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20-06-2019

Actualité

Hors-champ

La musique adoucit les mœurs, c’est vrai chez les animaux comme chez les humains. Qu’en est-il dans l’étable ?

© John Devlin

Installées dans leur bâtiment à Landrecies (59) dans l’Avesnois, les 55 blondes d’Aquitaine d’Olivier Trotin ne ratent rien de l’actu locale ni de la dernière chanson en vogue sur les ondes. Et pour cause : elles vivent au diapason de France Bleu Nord.

« Mon père a toujours mis de la musique à nos bêtes. J’ai continué, explique l’exploitant installé depuis 2016. C’est bien utile pour adoucir leur comportement, notamment pendant certaines manipulations. Comme ça, elles n’entendent pas claquer les cornadis. »

Depuis sa ferme laitière des Quatre vents à Roncq (59), Caroline Piat confirme : « Nous avons commencé à mettre la radio en salle de traite il y a dix ans, en rejoignant le réseau du Savoir vert, pour habituer les vaches à vivre avec un bruit de fond. Aujourd’hui on ne sait plus faire sans ! Quand on l’éteint, il manque quelque chose, pour les vaches comme pour nous. C’est aussi très pratique lors des chantiers d’ensilage : on met la radio un peu plus fort afin que le troupeau ne soit pas perturbé par les bruits du tracteur. »

Un fond sonore de 40 dB

Les effets de la musique comme « bruit de fond » sont connus pour apaiser les animaux. « De manière générale, approuve Anne Aupiais, éthologue à l’Institut de l’élevage, nous conseillons aux élevages d’apporter un fond sonore de 40 dB pour que les animaux n’entendent pas trop les bruits de salle ou de robots de traite. » Mais elle nuance : « Les bovins sont des animaux d’habitude : si les bruits sont habituels ils s’en accommodent. »

Si la musique adoucit incontestablement les mœurs humaines comme bovines, ses effets sur la production de lait restent un sujet assez obscur. « C’est un thème peu étudié en France, reconnaît l’experte en bien-être animal, la question a été étudiée en abattoir dans la filière porcine, où les systèmes de contention très bruyants sont source de stress. Mais concernant les bovins, s’il existe des études, c’est plutôt au niveau international. »

R.E.M plutôt que Jamiroquai

C’est en effet outre-Manche que la question a été étudiée de façon plus poussée, il y a 18 ans. En 2001, Adrian North et Liam MacKenzie – deux psychologues de l’université de Leicester connue pour son étude de l’effet de la musique sur les humains – ont fait écouter pendant neuf semaines différents styles musicaux à un troupeau de 1 000 holstein : musique douce ou rapide* (ou pas de musique du tout) pendant 12 h par jour, de 5 h du matin à 5 h de l’après-midi.

Résultat : « Les vaches répondent à un environnement musicalement plaisant en produisant plus de lait. Nos statistiques révèlent que leur production pourrait être augmentée de 3  % en jouant certains types de musique », résume Adrian North.

Là où, sans musique, les vaches testées lors de cette étude produisaient en moyenne 23,89 litres/jour, avec une musique douce cette moyenne augmentait de 3  % pour atteindre 24,10 litres/jour. Elle baissait en revanche légèrement à 23,37 litres/jour lorsque la musique était rapide.

Bien qu’à l’instar des professeurs d’aérobic, les vaches soient plus influencées par le rythme du morceau que par l’artiste, le troupeau testé semble avoir des goûts musicaux précis, plébiscitant par exemple R.E.M et Aretha Franklin plus que Jamiroquai. Des préférences que semble aussi remarquer Olivier Trotin dans l’Avesnois : « Mes vaches sont plus calmes avec de la musique. Mais selon la radio, leur comportement n’est plus le même. Avec Fun Radio par exemple, elles sont un peu plus agitées… » Les fans de Jul ou Maître Gims apprécieront.

Lucie de Gusseme et Laura Béheulière

* Musique douce : – de 100 pulsations par minute. Musique rapide : + de 120.

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