Cuivrée, tirant à 7° avec une mousse persistante et des notes herbacées : voilà le cahier des charges dressé par Jean-Louis, Orlando, Malika, Denis et Sofiane. Tous les cinq sont autistes, résidents du foyer de la Croix-Rouge à Saint-Jans-Cappel (59), et ont eu la joie visible de participer à leur premier brassage dans les murs de la Peene Becque à Sainte-Marie-Cappel, celle que l’on surnommera désormais « la petite brasserie au grand cœur ».
La bière brassée par la petite compagnie le 16 avril dernier sera servie lors du Sapidays, festival musical organisé le 31 mai prochain. Une journée « dans le cadre d’un projet inclusif et solidaire », exprime Marc Barbey à qui revient l’heureuse initiative, qui faisait suite à quelques autres rencontres, pour apprendre à se connaître puis à communiquer ensemble, « en préparant notamment un système de pictos permettant de qualifier une bière », détaille le responsable de la brasserie installée il y a un peu plus d’un an sur ces hauteurs de Flandre. Outre ce mélange des gens, la brasserie a aussi récemment opéré un mélange des genres en créant une bière à base de pain rassis de la boulangerie voisine, Paul & Maria, pour un engagement collectif contre les déchets alimentaires. Une histoire de brassage, encore et toujours.
Une fois la recette imaginée, à laquelle personne n’aura oublié d’ajouter quelques épines de sapin histoire de twister l’ensemble en un breuvage « qui s’annonce particulièrement rafraîchissant », imagine le brasseur Romain Lefebvre ; une fois le houblon bio et local récupéré auprès d’Édouard Roussez, à Morbecque histoire de mettre encore un peu plus de sens dans cette histoire s’il le fallait, Jean-Louis, Orlando, Malika, Denis et Sofiane ont investi la petite brasserie. Eh comment ! Entre la joyeuse Malika, 48 ans, et Orlando le boute-en-train de 20 ans, entre la pesée de houblon (600 grammes du premier – « six zéro zéro », explicite l’un des aides médico-psychologiques, pour ses vertus amérisantes, puis 600 grammes du second, pour ses vertus aromatiques), entre l’escalade de l’échelle par Orlando qui s’en va verser le tout dans l’énorme cuve en inox, l’un s’inquiète de se mouiller les pieds quand un autre formule un peu plus tard : « Regarde, le bruit ! »
Comme leurs homologues limonadiers, nos néo-brasseurs se sont aussi chargés du visuel et du nom de la bière, que nous avons promis de taire jusqu’à son dévoilement officiel. La fine équipe a été choisie pour ses capacités d’adaptation et de communication, d’autres résidents auraient été clairement incapables de blaguer comme Orlando, d’entrer doucement en contact comme Sofiane ou de rayonner comme Malika.
L’un des aides médico-psychologiques qui accompagnent les résidents ce jour-là salue un projet qui « permet de faire sortir les résidents d’un milieu, le handicap, qui est souvent très dans l’entre-soi ». « Je ne suis pas sûr qu’ils soient totalement conscients que le fruit de leur travail sera servi à des centaines de personnes lors du festival, mais on voit qu’ils sont super bien là maintenant. Regardez comme Orlando est à l’aise », sourient les observateurs éclairés. Une satisfaction immédiate pour le petit groupe, et une valorisation à plus grande échelle lorsque les 400 litres de bière seront servis au Sapidays, estampillés de l’informel label de l’inclusion.
Mieux que la médaille d’argent décrochée par la brasserie pour sa bière blonde de fermentation haute, la Marika, lors de sa première participation au concours de Lyon ? On n’a pas demandé à Marc Barbey de choisir mais on n’est pas loin de deviner.
Justine Demade Pellorce

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par Hélène Grafeuille
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