pour suivre ces performances et voter pour trois prix.
Yaëlle Wormser alias Lady Pipette, Rap ta science sur Instagram, est ravie de se produire devant ce public : « Il est nécessaire que les chercheurs reprennent la parole car sur les réseaux, ceux qui la prennent n’ont bien souvent aucune connaissance scientifique, aucune légitimité. Ce concours prouve que la science et l’artistique font très bon ménage. »
« Ici, nous travaillons à désacraliser la science, poursuit Luca Bouché, le candidat corse qui vient de nous conter l’histoire d’une goutte d’eau. On doit faire sortir la science de nos labos, toutes les sciences. Nous avons envie de partager. Nous devons rendre vivante la science, il faut susciter des vocations. »
« Bienvenue au cœur d’une cellule, vous et moi, en somme les composants… Ces cellules sont celles de Gérard. Il a un cancer du poumon… » Wendy Arondal doctorante à Oncolille, nous explique qu’elle s’est lancée dans ce concours d’abord parce qu’elle voulait travailler sur la vulgarisation scientifique : « Quand j’ai annoncé le sujet de thèse à ma famille, je voyais qu’elle ne comprenait pas. Je ne pouvais pas m’investir dans ce projet sans leur faire partager. Grâce à ce concours, c’est fait ! »
Mais derrière ces prestations, il y a des chercheurs qui visent tous à améliorer le monde. « En 1988, une bactérie invisible est devenue bien visible, car j’ai perdu mon grand-père touché par la leptospirose, commence la candidate de Nouvelle-Calédonie. Peut-être que grâce à mes recherches, l’invisible sous nos pieds ne deviendra plus le visible dans nos vies, comme pour mon grand-père. »
Au terme de cette soirée, tous n’auront pas gagné mais ils nous auront prouvé que la science n’était pas « que » passionnante ou intimidante, la science entretient les rêves, soigne, réconforte, protège notre planète et donne de l’espoir.
Virginie Pruvost

Actualité

Actualité
Consommation, Enseignement, Société

Vivre et travailler ensemble : la vie d’un couple à la ferme !
par Hélène Grafeuille
Ecoutez leur histoire !
