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22-10-2025

Engagement : « Manger bio est un investissement »

À la tête de trois magasins Biocoop du Pas-de-Calais, dans le Boulonnais, Baptiste Legrand défend un modèle de distribution alimentaire basé sur la coopération. Portrait d’un acteur de terrain convaincu que l’alimentation peut changer la société.

Il a commencé sa carrière au pied des tours de la Défense, à Paris. Aujourd’hui, Baptiste Legrand gère non pas un… mais trois magasins Biocoop dans le Boulonnais. Un grand écart qu’il explique par une vraie prise de conscience : celle de la nécessité de défendre l’agriculture biologique, un modèle qui « ne pollue ni les sols, ni les eaux, ni les corps ».

Né en 1985 à Saint-Quentin, dans l’Aisne, Baptiste Legrand décroche en 2008 son premier poste dans le conseil informatique, au cœur du quartier d’affaires parisien après avoir été diplômé d’une école de commerce à Grenoble. Costume-cravate, open space déshumanisant, réunions interminables : « Je me suis très vite dit que ce n’était pas ça que je voulais faire de ma vie ! », confie-t-il, amusé.

Sportif de nature, il bifurque vers Decathlon. De 2009 à 2015, il y enchaîne les postes et découvre la vente. « C’était intéressant, mais j’ai fini par tourner un peu en rond. »

En 2015, il finit par trouver sa voie en poussant la porte de Biocoop, à Boulogne-sur-Mer. Il passe six mois derrière la caisse, histoire de mieux connaître le fonctionnement de l’entreprise. À peine six mois plus tard, on lui confie la mission de planifier l’ouverture d’un nouveau magasin. En 2017, il inaugure la Biocoop de Saint-Martin-Boulogne. Puis celle de Berck, en 2019. L’année suivante, il reprend la gérance du magasin historique de Boulogne. En l’espace de quelques années, il passe ainsi de vendeur à patron de trois magasins, avec une conviction qui ne le quitte plus depuis : défendre les valeurs du réseau Biocoop.

L’écosystème Biocoop

« Biocoop, c’est avant tout le premier réseau de magasins bio spécialisés en France, rappelle Baptiste. Chaque magasin est indépendant. Nous ne sommes pas franchisés. On est un réseau d’indépendants adhérents à la coopérative nationale, qui est basée à Paris. » Chez Biocoop, pas de droit d’entrée donc, comme pour une franchise classique. Mais une contribution de chaque magasin Biocoop à hauteur d’1 % de son chiffre d’affaires à la coopérative nationale. « On doit également donner du temps au réseau national. Par exemple, je siège dans des commissions. C’est typique des systèmes coopératifs. Il y a beaucoup d’entraide, c’est grâce à cela que ça fonctionne bien », insiste le commerçant boulonnais.

Au total, le réseau Biocoop rassemble aujourd’hui plus de 700 magasins en France, avec près de 3 000 fermes partenaires. Les produits proviennent en partie des plateformes logistiques de la coopérative. Mais Baptiste Legrand tient à garder une grande part de produits locaux dans ses magasins. « Dans les Biocoop de Boulogne-sur-Mer, Saint-Martin-Boulogne et Berck, environ 15 % de l’approvisionnement vient directement des producteurs du coin. Ce sont ces partenariats locaux qui donnent du sens à notre travail. »

« Le choc a été brutal »

Pendant des années, la vente de produits bio a progressé à toute vitesse. « Avant 2020, la bio connaissait une croissance à deux chiffres, se rappelle Baptiste. Et le covid a encore accéléré le mouvement. Pendant la pandémie les clients se sont tournés vers le local, le sain, le durable. Tous les trois jours, j’avais l’ensemble de mon stock écoulé. C’était incroyable ! »

Mais l’euphorie n’a été que de courte durée. Avec la fin des confinements et le retour à la vie normale, les consommateurs sont retournés dans les grandes surfaces. L’inflation a fait le reste : « le bio, souvent plus cher, a été délaissé. On a perdu 15 % d’activité alors que nos investissements étaient calibrés pour + 10 %. Le choc a été brutal, il faut le dire. »

En 2021, la bio représentait 6,4 % des achats alimentaires des Français. Deux ans plus tard, elle est tombée à 5,6 %. Dans le même temps, près de 500 magasins spécialisés dans le bio ont fermé en France. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous, on est en bout de chaîne. Si les consommateurs achètent moins, les producteurs souffrent aussi. Toute la filière est impactée. » Malgré tout, Baptiste reste confiant : « Depuis 2024, les signaux s’inversent légèrement. La consommation du bio est repartie à la hausse. Un retour à la normale commence à s’amorcer ».

S’engager pour la santé des enfants

Depuis 2023, Baptiste agit aussi hors de ses magasins. Avec d’autres parents d’élèves, il a participé à la création d’un collectif citoyen dans le Boulonnais (CAB). Une trentaine de personnes – médecins, enseignants, agriculteurs, parents – ont décidé de s’engager autour d’une idée simple : améliorer la qualité des repas servis dans les cantines. « Notre objectif c’est de sensibiliser les collectivités et surtout créer des passerelles avec les producteurs locaux », résume Baptiste.

Pour lui, l’alimentation est une question de santé publique. « Si on mangeait mieux, on aurait moins de maladies liées à l’alimentation. Et au final, on dépenserait moins en soins de santé. Pour moi, manger bio n’est pas un coût. C’est un investissement ! » 

Julien Caron

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