Née à Menin (B) il y a 57 ans, Emmanuelle Leveugle a grandi dans le Nord, à Halluin, avant de rallier le Pas-de-Calais. Gestionnaire du personnel dans un centre de relations téléphonique, elle perd son poste quand elle devient mère pour la troisième fois : « Mon statut de cadre n’était prétendument pas compatible avec ma situation personnelle », balaie celle qui deviendra professeure des écoles pendant 25 ans.
En parallèle, son parcours se nourrit d’engagements : en 2001 elle siège dans l’opposition au conseil municipal de sa commune, Beuvry, avant d’être élue dans la majorité en 2008 comme adjointe à l’aménagement, l’urbanisme et l’environnement. C’est dans ce cadre qu’elle rencontre Eden 62, en tant que déléguée de la commune pour le domaine de Bellenville.

Eden 62 gère les espaces naturels sensibles (ENS) – parce qu’ils accueillent un certain nombre d’espèces animales et/ou végétales rares -, pour le compte du Département du Pas-de-Calais. Si les Régions possèdent la compétence biodiversité, les Départements établissent, eux, des schémas de gestion de ces endroits d’intérêt reconnu, en achetant les terrains et en confiant la gestion, ici à Eden 62 : 6 388 hectares au 1er janvier 2023. Créé sous forme d’association en 1993, Eden 62 est devenu Syndicat mixte deux ans plus tard. Objectifs : « rapprocher le Département des communes pour une proximité renforcée », résume Emmanuelle Leveugle, qui a pris la présidence du syndicat en 2015. Alors conseillère départementale, elle devient la première femme présidente d’un syndicat qui fête cette année ses 30 ans.
Le terrain de jeu d’Eden 62 est riche de neuf milieux naturels (dunes, marais, bois, polders, terrils, coteaux, landes, carrières et falaises). Missions : aménager, protéger, sensibiliser. « Dans le détail, nous établissons des plans de gestion sur dix ans et définissons quelles zones seront accessibles au public et lesquelles formeront des zones de quiétude pour la faune. » Concrètement, le marais audomarois par exemple : aménagé de platelages (des cheminements en bois), il permet certains accès aux visiteurs et en préserve d’autres. La sensibilisation passe, elle, par plus de 200 « Rendez-vous d’Eden » organisés sur l’année destinés au grand public ou aux scolaires. « Plus de 50 Clubs Eden sont déployés dans les collèges du département en lien avec le programme de sciences de la vie et de la terre », détaille Emmanuelle Leveugle, qui évoque encore les détenus de la prison de Béthune, amenés à réaliser des travaux dans une optique de réinsertion, ou les personnes éloignées de l’emploi intégrant la cellule aménagement dans le cadre de contrats d’insertion.
Pour le syndicat mixte, l’enjeu consiste à assurer la richesse naturelle de sites parfois très fréquentés. « Le site des 2 caps, labellisé Grand site de France, voit passer près de deux millions de visiteurs chaque année et accueille la plus grosse colonie de mouette tridactyles de France, au niveau des falaises du Blanc nez. » Un enjeu de conservation des oiseaux mais aussi des odonates (la famille des libellules) : « Dans les dunes de la Slack, autre ENS géré par Eden 62, pas moins de 17 espèces y ont été répertoriées, c’est précieux », rappelle la présidente qui liste encore les chauves-souris en fort déclin, les rapaces parmi lesquels le rarissime Grand-Duc d’Europe, le butor étoilé, les serpents (dont diverses couleuvres), le lézard des murailles, « qui a reconquis le Pas-de-Calais à partir des terrils », les crapauds calamites… Sans oublier un loup et un castor, observés sur le département. Des espèces qu’il s’agit de préserver.

Pour ça, 120 salariés, dont 80 % au service aménagement (à l’entretien, au nettoyage, au débroussaillage), des gardes, des chargés de communication et sensibilisation et des animateurs ainsi qu’une équipe événementielle, sans oublier les services administratifs.
Cette année, quatre fêtes ont été données pour célébrer les 30 ans d’Eden 62. Le plan de gestion multisite a visé à « conforter (le) s zones de préemption en agrandissant dans la mesure du possible les zones existantes » : 56 sites gérés par le syndicat sur le Pas-de-Calais. Emmanuelle Leveugle rappelle que « les espaces naturels sensibles ne représentent qu’1 % du territoire, mais ils intéressent particulièrement les vététistes, chasseurs et autres amateurs de grands espaces. » Pour ça, une cinquantaine de conventions sont notamment établies avec les chasseurs, une centaine également avec des éleveurs. « N’oublions pas qu’Eden 62 c’est aussi 701 animaux, moutons, poneys, vaches ou chèvres qui paissent sur les parcelles trop petites ou trop pauvres pour les agriculteurs. »

Pour ses 30 ans, Eden 62 a lancé diverses opérations parmi lesquelles « Un tilleul pour la biodiversité » : la plantation de cette espèce est « très intéressante pour la biodiversité car mellifère, pérenne et a la forme permettant l’accueil de nids ». Autre idée : l’opération « 2 m2 pour la biodiversité » : invitation aux habitants du territoire à favoriser l’accueil de faune et flore en laissant un tas de bois dans un coin du jardin (pour les crapauds et les hérissons), en creusant une petite marre (pour les libellules et les hirondelles), à semer des plantes mellifères (plus de 2 000 petits sachets de graines distribués) … « Eden 62 est en charge de la biodiversité extraordinaire, des espèces rares, mais ça ne marche pas si chacun ne prend pas sa part dans la préservation de la biodiversité normale. »
Justine Demade Pellorce

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