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Apprentissage : « La formation sollicitée par l’entreprise »

20-12-2019

Actualité

#Tracetonsillon

Nicolas Caudal arrive à la tête du CFA agricole régional qui chapeaute les unités de formation d’apprentis. Plongeon dans l’univers impitoyable de la formation agricole.

Nicolas Caudal est à la tête du nouveau CFA Agricole public des Hauts-de-France. © DR

À peine le temps de goûter la température de l’eau, qu’il a déjà plongé. Nicolas Caudal, 42 ans, a quitté la Bretagne à la rentrée pour s’installer à Airion, près de Compiègne (60). Il enchaîne depuis les longueurs, de Péronne à Dunkerque, d’Abbeville au Quesnoy, pour découvrir son nouveau terrain de jeu, un chouia plus vaste qu’un bassin olympique.

Il prend tout juste la direction du CFA public Hauts-de-France qui regroupe 20 sites de formation agricole par l’apprentissage sur cinq départements. Mais ni l’ampleur de la tâche, ni l’immensité du territoire ne semblent effrayer le nouvel arrivé, pourtant pas du sérail.

Son stoïcisme, il le tire sans doute de son CV, musclé. « J’ai commencé par travailler pour le ministère des Sports, où j’étais prof détaché auprès de la Fédération française de natation (FFN) pour travailler avec les équipes de France. J’ai en parallèle dirigé un organisme de formation régionale de la FFN puis créé et pris la direction de l’Institut national de formation de la FFN. J’ai ensuite dirigé des écoles de commerce en Bretagne et créé ma société spécialisée dans la vente de jouets pour les publics spécifiques (polyhandicap, crèches, Ephad, ndlr). » La liquidation de cette dernière marque le début d’une autre vie, plus au nord pour Nicolas Caudal. 

Haute performance

Qu’on se le dise, le nouveau directeur est du genre exigeant : « J’ai une culture du haut niveau. Quand j’étais thésard, j’ai travaillé sur l’amélioration des performances biomécaniques des nageurs… En gros, comment faire pour nager plus vite ?, s’amuse Nicolas Caudal. Dans tout ce que j’ai fait, mon objectif était d’être le leader. Ça m’a mené à ce poste. »

Un titre qui a pris du galon depuis la fusion des différentes unités de formations d’apprentis (UFA) départementales en un tout régional, voilà un an : « Il y a désormais 20 sites de formations, répartis sur 12 UFA, qui représentent aujourd’hui plus de 2 000 apprentis. Avant, il y avait des CFA départementaux au sein de lycées publics et de la chambre agricole de l’Aisne », éclaircit celui qui prend la suite de Mathieu Booghs, instigateur de ce regroupement. « Mutualisation des moyens pédagogiques, commerciaux et de communication… les anciens CFA seront plus forts ensemble. » 

« On est sur quelque chose de mouvant, on s’adapte au contexte de l’emploi. »

Nicolas Caudal

L’enjeu de ce monumental organisme public est clair : l’emploi. « Le CFA, basé sur le principe de l’alternance entre formation théorique et pratique, a la spécificité d’être en lien  avec les entreprises. Ce sont elles qui sollicitent les formations« , scande Nicolas Caudal.

Objet mouvant

« On est sur quelque chose de mouvant, on s’adapte au contexte de l’emploi. » Le besoin en élevage canin, qui grimpe avec l’arrivée de Paris 2024, a fait, par exemple, éclore une formation de maître-chien.

« Aujourd’hui, le CFA prépare à plus de 160 métiers avec 60 formations. Cinq ou six sont en projet. » Équitation, brasserie, agroéquipement, à chaque lycée agricole public sa couleur, liée aux besoins du territoire. Le directeur l’assure : le domaine agricole est pourvoyeur d’emplois, à condition d’être polycompétent.

« Vendre des produits à la ferme, ce n’est pas ouvrir son garage avec trois cageots. C’est avoir une vraie stratégie. Conduire un tracteur, ce n’est pas tenir un volant. Aujourd’hui, les agriculteurs sont des ingénieurs informatiques, agronomes, avec des compétences très pointues ! »

Parmi les formations en apprentissage du moment, il cite le pilotage de drones, l’aquaponie, l’analyse statistique, la méthanisation ou le maintien des personnes âgées à domicile dans le monde rural.

Des métiers exigeants qui, Nicolas Caudal ne s’en cache pas, méritent que l’on sache où l’on met les pieds. « C’est pour cela que nous mettons en place, avec les entreprises, des documents très clairs où l’on va donner la réalité des salaires, des conditions de travail, mais aussi des tests psychologiques pour que les élèves aient le moins de chances de se tromper dans leur choix. »

Pour s’adapter à la demande des employeurs, les méthodes pédagogiques innovent aussi, précise le directeur, pas peu fier d’annoncer l’arrivée de simulateurs de conduite et de la formation à distance.

Passe-passe

Quant à la réforme de l’apprentissage en cours, Nicolas Caudal y voit une aubaine. « On passe d’un financement public (régional, ndlr) à un financement d’entreprise par branche pro. La Région finance le volet orientation et l’aide aux étudiants (transport, hébergement…) quant aux entreprises, elles ne vont financer que les formations qui ont un débouché réel. On était déjà dans cette philosophie. » Toujours une longueur d’avance.

Agathe Villemagne

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