
Vendredi 31 mars à Michelbeke, petite bourgade perdue dans les Ardennes flamandes. La fin de matinée est chargée pour Frederik Backaert qui reçoit la visite d’un spécialiste de l’insémination.
Son papa tombé malade il y a peu, c’est lui qui doit maintenant s’y coller, petit à petit… « J’essaie de le faire moi-même, mais pour le moment, le résultat n’est pas terrible, rigole-t-il. J’essaie d’apprendre un peu du vétérinaire et d’une amie qui a sa propre ferme à côté ! »
Le Belge de 33 ans gère maintenant l’exploitation familiale avec sa maman et son oncle et perpétue une activité née il y a plusieurs générations. « Le corps de ferme date de 1866. Et la pratique de l’agriculture depuis plusieurs siècles je pense. » Il a actuellement 100 vaches laitières pour un cheptel de 190 têtes, dont deux taureaux. Sans oublier la culture sur une centaine d’hectares de betteraves sucrières, céréales, maïs ou encore pommes de terre. De quoi bien remplir ses journées au point de reléguer le vélo loin derrière lui…

Car si le vélodrome de Roubaix qui accueillera ce dimanche 9 avril l’arrivée de la 120e édition de Paris-Roubaix n’est qu’à une petite cinquantaine de kilomètres, ce monde-là est aujourd’hui loin du quotidien de Frederik Backaert. C’est à peine s’il pense à suivre la saison cycliste, hormis l’Enfer du Nord justement, et le Tour des Flandres dont le tracé passe à quelques mètres de l’exploitation familiale…
Le cyclisme a pourtant fait partie intégrante de sa vie pendant longtemps. « Quand j’ai eu 11 ans, j’ai commencé à faire un peu de VTT. Et à l’âge de 14 ans, je suis passé au cyclisme sur route avant de débuter chez les professionnels en 2013. » D’abord chez Wanty-Gobert, puis dans l’équipe française B & B Hotels. Frederik Backaert a fréquenté le peloton pendant une décennie. Le temps d’être aligné deux fois au Tour de France (2017 et 2019), de remporter une étape du Tour d’Autriche (2016), de faire deuxième du Tro Bo Leon (2017) en Bretagne, sa course préférée. Ou encore de participer à cinq reprises à Paris-Roubaix.
Une course durant laquelle il aimait être à l’avant : il a pris part quatre fois à l’échappée et a terminé plusieurs fois dans le top 30. « Quand tu es dans l’échappée, c’est génial. Tu n’as plus de stress, tu roules où tu veux. Les paysages au début de la course sont très beaux et le départ de Compiègne, c’est une ambiance particulière, se souvient le Flamand. À la fin de Paris-Roubaix, j’étais toujours très fatigué, c’était un effort exigeant. Mais j’aime bien les pavés… peut-être parce que j’avais commencé par le VTT. » Peut-être aussi parce que ce gaillard d’1,90 mètre est un dur au mal et un infatigable travailleur.



Jamais, même pendant sa carrière, le Belge n’a cessé de donner un coup de main à la ferme. « Le matin, je le réservais toujours pour le cyclisme, explique-t-il. Le midi, je me reposais. Et dans l’après-midi, je commençais à aider à la ferme jusqu’à la traite. » Bien sûr, certaines années, il est contraint de s’absenter pendant de longues périodes : « En 2017, ma meilleure année chez les pros, j’ai fait tellement de jours de courses et de stages que je n’étais pas beaucoup à la maison. Mais j’étais super bien sur le vélo. » Et une fois la saison terminée, à l’automne, quand ses copains s’accordaient des vacances, lui enchaînait avec la saison des pommes de terre…
Le Belge décide d’arrêter sa carrière en 2021, après deux saisons tronquées par le coronavirus. « Je ne regrette rien, à part peut-être les deux dernières années, parce que j’ai pris moins de plaisir. Mais je suis heureux comme je suis maintenant. Quand tu veux avoir une famille, dans le cyclisme, c’est compliqué. Ici, je travaille, mais je suis plus proche. »
Il est maintenant 100 % dévoué à son exploitation. Un job vraiment différent de cycliste pro ? Pas forcément à l’entendre. « Pour les deux, tout dépend de la météo. Et il faut avoir une discipline, travailler pour réaliser ses objectifs. Mais la vie comme fermier est quand même beaucoup plus dure », sourit-il. La nuit précédente, encore, il était sorti du lit par la mise-bas d’une de ses bêtes. « Et je ne peux jamais dire que je me lève plus tard, il y a la traite… On ne peut jamais aller très loin de la ferme. Depuis ma dernière course, on est parti une seule fois pendant 24 heures. »
Parce qu’il ne se voit pas continuer comme ça toute sa vie, le jeune agriculteur ambitionne de moderniser son exploitation avec l’achat d’un robot. Car sa maman et son oncle partiront bientôt à la retraite et qu’il souhaite avoir des enfants et du temps à leur consacrer. Et pour rouler à nouveau sur les pavés de Paris-Roubaix ?
Kévin Saroul
Pratique : 120e édition de Paris-Roubaix, ce dimanche 9 avril. 257 kilomètres.
Départ de Compiègne (60) à 11 h 25, arrivée prévue à partir de 17 h à Roubaix. Course diffusée en direct sur France 3.
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