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« L’Union européenne ne fait plus de l’agriculture une priorité »

06-05-2020

Actualité

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L’Union européenne et le Mexique achèvent en ce moment leurs négociations commerciales en vue d’un accord de libre-échange. Responsable du service études et perspectives à l’APCA, Thierry Pouch apporte son éclairage.

Thierry Pouch APCA
Thierry Pouch. © DR

Thierry Pouch est responsable du service études et prospective aux chambres d’agriculture (APCA) et chercheur associé à l’Université de Reims Champagne-Ardenne. Il répond à nos questions sur les accords commerciaux négociés par l’Union européenne.

Lire l’article à ce sujet : UE -Mexique, l’accord qui tombe mal

Dans quel contexte s’inscrit l’accord commercial bilatéral entre l’Union européenne (UE) et le Mexique ?

Depuis plusieurs années, l’UE négocie et signe des accords bilatéraux de libre-échange avec de nombreuses régions du monde. C’est lié au fait que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne fonctionne plus et ne joue plus son rôle de régulateur du commerce mondial. Il fallait pour l’UE trouver une issue au blocage des négociations multilatérales.

Le regard que porte l’opinion publique sur ces accords a-t-il changé depuis quelques années ?

Oui, le premier à avoir déclenché la controverse est finalement l’accord avec le Canada, le Ceta, en 2017. On voit qu’il y a un conflit d’appréciation de ce type d’accord entre l’agriculture, qui subit des importations avec une concurrence estimée déloyale, et l’industrie européenne qui trouve des nouvelles opportunités à l’export.

Quelles sont les filières agricoles les plus pénalisées par les accords ?

Que ce soit l’accord avec le Mexique, le Mercocur (accord de juin 2019 avec des pays d’Amérique du Sud – Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay, ndlr) ou les accords en discussion avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie, c’est la viande, et notamment la viande bovine, qui est au centre des préoccupations.

Si ces accords sont tous adoptés, cela va représenter des volumes très importants qui pourraient être importés en Europe. Et la situation pourrait alors devenir compliquée pour les éleveurs européens des filières viandes. Il n’y aurait guère que l’accord avec le Japon, pays importateur net, qui pourrait compenser un peu.

« D’une certaine manière, l’UE agit dans le dos de tout le monde et cela pose un vrai problème démocratique et de gouvernance. »

Thierry Pouch

Y a-t-il des gains pour certaines filières ?

Oui, notamment la viticulture et les produits laitiers qui pourront être exportés plus facilement. Pour ce qui est des produits laitiers, ce sont surtout les transformateurs qui se frottent les mains. Et pour reprendre l’exemple du Canada, ce sont les producteurs laitiers canadiens qui s’estiment lésés par l’accord. Ils ont d’ailleurs bataillé avec l’État fédéral pour obtenir une compensation.

L’accord UE-Mexique aboutit dans un contexte particulier. Il semble en contradiction avec le discours actuel autour de l’indépendance alimentaire et de la protection de l’agriculture européenne…

Si on écoute Phil Hogan, le commissaire en charge du commerce, la crise actuelle n’est pas de nature à remettre en cause ce type d’accord. Mais au sein des États membres, en France notamment, les pouvoirs publics parlent de relocalisation et de l’importance de la souveraineté alimentaire, en réponse aux demandes des citoyens. D’une certaine manière, l’UE agit dans le dos de tout le monde et cela pose un vrai problème démocratique et de gouvernance. En réalité, depuis la réforme de la PAC en 1992, il semble que l’UE ne fait plus de l’agriculture une priorité.

Quelles garanties offrent ces accords concernant les normes de production ?

Pour ce qui est du Ceta, en France, le Premier ministre, Édouard Philippe, a mis en place en 2017 une commission pour évaluer les risques environnementaux et sanitaires de l’accord. Le même travail a été mené concernant l’accord avec le Mercosur, mais davantage centré sur les conséquences économiques. Les conclusions montrent un risque de dévalorisation de nos produits et de nos normes : les modes de production alimentaires sont moins strictes, l’utilisation des produits phytosanitaires plus importante, la réglementation autour du bien-être animal moins contraignante et les coûts de production moins élevés qu’en Europe…

Propos recueillis par Virginie Charpenet

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