
Après avoir rencontré les élus de la FDSEA au mois de mars suite à sa prise de fonction en début d’année, le nouveau sous-préfet de Valenciennes, Guillaume Quenet, avait promis d’aller à la rencontre des agriculteurs sur le terrain, agriculteurs qui génèrent en moyenne en France 7 emplois directs et 11 emplois indirects, et entretiennent 58 % du territoire.
C’est chose faite depuis le mercredi 31 mai au travers d’un périple d’une journée de la campagne amandinoise, dévoilant un paysage de terres très découpées, par de nombreux fossés et bordées de saules têtards, au Valenciennois.
Il a d’abord fait escale chez Jonathan et Didier Bulion, à Bruille-Saint-Amand, qui ont présenté leur production de spiruline et leur unité de méthanisation.

Puis, Marie Fromont a ouvert les portes de sa ferme à Thun-Saint-Amand, où elle transforme le lait en yaourts, beurre et glaces qu’elle commercialise à travers des casiers. L’occasion de regretter que, si les casiers et autres points de vente directe ont été très prisés pendant le covid, ils sont aujourd’hui délaissés au profit de la grande distribution.

L’étape suivante a conduit la délégation à Saint-Amand-les-Eaux, à la découverte de la ferme laitière d’Isabelle et Frédéric Pique. Mal-être des agriculteurs, surcharge de travail, problème de rentabilité, souhait des jeunes d’avoir une vie sociale avec moins de contraintes et disparition de l’élevage ont été abordés. La visite s’est poursuivie dans les fraises avec plaisir et gourmandise. C’est une culture exigeante et technique, avec un besoin accru d’observation de la présence d’insectes ravageurs, pouvant être contrés en lutte intégrée par les coccinelles.
La pause repas s’est faite autour d’une table ronde à la cense Pierrot des princes, chez Étienne Pruvot. Un repas fait maison, un credo pour l’association des Agriculteurs de l’Amandinois et des artisans de bouche qui se joignent à la discussion. La filière viande aborde le pouvoir d’achat, l’abattage et la filière de proximité.
Autre sujet évoqué, celui de l’agriculture périurbaine, avec son lot d’incivilités dans les chemins de terre, dans les champs, les bandes enherbées. Ce sujet est travaillé avec les forces de police et de gendarmerie, et une coopération Vigi’Agri – bien rodée – limite les vols sur les exploitations.
Soulignons la particularité du territoire qui se situe dans la zone du parc naturel régional Scarpe Escaut et soutient, depuis deux ans, les démarches vertueuses envers l’environnement sous la forme de paiement pour services environnementaux (PSE) rendus pour un retour financier de 8 000 à 12 000 € par exploitation. Tout y est analysé : date de fauche, utilisation réduite des intrants (engrais, pesticides), entretien du paysage. Chaque participant est volontaire et ce système permet de valoriser un territoire plus morcelé et contraint sur le plan environnemental.
Par ailleurs, les agriculteurs ont fait part de leur colère face aux attaques contre l’élevage.
L’occasion aussi de remonter la problématique des dégâts de gibier. Le territoire de l’Amandinois est fortement impacté par la présence du sanglier, qui ne mange plus exclusivement en forêt, et tente de se nourrir dans les parcelles de maïs et dans les pâtures riches en vers, preuve que les sols ne sont pas morts.
Le temps consacré par Guillaume Quenet résume l’intérêt et l’envie de mener un travail de terrain, en coopération avec l’ensemble de ses acteurs. Un appel du pied a été fait dans ce cadre sur la suradministration et la surtransposition française des normes européennes, générant une concurrence déloyale avec nos voisins européens et frontaliers.
Cette visite était très attendue par les agriculteurs du territoire qui cherchent à avoir une écoute active et des réponses à leurs questions. Elle a tenu ses promesses, tant sur le plan des sujets abordés que sur la courtoisie des échanges, et en amènera peut-être d’autres, indispensables pour des relations durables et constructives.

« Évoquer sereinement et librement les enjeux agricoles qui concernent le territoire »
C’est à Rombies-et-Marchipont, dans l’exploitation de Maxime et Pierre Roger, que s’est rendu Guillaume Quenet, l’occasion pour le sous-préfet de découvrir le monde agricole du Valenciennois, ses enjeux, ses atouts, mais aussi ses problématiques. En présentant cet élevage laitier et la microméthanisation attenante, les agriculteurs lui ont fait part de leur écœurement face aux accusations récentes de pollution dont ils font l’objet par la Cour des comptes. Tous doivent faire des efforts afin de lutter contre le réchauffement climatique, et un élevage bovin émet des gaz à effet de serres. Mais la présence de vaches dans les campagnes permet néanmoins de maintenir les prairies en place, stockeuses naturelles de carbone dans le sol. Sans compter que, si l’on réduit les élevages, il y aura effectivement un impact sur les gaz à effet de serre, mais bien d’autres conséquences : moins de carbone dans le sol, moins de viande, de lait, de beurre, de fromage, de yaourt… La France n’étant plus autosuffisante, devrons-nous à l’avenir augmenter les importations d’Amérique du Sud comme en viande ?
La fermeture de la sucrerie Tereos a été également évoquée avec ses conséquences directes sur les producteurs de betteraves et sur les éleveurs (pulpes de betteraves). La question se pose sur l’avenir de la betterave dans l’arrondissement. Sans sucrerie, le résultat est un allongement des distances, plus de transports… : est-ce bon pour le bilan carbone ?
Le sous-préfet a ensuite été sensibilisé à la problématique de l’emprise foncière sur les terres agricoles (projet de golf à Marly, installation d’industrie). Sans être opposés au développement économique, les agriculteurs ont insisté sur la présence importante de friches industrielles dans la Nord et le Valenciennois. Ce à quoi Guillaume Quenet a répondu que l’État allait débloquer des fonds importants pour requalifier ces friches afin de pouvoir les exploiter de nouveau.
La présence d’Anne-Sophie Delsaux, cheffe de service de la DDTM du Nord, a permis d’aborder le sujet de la complexité du dossier PAC. À ce sujet, le sous-préfet a répondu que l’État s’engage à plus de dialogues, d’explications et au droit à l’erreur. Cette rencontre a donc permis d’évoquer sereinement et librement les enjeux agricoles qui concernent le territoire.
Isabelle Pique, Présidente Du Canton De Saint-amand-les-eaux, Fdsea 59

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