La production de gelée royale par le binôme homme – abeille
Si ce sont les abeilles qui produisent la gelée royale, l’élevage de colonies en vue de cette production nécessite de nombreuses interventions humaines. De la ruche au petit pot, découverte du processus de A à Z.
À la Miellerie du Coin perdu, à Noordpeene (62), chez Alain Collet, une cinquantaine de ruches sont dédiées à l’élevage d’abeilles pour la production de gelée royale.
D’abord, un petit point sur ce qu’est la gelée royale. Car contrairement au miel, produit par les abeilles à partir du nectar des fleurs, la gelée royale est sécrétée par les jeunes ouvrières (dotées de glandes qui leur permettent de synthétiser le miel et le pollen en gelée) en vue de nourrir les reines et les jeunes larves. C’est cette nourriture spécifique qui fabrique les reines, en leur conférant notamment un système reproducteur complet.
À la Miellerie du Coin perdu, à Noordpeene (62), chez Alain Collet, une cinquantaine de ruches sont dédiées à l’élevage d’abeilles pour la production de gelée royale. Une espèce différente de celles qui produisent le miel : d’origine italienne, elle est plus jaune, plus populeuse aussi et moins bonne productrice de miel.
La cinquantaine de ruches destinées à la production de gelée royale sont regroupées, si les colonies ont le même fonctionnement que celles destinées à la production de miel, l’espèce et le calendrier varient.Les ruches sont divisées en deux, le nid occupé par la reine étant séparé de la partie dédiée à la production de gelée royale par une plaque.Cette plaque empêche la reine d’aller déposer ses phéromones sur les plaques, poussant les jeunes ouvrières à nourrir les larves en vue d’élever de nouvelles reines.Ces larves d’un jour ont été déposées dans des barrettes composées de 30 cupules chacune (on parle de greffage), à l’aide de pinces et sous binoculaire en raison de leur toute petite taille. Les barrettes ont ensuite été placées pendant trois jours à trois jours et demi dans les ruches dédiées où elles ont été « gavées » par les ouvrières. Une séance de greffage peut monter jusqu’à 6 000 larves par jour. À la Miellerie du coin perdu, en saison, c’est-à-dire de début mai à fin juillet, deux jours par semaine sont consacrés au greffage et deux autres à la récolte.Une fois récoltée, la gelée royale part illico au laboratoire. Là, dans un univers aseptisé – afin d’éviter tout risque de contamination du produit très fragile – deux paires de mains agiles vont se charger des dernières étapes. Pauline va d’abord châtrer les cellules en coupant la cire qui dépasse des barrettes.Ces jolies dentelles de cire seront fondues et utilisées par l’apiculteur pour parer les ruches.Deuxième étape : l’aspiration méticuleuse des larves grâce à un aspirateur doté d’un petit embout. Troisième étape, enfin, l’aspiration de la gelée royale à l’aide d’un petit flexible qui permet de ne pas laisser une goutte du précieux produit. La gelée royale sera ensuite conservée à l’abri de la lumière et au frais (entre 2° et 5 °C précisément) et devra être consommée dans un délai maximal de 18 mois.Conditionnée en (tout) petit pot de 10 grammes, elle sera commercialisée sous la marque Gelée royale française (marque déposée par le Groupement de producteurs de gelée royale) sans jamais avoir été congelée / décongelée, comme peuvent l’être les produits d’export, ni lyophilisée ou transformée
À l’issue des différentes étapes détaillées ci-contre, la production sera commercialisée sous la marque Gelée royale française dans des petits pots numérotés et vendue 2 000 euros le kilo quand on peut trouver des gelées royales d’importation à 150 euros le kilo. « Pas la même qualité ni les mêmes conditions de conservation », prévient Alain Collet. La qualité d’une gelée royale s’analyse notamment à travers la quantité et la qualité des sucres qui la composent : si on y trouve du saccharose, par exemple, cela indique nettement qu’elle a été frelatée. On analyse aussi le taux d’humidité et celui de 10-HAD (ou acide 10-hydroxy-2-décénoïque), hormone prétendue être à l’origine des bienfaits sur la santé humaine en termes de renforcement des défenses immunitaires notamment. Elle serait à l’origine de la taille et de la longévité des reines.